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Hiroshima mon amour # Cavaillon

Le Lundi 7 mars, 2011. 5 commentaires

LUI : Tu n’as rien vu à Hiroshima. Rien.

A utiliser à volonté.

Une voix de femme très voilée, mate également, une voix de lecture récitative, sans ponctuation, répond :

ELLE : J’ai tout vu. Tout.

La musique de Fusco reprend, juste le temps que la main de la femme se ressere encore sur l’épaule, qu’elle la lâche, qu’elle la caresse, et qu’il reste sur cette épaule jaune la marque des ongles de la main blanche. Comme si la griffure pouvait donner l’illusion d’être une sanction du : « Non, tu n’as rien vu à Hiroshima. » Puis la voix de femme reprend, calme, également récitative et terne.

ELLE : Ainsi, l’hôpital, je l’ai vu. J’en suis sûre. l’hôpital existe à Hiroshima. Comment aurais-je pu éviter de le voir.

L’hôpital, couloirs, escaliers, malades dans le dédain suprème de la caméra. (on ne la voit jamais en train de voir). On revient à la main maintenant agriffée sans relâche sur l’épaule de couleur jaune.

Voici les premières répliques du scénario d’Hiroshima mon amour, écrit par Marguerite Duras. Je vous passerai en cours le début du magnifique film d’Alain Resnais.

C’est à ce texte, écrit et pensé pour le cinéma que s’attaque Julien Bouffier et sa compagnie Adesso et sempre. Les terminales connaissent le travail de Julien, que nous avons rencontré à la sonde 03#10 et aux Rencontres de cet été. Pour découvrir le travail de Julien, n’hésitez pas à regardez cette vidéo, journal de bord de la création.

J’ai tout vu à Hiroshima – Le journal de bord en vidéo #3 envoyé par AdessoeSempre. – Découvrez plus de vidéos créatives.

Et surtout, surtout, allez lire le texte de Duras « sublime, forcément sublime »….

Pour les détails pratiques : la sortie concerne les secondes et les terminales (les premières, on vous dira si on a des places de libres) le vendredi 18 mars. Rdv à 18 h 45 porte Saint-Dominique, retour prévu vers 23 h.

Sous le volcan # Guy Cassiers

Le Samedi 5 février, 2011. Pas de commentaires

Compte rendu par Clémentine Furic,

Sous le volcan est un roman de Malcom Lowry adapté sur les planches par G.Cassiers, metteur en scène Flamand.

Le temps d’une simple journée , écourtée en deux heures, c’est la détresse d’un homme noyé par l’alcool que nous côtoyons.  Les planches vieillies de la scène ne sont encombrées par aucun accessoire si ce n’est une chaise, côté jardin, sur laquelle s’installe un comédien avant même que le public ne soit plongé dans le noir. Patiemment celui-ci attend que tout le monde prenne place. L’heure est à la confidence. Dernier tour de toux. Raclement de gorge. Silence. Nous entrons dans la vie des personnages.

L’homme, assis, ne nous montre que son profil droit. Un couloir de lumière très blanche, vient lui éclairer son visage.  Un panneau gris, séparé en plusieurs petits tableaux, qui servira de support à des projections vidéos, semble couper la scène en deux parties ne laissant qu’un petit espace de jeu au devant de la scène.

Mexico. 2 Janvier 1939. La Cantina.

Journée particulière au Mexique. But : hommage et fête en l’honneur des amis, connaissances et parents morts. Ambiance : joyeuse et colorée.

L’homme nous parle de l’atmosphère chaude et agréable. Coucher de soleil. Pluie légère. Paysages magnifiques. Ces deux volcans. Les images fusent, on se laisse emporter par cette langue, douce et froide à la fois. Puis le cours de l’histoire va dévier lorsqu’on lui remet des lettres, portant la mention de « non lues » et appartenant à «  un de [ses] amis  . Le comédien se plonge alors dans une lecture à haute voix. Des mots d’amour. Des regrets.  Sa voix est petit à petit ensevelie par celle d’un autre homme. Son visage apparaît sur l’écran. Portrait serré d’un homme chauve, d’une cinquantaine d’année. Le regard fixe, le regard froid, sa voix a désormais totalement enseveli celle de l’homme qui continue pourtant sa lecture.  Puis, petit à petit, derrière l’écran, en transparence, apparaissent plusieurs toiles montées sur châssis. Des images de rues. Paysages sombres. Portrait fragmenté de Mexico tourné par Cassiers lui même, lors d’un voyage, avant l’adaptation de la pièce. Nous découvrons alors, grâce à la transparence de la toile servant d’écran, que l’homme filmé se trouve derrière celui ci. Assis à une chaise, côté cour. Visage face à la caméra. La lecture de ces lettres par les deux hommes est un voyage dans le temps.

Mexico. 2 Janvier 1938. La Cantina. Journée précédent la mort.

Journée particulière au Mexique. But : hommage et fête en l’honneur des amis, connaissances et parents morts. Ambiance : joyeuse et colorée.

L’homme dont le visage est apparu sur l’écran, l’homme des lettres non envoyées, des lettres non lues, entre maintenant sur le devant de la scène grâce au coulissement des panneaux. Le décor de cette scène, ainsi que ceux à venir sont de simple vidéos projetées sur la toile. Paysages, rues, intérieurs et jardins, tout fut filmé durant le voyage de Cassiers.  Le vent balaye les feuilles des arbres. Lumière chaude. Bruits d’ambiance. Cigales et compagnie.

Par la suite, une femme, élancée, habillée d’une longue robe de coton blanche et d’un chapeau assorti, rentre sur scène. Nous assistons à cet instant aux retrouvailles. Celles de l’homme, alcoolique, et de son ancienne femme. Car l’histoire n’est pas compliquée. Une femme quitte son mari alcoolique dans l’espoir qu’il se soigne.  Mais éperdue d’amour pour celui-ci, elle revient lui rendre visite quelques années plus tard, persuadée de retrouver un homme sobre. Mais malgré les apparences, c’est un homme meurtri, rongé, mais surtout malade qu’elle retrouve. Les deux personnages parlent, se retrouvent, se questionnent, abordent le passé, puis leur présent. Enfin réunis. L’alcool aura eu raison de leur passé, l’amour devra construire leur futur. Ils évoquent l’envie de partir. Partir loin. Tout laisser. Tout quitter. S’installer à la campagne. Devenir fermier. N’avoir besoin de rien, si ce n’est de l’autre. Lorsqu’ils décident de se promener, les deux comédiens s’approchent de l’avant scène. Bras dessus, bras dessous, le regard vers l’horizon, ils se promènent, immobiles. Cassiers est allé jusqu’à épurer les moindres déplacements de ses comédiens. Tout est figuratif. L’alcool est constamment présent dans la vie de l’homme, il fallait donc qu’il soit présent dans le spectacle, sur scène. Mais comment apporter cette matière essentielle, noyau du spectacle, de la construction du personnage, au plateau sans « faire semblant » ? Comment ne pas en arriver au cliché de l’alcoolique bafouillant l’index levé ? Comment rester simple mais juste ? Alors que les personnages pique-niquent, assis sur le bord des planches, sur la toile de fond où est projeté le décor, un cadre apparaît. Une bouteille d’alcool. Deux verres vides. L’homme se lève, se place devant le cadre. Une main apparaît dans celui ci, elle se serre un verre. Nous pouvons entendre le bruit du verre se cogner au verre puis du liquide qui se verse et remplit petit à petit le verre. La main s’empare ,finit par s’en emparer et disparaît avec. C’est ainsi, à chaque fois, que l’alcool prend place sur scène.

La journée continue. Les amants se séparent. Les verres s’enchainent. Au cours d’une petite pause au fond du jardin. Se suivent. Lors du passage d’un ami. Encore. Encore. Encore. Jusqu’à ce que son corps ne puisse plus supporter. Seul sur scène, l’homme titube. Réel déséquilibre du corps soutenu par les images projetées sur la toile de fond. Photos d’une rue ensoleillée de Mexico. Les images vrillent, sautent. Nous entrons dans son monde. Un air jovial  accompagne la folie du personnage. Jusqu’à la perte de connaissance. Jusqu’à l’inconscience. Jusqu’à la chute.

Autour de lui, on s’organise, on se rapproche, on se lie. On essaye de passer à autre chose. De sortir. Tournoi de rodéo. La femme et son mari sont à l’avant de la scène. Cris d’une foule en délire. Vidéo d’une vachette folle furieuse. Le frère se trouve derrière la toile sa silhouette se dessine sur le dos de l’animal. Chacun veut l’aider. Son frère, sa femme, son ami. Mais rien ne pourra prendre le dessus. Conscient mais dépendant et incontrôlable, le héros lui même ne semble pas avoir la force de se battre. De visite dans le chalet d’un ami, l’alcool aura encore une fois raison de ceux qui l’entoure. Sur la toile de fond, l’intérieur de la maison. Son frère et sa femme décident de monter sur la terrasse admirer la vue. Ils disparaissent alors derrière les panneaux qui coulissent. Leurs ombres donnent l’impression qu’ils sont en haut. Dos au public. Face à l’horizon. En bas, l’homme s’autorise un dernier verre. Réapparition des bouteilles d’alcools dans le cadre du cyclo. Cycle infernal.

Dernier rendez vous.

Après avoir parcourus de nombreuses rues, l’homme se réfugie à La Cantina. Il n’a pas su retrouver sa femme. Il n’a pas su se rappeler d’un simple mot. Le nom du restaurant. C’est à cet instant qu’il écrit ses lettres. « Refusons que ce que nous avons créé sombre si vulgairement dans l’oubli » Derniers mots adressés à sa femme. L’homme est seul au devant de la scène. Atmosphère sombre. On ne comprend pas très bien, mais on se laisse emporter par ce flot de parole. La langue est douce, les mots poignants. On oublie parfois même de lire les sous-titre. Une lumière rouge l’envahis petit à petit. C’est la fin, on le sent. On s’accroche à sa voix, à sa détresse, à sa folie. Il lutte une dernière fois. Un combat contre sa conscience, contre ses idées noires, contre ses envies et ses douleurs. Un combat perdu d’avance. L’homme sombre. Noir.

Cassiers réalise ici une adaptation poignante d’un texte qui nous introduit à l’intérieur de la maladie.  Au cœur de la douleur, tout en douceur, grâce à une scénographie, une mise en scène et  un jeu épurés au possible. Le tout faisant du héros un personnage digne d’une Tragédie Grecque, impuissant face aux forces supérieures. Un beau voyage.

Tles # Novarina

Le Mercredi 2 février, 2011. Pas de commentaires

A écouter, sur le site de France-Culture, un cycle Novarina. Vous pourrez y écouter le Discours aux animaux et le Monologue d’Adramelech, et une conférence de Jacques Nichet et même télécharger le tout sur votre portable pour l’avoir toujours avec vous (j’y crois, j’y crois).

Dramatique Fictions / Théâtre et Cie

Seul(s) – Mouawad # Sc. nationale de Cavaillon

Le Samedi 29 janvier, 2011. Pas de commentaires

On continue notre « marathon » des spectacles du mois de février et on va voir du Mouawad, jeudi soir à Cavaillon ! Ce spectacle concerne les secondes, les premières et les terminales volontaires.

Le spectacle Seul(s) est écrit et joué par Wajdi Mouawad. Il a été crée au Festival d’Avignon 2008. Les plus anciens dans la section connaissent le travail de Wajdi Mouawad pour avoir assisté à l’intégrale de 12 h au Festival 2009. Seul(s) est une pièce un peu à part dans l’oeuvre de Mouawad, puisqu’elle rompt avec le cycle des grandes fresques pour une écriture plus intime.

A lire,  un entretien de Mouawad à propos de la pièce et le journal de bord de la création. Et puis, je vous conseille d’aller voir Incendies, le film adapté de la pièce du même nom de Mouaawad. Il passe encore cette semaine à Utopia : http://www.cinemas-utopia.org/admin/grilles/avignon/2011-02-01.pdf

Pour les infos pratiques : rendez-vous porte Saint-Dominique jeudi soir à 18 h45 et retour prévu vers 23 h 30 à Avignon.

Phèdre # Sc nationale de Cavaillon

Le Jeudi 13 janvier, 2011. Pas de commentaires

Les élèves de secondes iront, lundi 17 janvier, à la Scène Nationale de Cavaillon pour voir

Phèdre de Racine dans une mise en scène de Renaud-Marie Leblanc

Le départ est prévu à 17 h 30, porte Saint -Dominique, le retour à 22 h 30.

Haïti # Laferrière

Le Mercredi 12 janvier, 2011. Pas de commentaires

Il y a un an, la terre tremblait à Haïti…

Dans le prolongement du travail que nous avions mené l’année dernière, à la Chartreuse, lors de la sonde Chartreuse News Network, session 2, je vous propose d’écouter le témoignage de Dany Laffrière, auteur haitien qui relate dans son dernier livre, Tout bouge autour de moi, son expérience du séisme et de l’année qui a suivi. Vous y retrouverez nombre des problématiques que nous avions soulevées l’an dernier :


Dany Laferrière
envoyé par franceinter. – L’info video en direct.

Novarina # à aller lire

Le Dimanche 9 janvier, 2011. Pas de commentaires

Des articles à aller lire, à propos de la création de la dernière pièce de Novarina, Le Vrai sang, à l’Odéon : http://www.lemonde.fr/culture/article/2011/01/08/novarina-l-art-du-lancer-de-langage-dans-l-espace_1462835_3246.html et http://www.lemonde.fr/culture/article/2011/01/08/petit-lexique-novarinien-a-l-usage-de-toutes-et-de-tous_1462836_3246.html

"Le vari sans" Valère Novarina, photo Alain Fonteray

et dans le dernier numéro de Mouvement (excellente revue), une interview de Daniel Znyk, grand acteur novarinien, mort juste avant la création de l’Acte inconnu : http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/LOrigine-rouge/ensavoirplus/idcontent/9500

Nach Moskau ! Nach Moskau # F. Castorf

Le Samedi 11 décembre, 2010. Pas de commentaires

Nach Moskau! Nach Moskau! d’après Tchékhov

Mise en scène de Frank Castorf

  par Zelda Gourru, TL1

             Paris, métro 1, Hôtel de Ville-George V, -3 élèves, RER A, Nanterre Préfecture, + 3 élèves, -1 – 1 prof, Navette, Théâtre des Amandiers, au complet. Après une journée dans la folie parisienne et son métro insoutenable, enfin, du théâtre. Ce soir, c’est Nach Moskau! Nach Moskau!, une adaptation par Franck Castorf de deux textes de Anton Tchekhov, Les Trois sœurs, et Les Paysans. 4H en allemand sous-titré, cette langue trouve enfin une certaine utilité dans ma vie ! Le théâtre allemand est un véritable mystère pour moi, et nous réserve ce soir bien des surprises..

 

Anton Tchekhov est un des grands noms de la littérature russe du XIX éme siècle. Fils de petit commerçant, il a su montrer, au théâtre ou dans ses nouvelles, les malheurs de l’Homme, usé par le temps et l’esprit humain qui s’auto-détruit peu à peu, dans un monde bourgeois qui s’oppose  au prolétariat, que l’auteur défend. Franck Castorf lui, réunit sur scène ces deux univers chers à Tchekhov. Né en 1951, dans une Allemagne en pleine reconstruction, il vit jusqu’à la chute du mur en 1989 à Berlin-Est, sous l’emprise du monde soviétique. Dés lors, il choisit le théâtre. Le théâtre, un monde où l’expression est reine, mais où , en ces temps là, l’expression n’a pas la parole. Censuré et confiné, Castorf est restreint à plusieurs reprises par les autorités. Et c’est là que que ces idées et celles de Tchekov se croisent. Alors que l’un écrit sur le prolétariat, l’autre le vit. Une société qui réprime une façon de pensée qui n’est alors plus la liberté de l’homme.

En s’inspirant de ces textes, Castorf met le doigt sur des problèmes, politiques ou non, qui sont toujours d’actualité. Grâce à une mise en scène pleine de symboles, il nous entraîne dans un univers où riches et pauvres finissent par se confondre, n’hésitant pas à imposer son point de vue. Dans une scénographie de Bert Neumann, les deux univers sont nettement représentés, par une terrasse en hauteur à cour, où se succèdent les personnages, dégringolant des escaliers ou s’esquivant par les coulisses, et une frêle cabane à jardin qui s’effondrera au fur et à mesure de la pièce. Séparant les deux, au centre, un écran sur lequel sera projeté le sur-titrage des acteurs, communiquant en allemand, et parfois en russe ou en anglais. En fond de scène, une toile tendue durant la première partie de la pièce où sont peint de grand bouleaux, représentant les grandes forêts russes occupant une large partie du territoire. Et, derrière la terrasse de la maison des Trois sœurs, un piano,  autour duquel les acteurs se réuniront à plusieurs reprises pour ensemble, chanter.

                        Les deux parties de la pièce de Castorf jouent avec la notion de temps. Alors que dans un premier temps nous nous retrouvons dans le monde bourgeois et aristocrate russe du début du XX ème siècle, dans une phase de transition, où les personnages désirent partir de cette campagne qui les contient et retourner à Moscou, leur ville, la seconde partie est, quant à elle dans un temps bien plus avancé, où se croisent étoile communiste, faucille, marteau, et griffe de grande marque. En effet, Castorf actualise des problèmes de société qui remontent à plus d’un siècle, en les associant à ceux que nous connaissons. Entre les débuts de la révolution russe, la fin des deux Allemagne, et les soucis d’identité français, le metteur en scène s’amuse à passer d’un univers à l’autre, les confondant de temps à autre. Il soumet Andreï et met  Natacha au pouvoir, telle une tsarine rouge, sur son trône avec d’élégants apparats, alors  que son mari, muni d’un tee-shirt quadrillé devient une figure de bouffon, s’occupe de l’enfant et dilapide son héritage dans de somptueux casinos. Le pouvoir se renverse. La grandeur des sœurs  du début  nest plus qu’un lointain souvenir. Les moujiks, ces paysans dans leur cabane, sont, eux, attirés par un mode de vie occidental ( symbolisé par la marque, le luxe, ou encore le rappeur US Eminem sur le tee-shirt de l’un d’entre eux) où tout semble plus simple et accèdent à la vie moscovite, mais ne sont que plus désemparés face à ce monde qui leur reproche tout et où l’appât du gain les oblige à mendier ou à se prostituer. Castorf soulève une nouvelle fois un sujet délicat, la concurrence entre les pays, opposant Allemagne et Russie (quelque fois empire russe ou URSS) à qui sera le meilleur, mais aussi la différence entre ces deux classes sociales que beaucoup réfutent, comme si de rien n’était. Mais ces temps là ne sont pas si loins que ça.. Utilisant des figures emblématiques à chaque fois, des personnages qui nous semblent proches et éloignés à la fois, Castorf image ces propos. Ces sœurs, au début dans leurs habits d’époque, puissantes et belles, se retrouvent parachutées au bas de l’échelle par la dictature de la belle sœur, ce frère poète et fringuant, soumis, ces paysans pleins de bonne volonté qui ne sont plus que poussière face à la dictature. Représentatifs de différentes époques, que relie la déchéance sociale.  Castorf met la barre très haute et soulève en une seule fois beaucoup de ce que nous ne voulons pas voir, mais aussi très subtilement des sujets tel que l’homosexualité, l’inceste, l’adultère ou l’amour..

            Malgré une traduction mal retransmise et de nombreux blancs par rapport au texte des acteurs, l’énergie des comédiens nous propulse au dessus de ce mal-aise crée par l’incompréhension de la langue. L’allemand certains trouvent incompréhensible, qui ne permettrait pas de faire partager ces sentiment, nous a prouvé le contraire. Bien que criée, la langue passe d’une bouche à l’autre et la force du comédien permet de remettre tout en situation et de recréer une nouvelle force sur scène. Le théâtre allemand est surprenant ; capable de passer de l’émotion la plus forte au rire le plus simple. Un à un, les comédiens viennent nous chercher, nous cueillent sur nos sièges, dans n’importe quelle langue, et attaquent. Attaquent le texte de Tchekhov, que Castorf réécrit, de manière à le sortir de l’ornière du théâtre psychologique. Un discours sur la classe paysanne, en russe, où l’actrice est puissante et sensible à la fois. Elle n’a pas peur du regard du public et le soutient. Les comédiens vont au bout de leurs pensées, de leur action, et je ne pense pas que nous pouvons parler de surjeu. Le public est aussi largement pris en compte dans la mise en scène de Castorf. Utilisant un système vidéo, il permet une double vision de la scène, celle imposée par la place qui nous a été attribuée, et un œil plus libre, circulant au plateau parmi des choses que nous ne pouvons pas voir. Quelque fois, la caméra est celle d’un reportage et nous plonge dans la misère paysanne. De plus, cassant la tradition théâtrale, les comédiens font aussi parfois appel au public, recherchant son approbation, comme un soutien.

            Révolté contre ce système communiste où l’oppression était constante, Castorf, qui l’a connu, n’hésite pas à souligner l’effet de cette « bombe » qui a placé de nombreux pays dans la déchéance la plus totale. Mais cette critique de la pensée stalinienne passe aussi par son contraire. Ces personnages désemparés qui réussissent à en sortir, ne sont que mieux propulsés dans un monde du « chacun pour soi », qui fait rage et ne les détruiront que mieux. Un juste milieu innacessible, nach Freiheit,,

(vers la liberté..)

Paris # En images

Le Mercredi 8 décembre, 2010. 1 commentaire

 

Photos d’Audrey Larange

Le livre d’or de Jan # H. Colas

Le Dimanche 5 décembre, 2010. Pas de commentaires

Jeudi 9 décembre, les élèves de première et de terminale iront voir :

Le livre d’or de Jan d’Hubert Colas au Théâtre du Gymnase, à Marseille.

Nous parlerons du travail d’Hubert Colas en classe, mais vous pouvez déjà aller lire ou regarder quelques vidéos pour vous préparer à ce spectacle.Le livre d’or de Jan est un spectacle qui propose un portait d’un jeune artiste, Jan, disparu au passage de l’an 2000; Réunis, ses amis évoquent tour à tour son souvenir.

Jetez d’abord un œil au site de Bas Jan Ader, un plasticien des années 70, qui a beaucoup travaillé sur le motif de la chute et de la disparition :  http://www.basjanader.com/. Hubert Colas a découvert son travail au moment où il préparait le spectacle.

Allez ensuite écouter les compositions magnifiques de Oh ! Tiger Mountain, jeune chanteur marseillais qui a accompagné le projet d’Hubert Colas et qui sera présent sur scène.

et puis, visionnez un extrait du spectacle

et s’il vous reste des forces, vous pouvez allez lire la première partie de mon Pièce (dé)montée, en cliquant sur l’image ci-dessous :