Bienvenue dans la catégorie Ecole du spectateur

I am the wind # Patrice Chéreau

Le Samedi 16 juillet, 2011. Pas de commentaires

Aude Mondoloni

L’école du spectateur nous a emmenés dans des mondes fous et perdus. et il me semble que l’univers dont j’ai le plus de peine à me défaire est celui de Patrice Chéreau, dont le titre, I am the wind, révèle déjà la poésie.

Lorsque mes camarades et moi entrons dans la cour du Lycée Saint-Joseph, ce que nous voyons au plateau est une flaque trouble, un bout de bois et une corde enroulée au centre. Un payasage de catastrophe, dont le fond n’est qu’une toile sombre et lumineuse. Ce désert grisatre est cassé par un corps détruit rejoint par un autre corps, qui le soutient précautionneusement. Nous avons devant nous deux hommes sur la scène quasi-nue. Quand le silence est brisé, c’est par l’homme détruit. Il parle anglais, et les sur-titres, projetés sur les côtés de la toile sombre, nous révèlent cette phrase : « je ne voulais pas… simplement, je l’ai fait ».

Une histoire de regret que l’on ne peut avouer. L’histoire se construit sur cette phrase et sur tous les non-dits. Deux hommes perdus sont sur un navire, portés par une mer triste. Ce fond là prend forme grâce à un carré au centre qui s’élève et semble flotter, c’est le navire qui lorsqu’il s’envole fait jaillir une eau marécageuse. Le bout de bois est alors la barre de l’épave et la corde, son ancre. C’est donc l’histoire d’un homme témoin de la perte d’un autre. L’homme détruit qui se jette dans l’eau agitée. L’homme détruit n’estpeut-être qu’un fantôme qui hante le deuxième sur ce bateau à la dérive. L’homme détruit se donne à l’eau agitée et ne devient que le vent qui hante l’homme abandonnée.

J’oublie alors pendant une heure dix où je me trouve.

Je suis comme sur une ile perdue d’où je peux observer les deux hommes. Je me surprends à ne plus lire les sur-titres, je me laisse bercer par la langue étrangère dans cette athmosphère étrange et la beauté des corps, bercée par la musique hypnotique.

J’aime l’intemporalité du spectacle, j’aime la précision avec laquelle les comédiens se déplacent et l’errance qui anime les personnages.

J’aime cette histoire énigmatique de chute et d’abandon.

J’oublie pendant une heure dix où je me trouve, et me perds dans le décor nu et ténébreux.

Je me laisse guider par la poésie de ces corps que je voudrais contempler, encore.

Enfant # Boris Charmatz

Le Jeudi 14 juillet, 2011. 1 commentaire

Par Marion Paupert

         Artiste associé du festival d’Avignon cette année, le chorégraphe Boris Charmatz présente dans la cour d’honneur du Palais des Papes «Enfant», une pièce pour 26 enfants et 9 danseurs professionnels.

          Le spectacle commence par des corps soulevés et abaissés, roulés, presque malmenés par des machines installées sur scène. Les corps des deux danseurs et  de la fillette sont pourtant complètement détendus et n’opposent aucune résistance. D’autres danseurs entrent en scène, portant des enfants complètement relâchés. Les adultes vont faire bouger et prendre complètement possession du corps des enfants, qui sont toujours aussi calmes et relâchés. Ensuite les rôles s’inversent, au son de la cornemuse, les enfants s’éveillent, se mettent à courir, se déshabillent, sautent selon leur envie. Les adultes finissent par s’endormir et les enfants vont ainsi pouvoir les manipuler, comme ceux-ci l’ont fait auparavant avec eux. Puis les adultes se relèvent et se remettent à courir avec les enfants avant que tout le monde se rallongent et s’endorment.

          La pièce est avant tout basée sur l’abandon de son corps et la confiance en l’autre. C’est selon moi la grande force de ce spectacle et sa beauté. Les enfants sont totalement en confiance avec l’adulte qui les manipule avec une grande douceur. Les enfant ont réussi, grâce à un travail de plusieurs mois, à donner leur confiance à un danseur inconnu au départ et ont surtout réussi à complétement lâcher prise, au point de se laisser manipuler les yeux fermés, et donc sans savoir ce que le spectateur voit, bien qu’il sente ses membres bouger. On sent une grande sérénité émanant des enfants, totalement relâchés.

         Quand les enfants redeviennent libres d’aux mêmes, une réelle énergie émane d’eux car on les sent totalement libres et très à l’aise sur scène. Ils courent absolument où ils veulent, sans parcours imposé. Boris Charmatz cherchait à ce que le spectateur se mette à la place des enfants   et il a réussi à me donner envie, tout au long de la pièce, de monter sur scène pour me joindre à tout ces enfants et réussir à être aussi sereine qu’eux.

Maldito…#Angelica Liddell

Le Mercredi 13 juillet, 2011. Pas de commentaires

ALCARAS Alice, JUMAS Margaux

 ""Maldito sea el hombre que confía en el hombre" : un projet d'alphabétisation" © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

(photo Christophe Raynaud de Lage)

Lumière. Des arbres, des buissons, un piano : un paysage dessiné. Seule, une petite fille s’avance dans une robe soyeuse, coiffée d’oreilles de lapin dorées. Alors la rejoint une armée de filles-lapins qui se disperse sur la scène et commence à répéter sagement son alphabet.

A comme Argent.

B comme Bande.

C comme Comédie (Comédie-Française).

D comme Douleur.

E comme Enfant.

F comme France.

G comme Graisse.

H comme Haine.

I comme Idéologie.

J comme Juillet (14 Juillet).

K comme Karaoké.

L comme Loup.

M comme Méfiance.

N comme Naître.

O comme Ombre.

P comme Piano.

Q comme Question.

R comme Rage.

S comme Société.

T comme Table.

U comme Utopie.

V comme Vie.

W comme Wittgenstein.

XY comme chromosome (femme-homme).

Z comme Zidane.

Les jeunes filles exécutent alors sur la chanson « Por qué te vas ? » un « spectacle » dans le spectacle devant celle que l’on suppose être leur institutrice, mise en abîme qui n’est pas sans souligner une certaine dérision dans cette représentation quelque peu exagérée. Puis elles commencent à jouer, à se courir après d’un air vif et joyeux.

Par la suite, on n’oublie pas ce début éclatant et débordant de vie, cette ambiance légère et gaie. Cette scène, on a envie de se la rejouer pour toujours. Elle nous met d’emblée dans l’énergie et nous plonge dans un autre univers. Cette entrée en matière fait alors penser à Alice au Pays des Merveilles, de Lewis Caroll : les petites filles, le jardin, tout cela sous le signe du lapin.

Après cette scène qui se termine assez vite, on comprend que l’on va entrer dans le monde de la metteur en scène, dans le monde d’Angelica Liddell, où le thème de l’enfance est majeur.

E comme Enfance. C’est en effet sur ce mot de l’alphabet que la pièce s’ouvre véritablement. L’univers de la scène précédente, la possible référence au conte et au merveilleux avaient déjà introduit ce thème auparavant, qui va rester au centre du spectacle. Cette thématique est également mise en place par les costumes des actrices, qui au début gardent leur robe de petites filles, puis enfilent des jupes plissée d’enfants sages.

Dans quelles mesures restons-nous des enfants ? Après l’enfance, quel monde peut-il bien y avoir ?

La réponse est donnée immédiatement, et dans toute son ambivalence : « Je n’ai jamais connu d’enfants qui soient devenus de bons adultes ». Cette phrase retranscrit à la fois un fort pessimisme, mais fait également preuve d’un humour cynique et sombre, à l’image de ce spectacle. Dans ce dernier, le monde et même les autres, les relations que l’on peut tisser avec eux, sont décrits comme de véritables déceptions : le mensonge, l’hypocrisie, le viol, la violence… La parfaite communion entre deux êtres est montrée comme impossible. Ceux qui croyaient à l’enfance et à ses promesses, quelque peu représentées dans la première scène, sont alors en proie aux larmes et aux pleurs. Dès lors, le passage à l’âge adulte revient à pleurer et à se rendre compte de la médiocrité de la réalité, de la solitude à laquelle nous sommes tous voués. A une plus grande échelle, cette transformation est illustrée par la mutation du lapin : de son image enfantine et innocente, la figure du lapin devient de plus en plus sombre et ambiguë, pour finir même par évoquer Playboy. Il faut donc renoncer aux contes de l’enfance, même si finalement les adultes qui sont dépeints dans ce spectacle restent sous certains aspects des enfants, demeurant joueurs et tapageurs.

Cependant, si la réponse qui est donnée apporte de la désillusion au spectateur, elle révèle tout à la fois le mal que cette question soulève et le remède qui devient dès lors nécessaire face à cette grande déception. En effet, la pièce comporte une importante dimension artistique, faisant parfois appel à la poésie, au merveilleux, ou encore aux arts plastiques : le conte, le décor et les objets disposés sur le plateau, les lumières, la mise en scène, les déplacements, la musique, le texte… Tout cela emporte et fascine le spectateur : l’art est présenté comme un moyen pour surmonter tout ce que la vie peut apporter comme traumatismes et déceptions. Le comique est également très présent : le texte est noir mais reste humoristique. En outre, la langue même ainsi que l’expressivité d’Angelica Liddell prêtent à rire et à se mettre dans l’énergie, non dans la désillusion. Le personnage qu’incarne Angelica semble à la fois faible et désespéré, mais aussi fort et rebelle. Cette subtile combinaison ne prête pas non plus au découragement.

Ainsi la question de l’enfance, de ce sort qui attend l’Humanité, a-t-elle été traitée de manière ambivalente mais aussi équilibrée. La beauté, la violence et en même temps la délicatesse de ce spectacle le rendent riche en réactions et en réflexion. Angelica Liddell invite dès lors le spectateur à se remettre en question et lui apporte tous les éléments pour se confronter réellement au sujet, sans sombrer pour autant dans une vision trop noire et négative qui pourrait l’empêcher de le considérer réellement.

Les Perses (O. Py) # Sc. Nationale de Cavaillon/Mistral

Le Mercredi 6 avril, 2011. Pas de commentaires

Un beau cadeau de La Scène Nationale de Cavaillon pour finir l’année : Les Perses d’Eschyle dans une mise en scène d’Olivier Py, au lycée, pour les élèves des sections théâtre du Lycée et des classes prépas.Vous aurez en plus l’honneur d’assister à la création de cette pièce, qui sera ensuite jouée dans de nombreux lieux.

Olivier Py s’intéresse à Eschyle depuis de nombreuses années : il a monté l’Orestie (les terminales en verront des extraits en cours), puis Les sept contre Thèbes et les Suppliantes. Ces deux dernières pièces, et Les Perses, sont montées dans un dispositif de « théâtre d’intervention » : le metteur en scène et sa troupe ont eu le désir d’aller jouer dans des lieux qui ne sont pas pensés pour le théâtre (lycées, gymnase, salle des fêtes) afin « d’aller chercher les publics où ils se trouvent ». A Mistral, c’est dans la salle de danse que cela se passera !

Pour se préparer au spectacle, encore une fois, le mieux est d’aller lire la pièce d’Eschyle (pour les terminales et les premières de spécialité, c’est plus que recommandé, quasi-obligatoire). Cette pièce est une des rares du théâtre grec à s’inspirer de l’actualité. En effet, en 468 av. JC, les Athéniens avaient remporté, à Salamine, une grande victoire contre les Perses. Huit ans après, Eschyle, qui dit-on avait assisté à cette bataille, entreprend de raconter cet événement, mais du point de vue des perdants, les Perses. Il peint le retour du roi des Perses, Xerxès, dans son Palais, après la défaite. Et comme toujours dans la pensée grecque, cette défaite est présentée comme le châtiment de sa démesure, son orgueil, son hybris comme disaient les grec.

Vous pouvez aussi aller lire le dossier de presse du spectacle. Pour finir, une vidéo d’Olivier Py qui raconte sa découverte du théâtre :


Pour les détails pratiques, cela se passera en salle de danse, à 13h. J’ai besoin de bras pour m’aider à transporter 125 chaises en salle de danse : rdv avec les volontaires à 10 h en salle polyvalente… (les premières obl., vous êtes volontaires désignés d’office).

Encore une heure si courte # ATP

Le Samedi 5 mars, 2011. Pas de commentaires

Le mardi 15 mars, tous les niveaux iront voir Encore une heure si courte, re-création (20 après) d’une des pièces emblématiques du Théâtre du Mouvement de Claire Henggen.

Bande Annonce « Encore une heure si courte » – Théâtre du Mouvement from theatre du mouvement on Vimeo.

Je vous conseille aussi la lecture du très riche dossier de presse (il vous sera utile pour vos compte-rendus).

Infos pratiques : RDV dans le hall du lycée à 19 h 45 pour les internes, et à 20 h devant la salle Benoit XII pour les autres. La durée estimée de la pièce est de 1 h 05, prévoyez donc d’être récupéré vers 22 h.

Parsifal # Castellucci

Le Lundi 21 février, 2011. 1 commentaire

Ah, Roméo…

Quelques images de la mise en scène de Parsifal, l’opéra de Wagner par Roméo Castellucci.

Sous le volcan # Guy Cassiers

Le Samedi 5 février, 2011. Pas de commentaires

Compte rendu par Clémentine Furic,

Sous le volcan est un roman de Malcom Lowry adapté sur les planches par G.Cassiers, metteur en scène Flamand.

Le temps d’une simple journée , écourtée en deux heures, c’est la détresse d’un homme noyé par l’alcool que nous côtoyons.  Les planches vieillies de la scène ne sont encombrées par aucun accessoire si ce n’est une chaise, côté jardin, sur laquelle s’installe un comédien avant même que le public ne soit plongé dans le noir. Patiemment celui-ci attend que tout le monde prenne place. L’heure est à la confidence. Dernier tour de toux. Raclement de gorge. Silence. Nous entrons dans la vie des personnages.

L’homme, assis, ne nous montre que son profil droit. Un couloir de lumière très blanche, vient lui éclairer son visage.  Un panneau gris, séparé en plusieurs petits tableaux, qui servira de support à des projections vidéos, semble couper la scène en deux parties ne laissant qu’un petit espace de jeu au devant de la scène.

Mexico. 2 Janvier 1939. La Cantina.

Journée particulière au Mexique. But : hommage et fête en l’honneur des amis, connaissances et parents morts. Ambiance : joyeuse et colorée.

L’homme nous parle de l’atmosphère chaude et agréable. Coucher de soleil. Pluie légère. Paysages magnifiques. Ces deux volcans. Les images fusent, on se laisse emporter par cette langue, douce et froide à la fois. Puis le cours de l’histoire va dévier lorsqu’on lui remet des lettres, portant la mention de « non lues » et appartenant à «  un de [ses] amis  . Le comédien se plonge alors dans une lecture à haute voix. Des mots d’amour. Des regrets.  Sa voix est petit à petit ensevelie par celle d’un autre homme. Son visage apparaît sur l’écran. Portrait serré d’un homme chauve, d’une cinquantaine d’année. Le regard fixe, le regard froid, sa voix a désormais totalement enseveli celle de l’homme qui continue pourtant sa lecture.  Puis, petit à petit, derrière l’écran, en transparence, apparaissent plusieurs toiles montées sur châssis. Des images de rues. Paysages sombres. Portrait fragmenté de Mexico tourné par Cassiers lui même, lors d’un voyage, avant l’adaptation de la pièce. Nous découvrons alors, grâce à la transparence de la toile servant d’écran, que l’homme filmé se trouve derrière celui ci. Assis à une chaise, côté cour. Visage face à la caméra. La lecture de ces lettres par les deux hommes est un voyage dans le temps.

Mexico. 2 Janvier 1938. La Cantina. Journée précédent la mort.

Journée particulière au Mexique. But : hommage et fête en l’honneur des amis, connaissances et parents morts. Ambiance : joyeuse et colorée.

L’homme dont le visage est apparu sur l’écran, l’homme des lettres non envoyées, des lettres non lues, entre maintenant sur le devant de la scène grâce au coulissement des panneaux. Le décor de cette scène, ainsi que ceux à venir sont de simple vidéos projetées sur la toile. Paysages, rues, intérieurs et jardins, tout fut filmé durant le voyage de Cassiers.  Le vent balaye les feuilles des arbres. Lumière chaude. Bruits d’ambiance. Cigales et compagnie.

Par la suite, une femme, élancée, habillée d’une longue robe de coton blanche et d’un chapeau assorti, rentre sur scène. Nous assistons à cet instant aux retrouvailles. Celles de l’homme, alcoolique, et de son ancienne femme. Car l’histoire n’est pas compliquée. Une femme quitte son mari alcoolique dans l’espoir qu’il se soigne.  Mais éperdue d’amour pour celui-ci, elle revient lui rendre visite quelques années plus tard, persuadée de retrouver un homme sobre. Mais malgré les apparences, c’est un homme meurtri, rongé, mais surtout malade qu’elle retrouve. Les deux personnages parlent, se retrouvent, se questionnent, abordent le passé, puis leur présent. Enfin réunis. L’alcool aura eu raison de leur passé, l’amour devra construire leur futur. Ils évoquent l’envie de partir. Partir loin. Tout laisser. Tout quitter. S’installer à la campagne. Devenir fermier. N’avoir besoin de rien, si ce n’est de l’autre. Lorsqu’ils décident de se promener, les deux comédiens s’approchent de l’avant scène. Bras dessus, bras dessous, le regard vers l’horizon, ils se promènent, immobiles. Cassiers est allé jusqu’à épurer les moindres déplacements de ses comédiens. Tout est figuratif. L’alcool est constamment présent dans la vie de l’homme, il fallait donc qu’il soit présent dans le spectacle, sur scène. Mais comment apporter cette matière essentielle, noyau du spectacle, de la construction du personnage, au plateau sans « faire semblant » ? Comment ne pas en arriver au cliché de l’alcoolique bafouillant l’index levé ? Comment rester simple mais juste ? Alors que les personnages pique-niquent, assis sur le bord des planches, sur la toile de fond où est projeté le décor, un cadre apparaît. Une bouteille d’alcool. Deux verres vides. L’homme se lève, se place devant le cadre. Une main apparaît dans celui ci, elle se serre un verre. Nous pouvons entendre le bruit du verre se cogner au verre puis du liquide qui se verse et remplit petit à petit le verre. La main s’empare ,finit par s’en emparer et disparaît avec. C’est ainsi, à chaque fois, que l’alcool prend place sur scène.

La journée continue. Les amants se séparent. Les verres s’enchainent. Au cours d’une petite pause au fond du jardin. Se suivent. Lors du passage d’un ami. Encore. Encore. Encore. Jusqu’à ce que son corps ne puisse plus supporter. Seul sur scène, l’homme titube. Réel déséquilibre du corps soutenu par les images projetées sur la toile de fond. Photos d’une rue ensoleillée de Mexico. Les images vrillent, sautent. Nous entrons dans son monde. Un air jovial  accompagne la folie du personnage. Jusqu’à la perte de connaissance. Jusqu’à l’inconscience. Jusqu’à la chute.

Autour de lui, on s’organise, on se rapproche, on se lie. On essaye de passer à autre chose. De sortir. Tournoi de rodéo. La femme et son mari sont à l’avant de la scène. Cris d’une foule en délire. Vidéo d’une vachette folle furieuse. Le frère se trouve derrière la toile sa silhouette se dessine sur le dos de l’animal. Chacun veut l’aider. Son frère, sa femme, son ami. Mais rien ne pourra prendre le dessus. Conscient mais dépendant et incontrôlable, le héros lui même ne semble pas avoir la force de se battre. De visite dans le chalet d’un ami, l’alcool aura encore une fois raison de ceux qui l’entoure. Sur la toile de fond, l’intérieur de la maison. Son frère et sa femme décident de monter sur la terrasse admirer la vue. Ils disparaissent alors derrière les panneaux qui coulissent. Leurs ombres donnent l’impression qu’ils sont en haut. Dos au public. Face à l’horizon. En bas, l’homme s’autorise un dernier verre. Réapparition des bouteilles d’alcools dans le cadre du cyclo. Cycle infernal.

Dernier rendez vous.

Après avoir parcourus de nombreuses rues, l’homme se réfugie à La Cantina. Il n’a pas su retrouver sa femme. Il n’a pas su se rappeler d’un simple mot. Le nom du restaurant. C’est à cet instant qu’il écrit ses lettres. « Refusons que ce que nous avons créé sombre si vulgairement dans l’oubli » Derniers mots adressés à sa femme. L’homme est seul au devant de la scène. Atmosphère sombre. On ne comprend pas très bien, mais on se laisse emporter par ce flot de parole. La langue est douce, les mots poignants. On oublie parfois même de lire les sous-titre. Une lumière rouge l’envahis petit à petit. C’est la fin, on le sent. On s’accroche à sa voix, à sa détresse, à sa folie. Il lutte une dernière fois. Un combat contre sa conscience, contre ses idées noires, contre ses envies et ses douleurs. Un combat perdu d’avance. L’homme sombre. Noir.

Cassiers réalise ici une adaptation poignante d’un texte qui nous introduit à l’intérieur de la maladie.  Au cœur de la douleur, tout en douceur, grâce à une scénographie, une mise en scène et  un jeu épurés au possible. Le tout faisant du héros un personnage digne d’une Tragédie Grecque, impuissant face aux forces supérieures. Un beau voyage.

Les régles du savoir vivre # ATP

Le Samedi 5 février, 2011. 5 commentaires

Mardi soir, tous les élèves de la section théâtre iront voir aux ATP :

Les règles du savoir vivre dans la société moderne de Jean-Luc Lagarce, mise en scène de François Berreur.

Diffilcile de vous dire par quoi commencer pour découvrir Lagarce, tellement tout chez Largarce mérite d’être découvert…  Sachez d’abord que Lagarce est aujourd’hui l’auteur contemporain le plus joué en France. Mort très jeune, il a laissé derrière lui une des plus belles oeuvres de ces 20 dernières années. Une des plus belles entrées pour Lagarce consiste, selon moi, à aller lire des extraits de son Journal, qu’il a tenu tout au long de sa vie et qui a été publié il y a peu. Le second tome, celui qui coïncide avec l’annonce de sa maladie (Lagarce souffrait du SIDA) est absolument magnifique  ! Autre entrée possible : le portrait en une minute que Lagarce a réalisé de lui-même à partir de ses photos personnelles :

Ensuite, allez lire quelques extraits de ses pièces (vous en trouverez plein sur www.lagarce.net). Mes deux préférées : J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne et Juste la fin du monde. Soyez attentifs à l’écriture de Lagarce, toute en répétitions, volutes, ressassements et à ses personnages, toujours « au bord des larmes » pour reprendre une expression d’un de ses personnages.

Et puis, évidemment, allez lire les extraits de la pièce que nous verrons mardi, Les règles du savoir vivre. Cette pièce a été écrite par Lagarce à partir d’un authentique manuel de savoir-vivre du 19ème s, écrit par la Baronne Staffe. Je vous ferai lire mardi des extraits de l‘authentique manuel et de la réécriture qu’en fait Lagarce. Vous pouvez déjà allez lire les textes et consulter ce site qui propose plein de documentation sur le spectacle.

Enfin, pour finir ce parcours Lagarce, quelques lignes d’un essai écrit par Lagarce, Du luxe et de l’impuissance, qui définissent pour moi le mieux l’univers de cet auteur :

Ne pas craindre de se perdre, s’égarer, mais s’égarer solitaire, chercher sa route en se haïssant soi-même, peut-être, cela na vaudra-t–il pas mieux que d’atteindre le fameux but, la réussite, tout ça, avec les autres, tous les autres ? Arriver en retard, fourbu, la nuit tombée, mais arriver par sa propre et orgueilleuse volonté.  Fuir les soirées d’étape, les cérémonies finales, les enterrements, la remise des prix et les feux de camp. Se perdre, être perdu, on se retrouvera bien.

Rendez-vous pour les internes dans le hall à 19 h 45 et pour les autres devant les ATP, salle Benoit XII, rue des teinturiers à 20 h. La pièce dure 1 h 30, prévoyez d’être récupéré vers 22 h00.

Seul(s) – Mouawad # Sc. nationale de Cavaillon

Le Samedi 29 janvier, 2011. Pas de commentaires

On continue notre « marathon » des spectacles du mois de février et on va voir du Mouawad, jeudi soir à Cavaillon ! Ce spectacle concerne les secondes, les premières et les terminales volontaires.

Le spectacle Seul(s) est écrit et joué par Wajdi Mouawad. Il a été crée au Festival d’Avignon 2008. Les plus anciens dans la section connaissent le travail de Wajdi Mouawad pour avoir assisté à l’intégrale de 12 h au Festival 2009. Seul(s) est une pièce un peu à part dans l’oeuvre de Mouawad, puisqu’elle rompt avec le cycle des grandes fresques pour une écriture plus intime.

A lire,  un entretien de Mouawad à propos de la pièce et le journal de bord de la création. Et puis, je vous conseille d’aller voir Incendies, le film adapté de la pièce du même nom de Mouaawad. Il passe encore cette semaine à Utopia : http://www.cinemas-utopia.org/admin/grilles/avignon/2011-02-01.pdf

Pour les infos pratiques : rendez-vous porte Saint-Dominique jeudi soir à 18 h45 et retour prévu vers 23 h 30 à Avignon.

Le livre d’or de Jan (2) # Hubert Colas

Le Mercredi 19 janvier, 2011. 1 commentaire

Jérémy Rayon

 Nous sommes allés voir Le Livre d’Or de Jan, au Théâtre du Gymnase a Marseille. Nous prenons le Bus à Avignon, apparemment, nous devons partir un peu plus tôt que prévu car des embouteillages sont prévus sur la route, nous partons donc en vitesse. Nous arrivons a Marseille, pile à l’heure, nous courrons jusqu’au théâtre ou nous prenons à peine le temps d’acheter à manger puis nous entrons dans le Théâtre du Gymnase.  Le Théâtre du Gymnase est situé assez proche de la Cannebière, une des rues principale de la ville de Marseille. Il a été construit sur l’emplacement d’un ancien couvent, et sa forme me fait beaucoup penser à l’Opéra Théâtre d’Avignon. Actuellement, il est un des Théâtres les plus dynamiques de Marseille, proposant une programmation qui mêle Théâtre contemporain et Théâtre classique. Les gradins sont construits sur plusieurs étages. Un premier étages, le rez de chaussé, au niveau de la scène, et un second, le balcon, qui offre une vue en plongée de la scène. J’étais placé au rez de chaussé, et malheureusement, lorsque nous sommes arrivés, il ne restait plus que des places au fond de la salle. Nous étions ainsi assez mal placés mais les sièges étaient juxtaposés de façon à ce que la scène était facilement visible, même des derniers rangs. La scène, située donc à mon niveau, est assez profonde, elle n’est pas très large mais elle offre juste assez de place aux acteurs. Nous avons une vue sur les Coulisses qui ne sont pas cachées par des rideaux ou autre, nous allons pouvoir voir les comédiens et toute l’équipe technique déambuler en arrière plan, à gauche et à droite de la scène.

La scène arborait une scénographie épurée. Elle était séparée en deux plans égaux par une vitre, aucun autre objet ne venait casser la pureté de cette scène. Les comédiens utilisaient divers objets, ou meubles durant le spectacle, mais ceux-ci ne restaient jamais plus longtemps que quelques minutes sur le plateau qui était nettoyé après chaque « numéro ». Les coulisses étaient donc à vue, on pouvait y voir les comédiens se préparer, s’habiller ou se déshabiller, tous les éléments techniques de mise en scène apparaissaient à l’œil du spectateur, aucun micro ou autre artifice de scénographie n’était caché. La vitre qui sépare la scène en deux offrait aux comédiens des possibilités scéniques diverses et favorisait le déplacement des acteurs ou la séparation de l’action sur deux plans. Ainsi, nous pouvions voir deux spectacles se dérouler, sur la même scène, mais dans deux univers différents. Cette vitre pouvait aussi servir d’écran, quand on y appliquait un filtre, alors, la technique de la vidéo était aussi utilisée dans ce spectacle. Nous étions donc devant un spectacle qui profite pleinement des techniques de mise en scène actuelles, comme la vidéo, ou les effets de fumées et de Lumières. Divers effets de lumières étaient utilisés pour nous transporter dans les scénettes que les acteurs jouaient durant le spectacle. Les ombres des acteurs pouvaient alors être modulées à volonté. Grace aux artifices visuels, nous étions complètement imprégnés du spectacle, par exemple, lors d’un changement de climat, une tempête, de l’eau arrivait sur la scène par le haut, telle la pluie déchainée. Le son était lui aussi très sollicité. Le chanteur Oh! Tiger Moutain fait partie intégrante du spectacle et participe au voyage qu’il nous donne. Sa musique, qui mêle sonorité acoustique et jazzy est très agréable. Il jouait seul, avec sa guitare (électrique ou folk), la plupart du temps mis en valeur par des effets visuels. Sa voix était assez grave, et elle changeait complètement de sa voix « parlée ». Les autres acteurs pouvaient utiliser un micro pour parler, comme lors d’un show télévisé.

Le spectacle commence avec le chanteur Oh! Tiger Moutain qui se situe derrière la vitre à ce moment là, il joue une de ses chansons, une chanson très lente, elle me paraissait assez triste même si je n’ai pas saisi la majorité des paroles (mon niveau d’anglais laisse à désirer). La voix Off est utilisée ensuite pour présenter les personnages de la pièce qui sont en réalité des amis de Jan. Jan est un jeune artiste qui disparu : est-il mort ? S’est-il suicidé ? Nous ne le saurons jamais. C’est son histoire qui va nous être racontée grâce à ses amis. Nous allons entrer dans une sorte de parcours initiatique, en quête de la connaissance du jeune homme. Les amis de Jan vont se présenter un à un, ils sont tous différents. On passe par des archétypes de personnages, chaque personnage possède des traits de caractères qui lui sont propres et représente, selon moi, plusieurs thématiques de la vie. Par exemple, il y a sur le plateau trois ex-copine de Jan, toutes les trois sont très différentes, pourtant, je pense que seule l’une d’entre elle incarne réellement l’amour passionné. Les amis de Jan vont réaliser des numéros artistiques que Jan réalisait lui-même étant vivant, du plus absurde au plus touchant. Ce sont plusieurs parts de Jan qui nous sont montrées dans ses numéros. Nous assistons à un travail de réminiscence extrême, ou chacun des personnages est lui-même. Il n’y a pas de quatrième mur dans ce spectacle puisque les acteurs interagissent directement avec les spectateurs. J’ai eu l’impression d’être intime avec les acteurs, comme si ils ne jouaient pas, comme si ils étaient humains intérieurement pour de vrai.

J’ai beaucoup aimé ce spectacle, il m’a vraiment touché. Je pense qu’Hubert Colas a voulu travailler sur la vie éternelle de l’art. Ainsi, Jan est mort physiquement, mais sa personnalité et son âme vivra éternellement grâce à ses œuvres, et dans le cœur de tous ses amis. J’ai eu la nette impression de connaitre ce jeune homme à la fin du spectacle, ses désirs, ses envies et ses passions. On nous retrace toute sa vie, les mauvais comme les plus beaux moments, mais on a l’impression que chacune de ses actions est significative de quelque chose. Comme s’il avait toujours quelque chose a montrer, à prouver. Je ne sais pas réellement quel était le but ultime de son art, mais je sais qu’il a touché beaucoup de gens, qu’il est resté gravé à jamais dans la mémoire de certains, et ça, cela nous fait réellement passer outre sa mort, nous donnant le désir de vouloir passer le restant de nos jours à contempler l’œuvre définitive de Jan.

Pour moi la pièce reste sans fin, nous laissant rêver à tout ce que Jan aurait pu faire si il n’était pas mort, et je ne veux pas qu’elle finisse, je ne voulais pas qu’elle finisse lorsque je suis sorti du théâtre. Je voulais m’endormir, rêver de cet artiste…

Je n’y ai pas eu droit car nous avons ensuite tourner dans Marseille pendant plus de deux heures, les autoroutes étaient bouchées.

C’est triste.