Appris par corps # regards croisés

Le Lundi 15 mars, 2010. 1 commentaire

Deux points de vue sur Appris par corps, le spectacle de la compagnie Un loup pour l’homme.

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Alicia Jean-Talon, 1L3 :   

Sur le sol de la scène du théâtre de Cavaillon, un immense cercle blanc est tracé, comme une arène de cirque. Au fond de la scène, des énormes baffles, et une chaise. Et enfin, sur le cercle blanc, un homme couché sur le dos. Un autre homme arrive, et commence à frotter l’autre sur les bras, les jambes, le dos,  avec les mains et parfois les pieds. Et c’est là que commence le récit d’une relation exceptionnelle : celle entre un porteur en main à main, et celle de son voltigeur. Une histoire racontée grâce au nouveau cirque, une discipline née dans les années 80, au croisement de la danse et du théâtre, et qui désire sortir le cirque de sa « logique du spectaculaire » au profit de la dimension artistique.

Cet échauffement à vue du spectateur surprend, bien que l’on sache que, fait sur la scène ou dans les coulisses, ce sera tout de même réalisé ; de plus, cela montre une volonté de montrer ce qu’il y a dessous ces acrobaties. Car plus que des acrobaties sans queue ni tête, c’est un spectacle né de moments vécus par les artistes. Cette relation établie entre voltigeur et porteur en main à main, le spectateur peut la vivre à travers le spectacle et les émotions que les artistes font passer. Une relation où l’on ne peut se séparer, où l’on vit, ensemble,  des moments de crise et des moments de totale harmonie.

C’est une histoire racontée sans mots, où la connaissance et l’écoute de son corps et du corps de l’autre sont primordiales (d’où le nom du spectacle, Appris par corps), sans elles, ni le spectacle ni les artistes n’ont de sens.

Deux hommes, presque des frères, s’assemblent puis se séparent, vivent des moments de crise et entraînent le spectateur dans leur histoire, le faisant frissonner aux sauts « ratés », aux mouvements dont le seul rythme est celui de la respiration, puis lorsque la musique s’installe et s’amplifie, annihilant toute réflexion, provoquant juste des frissons et faisant venir des larmes aux yeux.

La pièce se finit sur un jeu de pierre-feuille-ciseaux : les trois premières fois, les deux hommes se retrouvèrent avec le même objet, signe du jeu, toujours, et de la connaissance et de la promiscuité trop forte entre les deux protagonistes pour faire quelque chose de différent. Puis le porteur gagne, le voltigeur se détourne et quitte la scène. Le porteur recule d’un, deux pas, puis se détourne et s’en va dans la direction opposée, nous laissant cloués sur nos sièges, encore sous le choc de cette histoire sans mots que tout le monde a compris, au rythme des corps qui sont appris par cœur.

 

 Zelda Gourru, 1L3

Le Mardi 2 Mars, nous nous sommes rendus à la Scène National de Cavaillon pour voir Appris par corps, un spectacle de cirque contemporain. Nous ne savons pas à quoi nous attendre. Nous connaissons tous le cirque de notre enfance et le clown au nez rouge plus ou moins traumatisant.  S’il est certain qu’il ne s’agit en aucun cas de ce cirque là, la plupart d’entre nous n’ont jamais vu de cirque contemporain et les hypothèses vont de bon train.

apprisAppris par corps est une pièce crée par la compagnie  Un Loup pour l’Homme, composé d’Alexandre Fray et de Frederic  Arsenault, qui sont les deux comédiens acrobates , porteur et voltigeur du spectacle. L’un français, l’autre québécois  se sont rencontrés en 2004, et c’est de leur rencontre qu’est née la compagnie. Tout deux sortant d’une école nationale des arts du cirque (au Québec et en France), ils se retrouvent dans Appris par corps autour de l’art des portés acrobatiques. A l’origine de la création, le livre de Michel Tournier,  Les Météores.

 

Appris par corps, c’est l’histoire de deux hommes qui vont s’aimer et se détester à travers un jeu qui mêle cirque, danse et théâtre. Deux hommes, un binôme (un couple) plutôt rare. Sur scène, les deux ne font plus qu’un. Les corps se mélangent et les souffles se coupent à chaque nouvelle acrobatie. Il y a alors plus qu’un lien de confiance entre les deux hommes, de l’ordre de la fraternité. Sur scène, un large cercle blanc délimite un espace de jeu épuré et totalement neutre. Mise à part une chaise où le porteur reprendra son souffle quelques temps. L’éclairage est conçue de manière à mettre en valeur chaque mouvement des acrobates grâce à un jeu de lumière qui les illumine de part et d’autre de la scène avec en tout 26 projecteurs, disposés à Cour, à Jardin, mais aussi en hauteur suivant le cercle de jeu ainsi qu’une douche au centre. Les ombres se croisent et s’entremêlent alors, et les situations prennent différents caractères selon leur éclairage. Les scènes où le rythme s’accélère et que les deux hommes se repoussent seront éclairées par les projecteurs à cour et à jardin. Lors des scènes où le rythme est plus nuancé et que les deux hommes semblent en parfaite union, ils sont éclairé en douche et leur visage semblent bien plus grave. En fond sonore, au début, seulement les rythmes de leur corps qui se choquent, des respirations essoufflées, ou encore le bruit des pas sur la toile en plastique au sol, un nom lancé comme un appel de temps à autre puis progressivement, des musiques qui s’assimilent aux humeurs des acrobates et qui vont crescendo avec l’intensité des portés.

Il n’y a pas vraiment d’histoire, de contexte. Libre à chacun de créer le sien et d’imaginer un avant, un après et un pendant. Au tout début, les deux hommes s’échauffent et l’on est surpris de voir le porteur se faire marcher dessus. Le spectacle ne commence qu’à ce moment là, après l’échauffement. Mais au fur et à mesure de l’avancée,  on est impressionné par leurs capacités. Le voltigeur semble voler. Tout semble facile et ce n’est qu’après qu’on parvient à mesurer l’ampleur du travail. Se jeter dans le vide, les yeux bandés avec pour seule assurance celle de son partenaire. Ensemble, ils passent de la découverte, à l’affection, à la fuite et à la haine pour revenir au début. Seuls sur un plateau vide, ils sont l’un pour l’autre le seul lien avec l’extérieur et ensemble ils existent. Leurs portés semblent basés sur des appuis (un quelconque rapport avec le travail fait quelque mois auparavant en pratique?) et chaque mouvement est réglé au millimètre prés. Les rares instants de répits sont complétés par des portées basé sur l’équilibre. Il est impressionnant de voir deux hommes se compléter à ce point. Le spectateur, en voyant la pièce n’imagine pas l’endurance et la force dont ils font preuve, et est baladé par ce lien qui les unit et dont la nature semble indéfinissable.  La confiance dont il font preuve l’un pour l’autre est surement le centre même du spectacle. La piéce est courte, un peu moins d’une heure, mais d’une minute à l’autre, le spectateur est en suspens, suspendu aux comédiens, à l’affut du moindre détail, de la moindre image, époustouflé par la puissance du corps. La puissance du corps qui à lui seul, sans texte véritable, exprime tous les sentiments possible. Au delà d’un simple enchaînement d’acrobatie, le reflet du besoin de l’autre mais aussi de son envie d’y échapper : un sentiment humain, une sorte de besoin de survie qui se fait à travers deux êtres liés. Et la pièce est en elle même le reflet de ça. Ils commencent tout deux liés pas un lien matériel, la veste en tissu, qu’ils brisent, pour le recréer plusieurs fois. Qu’ils soient dans la douceur ou à la limite de l’animosité, les deux cherchent à tester ce lien  irrémédiable qui les unit. Dans cette pièce, ce spectacle, cette performance (aucun des noms ici me semblent juste), c’est une véritable leçon d’humanité que les deux comédiens acrobates (frères?) nous font partager.

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