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Pétition pour la défense des enseignements artistiques au lycée#

Le Lundi 25 mars, 2019. Pas de commentaires

LISEZ, SIGNEZ ET DIFFUSEZ CECI  CAR LES ENSEIGNEMENTS ARTISTIQUES SONT MENACÉS PAR LA RÉFORME DU LYCÉE (cliquez sur le lien en blanc ci-dessous) :

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Le témoignage d’un ancien élève du lycée devenu acteur, auteur, metteur en scène reconnu :


« Je m’appelle Baptiste Amann. Je suis un ancien élève de l’option théâtre du lycée Frédéric Mistral à Avignon.
Nos heures de pratique se déroulaient à la Chartreuse de Villeneuve les Avignon, magnifique lieu de résidence pour les écrivains de théâtre, et structure essentielle pour la représentation de l’écriture dramatique contemporaine en Europe.
Ce fut une expérience incroyable, un choc, une révélation.
En fin de terminale je tentai le concours de l’ERACM, animé par la nécessité de faire du théâtre un métier. Je rentrai dans cette école à tout juste 18 ans.
Aujourd’hui je suis comédien, auteur, metteur en scène. Je suis directeur artistique de ma compagnie implantée en Aquitaine, et artiste associé au théâtre du Merlan à Marseille, au TNBA à Bordeaux et à la Comédie de Béthune. Mes pièces sont publiées aux éditions Théâtre Ouvert-Tapuscrits et jouées sur les plateaux de nombreux CDN et scènes nationales. Je vis de mon métier. Ce n’est pas pour me faire valoir que j’établis cette liste, mais pour souligner le fait que sans l’option théâtre je n’en serais pas là. Je ne ferais certainement pas de théâtre car je suis d’un milieu où l’idée ne pouvait pas apparaître d’elle-même. Il fallait être « initié », sans quoi le passage d’un monde à l’autre n’aurait jamais eu lieu. Et ce sont bien les professeurs et artistes intervenants Jacques Roubaud, Géraldine Tellène, Nathalie Fillon et Christian Giriat, à qui je rends aujourd’hui hommage, qui ont eu ce rôle de passeurs essentiels.
Ils ont, et ce n’est pas une formule, c’est un fait, changé ma vie. »

Le théâtre, une gourmandise….#

Le Lundi 25 mars, 2019. Pas de commentaires

Sans commentaire….

Avis de disparition#Bobo#Serge Merlin#

Le Lundi 25 mars, 2019. Pas de commentaires

Deux grands chers interprètes disparus….

L’acteur de théâtre Serge Merlin, connu notamment pour ses interprétations des pièces de Thomas Bernhard, Beckett et Shakespeare est mort samedi à 86 ans à Paris.

Au cours de sa carrière, il a joué avec les plus grands metteurs en scène, Patrice Chéreau, Matthias Langhoff, André Engel, Alain Françon, et il avait été marqué à jamais par ses deux interprétations du Roi Lear de Shakespeare. Il avait connu un passage à vide, pendant une dizaine d’années, avant de remonter sur scène au Festival d’Avignon en 1978 avec Le Dépeupleur de Beckett.

« Il avait un rapport quasiment religieux au théâtre », a estimé de son côté son ami et ex-agent Nicolas Derouet, qui voit dans sa disparition une perte majeure pour le théâtre.

Outre ses nombreux rôles au théâtre, Serge Merlin avait joué dans une vingtaine de films. Son rôle le plus célèbre sur le grand écran était sans doute le personnage de Raymond Dufayel, « l’homme de verre », qu’il avait incarné dans Amélie Poulain

au début des années 1990. Un personnage particulièrement poignant, puisqu’il incarnait « l’homme de verre », un peintre atteint de la maladie des os de verre et vivant cloîtré.

Il avait également joué dans un autre film célèbre de Jean-Pierre Jeunet, La Cité des enfants perdus. Son dernier rôle au cinéma était celui de Louis XI dans Un peuple et son roi de Pierre Schoeller, sorti l’an dernier en salle.

Et puis Bobo, comédien cher à Pippo Delbono est parti lui aussi.

« La vérité au théâtre, c’est quand l’acteur réussit à faire un geste, à dire un mot comme si c’était la première et la dernière fois qu’il le faisait dans sa vie. C’est comme si quelque chose naissait et mourait à cet instant. Et toi, en tant que public, tu as la sensation de voir un geste qui est fait pour toi seul. En cela Bobo est un grand maître. » Voilà ce qu’écrit Pippo Delbono dans son livre Le Don de soi, paru chez Actes Sud en octobre 2018. Aujourd’hui, il faut mettre à l’imparfait la dernière phrase du metteur en scène italien : Bobo est mort, vendredi 1er février, d’une pneumonie, à l’hôpital d’Aversa en Italie, à 82 ans.

Pippo Delbono et lui étaient indissociables, depuis qu’ils s’étaient rencontrés, en 1996. A l’époque, Pippo Delbono traversait un de ces « trous noirs » qui jalonnent sa vie. Son psychiatre lui a conseillé de faire des stages avec des internés. Il est ainsi allé dans l’asile psychiatrique d’Aversa, près de Naples, où il a vu Bobo, qui y vivait depuis trente-cinq ans. « Il est destiné à être pour toujours un enfant », disaient les médecins.

Microcéphale et sourd-muet, Bobo – Vincenzo Cannavacciuolo, à l’état civil – ne connaissait le monde que par la télévision quand Pippo Delbono l’a pris sous son aile. Ou l’inverse. Car les deux hommes se sont sauvés l’un l’autre. Dans l’exposition « Ma mère et les autres », présentée à La Maison rouge, à Paris, en 2014, on voyait sur un écran de télévision Bobo et Pippo en Vespa. Ils venaient de quitter l’asile d’Aversa, où ils étaient retournés, et ils roulaient sur un chemin caillouteux, au milieu des arbres.

Lire la critique de l’exposition « Ma mère et les autres » : Pippo Delbono enfouit ses souvenirs entre les murs de La Maison rouge

Vent de la vie

Passons au présent, parce que ce souvenir ne nous quitte pas : ils roulent, Pippo devant, Bobo à l’arrière. Après les longs couloirs terribles de l’asile, on sent sur leur visage le souffle du vent. C’est le vent de la vie, plus fort que tout. Bobo l’avait en lui. Il a su l’insuffler à Pippo qu’il voyait prostré dans un fauteuil, après la mort de sa mère. Il venait tout près, poussant de petits cris, pour lui redonner ce désir de vivre qu’il avait perdu.

Pippo Delbono et Bobo (à droite) dans le film réalisé par Pippo Delbono, « Grido ».Pippo Delbono et Bobo (à droite) dans le film réalisé par Pippo Delbono, « Grido ». PIERRE GRISE DISTRIBUTION

Sur scène, c’était pareil : Bobo ne jouait pas, il était, et cela seul suffisait pour que le théâtre advienne, comme il en va avec certains acteurs d’exception. Miracle de la présence immédiate : il suffisait à Bobo d’enfiler un costume pour qu’il soit le personnage. Et la salle ne voyait que lui. Là encore, les souvenirs affluent, au présent.

2002, le Festival d’Avignon découvre Pippo Delbono avec Il SilenzioGuerra et La Rabbia, présentés dans la cour d’une école, avec un sol de terre et d’immenses platanes. A la fin d’Il Silenzio (Le Silence), qui fait entendre le silence de la mort après un tremblement de terre, un homme tout petit prend par la main la femme la plus grande, la plus belle. Une silhouette dans la nuit du temps. Bobo. Le même qui, dans Guerra (Guerre), fume sa cigarette, ou s’assied sur une malle et pose des masques sur son visage pendant que Pippo Delbono, de sa voix à la Carmelo Bene, raconte des fables en quelques phrases.

Emblème de la compagnie

Il est toujours ainsi, Bobo. Si fortement ancré dans l’instant qu’il en arrive à effacer ceux qui voudraient immortaliser un instant, comme Yasser Arafat, auprès de qui il a été photographié quand la troupe de Pippo Delbono a joué Guerra à Ramallah, en 2003. Sur la photo, la star, c’est lui, pas le leader palestinien… Rien d’étonnant si, au fil du temps, Bobo est devenu l’emblème de la compagnie qui travaille à la frontière de l’art et de la vie. Sur le plateau, il sait être multiple, tout en restant lui, unique et semblable à ceux que Pippo aime réunir, des êtres loin de la normalité et proches d’une vérité immémoriale.

Bobo pouvait tout être : grand-père idéal dans une famille idéale qui vole en éclats, dans Gente di plastica (Gens de plastique), en 2002, Mozart dans l’opéra Don Giovanni, en 2014, fier comme un roi, filmé dans les galeries du château de Versailles, dans La Visite, en 2015… Mais, s’il fallait ne retenir qu’un souvenir, ce serait celui-ci, qui les contient tous. En 2008, à la fin de la pièce La Menzogna (LeMensonge), Bobo s’approche de Pippo, qui est nu comme un vers. Il lui tend ses vêtements, le fait s’habiller, le prend par la main et le mène au bord du plateau, tout près des spectateurs. On croit alors regarder Bobo. C’est lui qui nous voit.

A propos de « Ça ira, fin de Louis (1) » de Joël Pommerat

Le Jeudi 22 mars, 2018. Pas de commentaires

Ayez la curiosité de consulter cet abécédaire du spectacle écrit par des chercheurs en littérature qui se questionnent sur l’imaginaire de la révolution. Ils parlent du spectacle par des entrées spécifiques, en mettant en parallèle avec des textes, la plupart du temps contemporain de la révolution.
http://www.thaetre.com/2017/03/24/ca-ira-de-a-a-z/

Recrutement d’amateurs pour le prochain feuilleton du Festival d’Avignon#

Le Mercredi 14 mars, 2018. Pas de commentaires

En 2015, le Festival d’Avignon lançait le feuilleton La République de Platon d’Alain Badiou, réunissant des artistes et habitants de la ville d’Avignon autour de lectures à voix haute. Depuis, ce rendez-vous quotidien est devenu un incontournable du Festival d’Avignon. En 2016, La Piccola Familia a conçu un projet original en seize épisodes à partir de L’Histoire du Festival d’Avignon. En 2017, Christiane Taubira et Anne-Laure Liégeois, accompagnée d’une quarantaine de femmes et d’hommes volontaires de 10 à 77 ans, ont donné à entendre des auteurs et des textes porteurs d’émancipation et de combats pour l’acquisition et le respect des droits.

Après ces réussites, nous sommes heureux de préparer le prochain feuilleton, composé de 13 épisodes, qui se déroulera du 7 au 21 juillet 2018, à 12h dans le Jardin Ceccano.

Cette nouvelle expérience collective suit les grandes lignes des éditions passées et nous sommes à la recherche d’amateurs, habitants de la région et souhaitant participer à cette création.

Cette année, la ligne directrice est la lutte contre les discriminations.

Nous souhaiterions, au sein de ces amateurs, accueillir des adolescents volontaires, auprès desquels vous pourriez, si bien sûr vous le souhaitez, vous faire le relai de ce projet. Si, dans vos classes, certains élèves étaient intéressés, n’hésitez pas à me faire remonter l’information, leur éventuelle inscription à la réunion d’information, et également à les renvoyer directement vers moi s’ils souhaitaient en discuter de manière plus poussée.

Pour participer : l’envie est le premier des pré-requis mais au-delà, il faut également prévoir une disponibilité de mars à juillet qui reste à définir selon un planning de répétition et de représentation. Des groupes seront constitués, il n’est pas nécessaire d’être présent durant tout le Festival d’Avignon.

Le travail sera d’avantage de l’ordre de la lecture à voix haute et de la présence que du jeu théâtral. Il est en revanche important d’insister auprès de vos élèves éventuellement motivés sur l’engagement que représente un tel projet, qui demandera notamment de prendre sur leur temps libre et de faire preuve d’assiduité dans le travail avec l’équipe artistique et les autres amateurs.

Une réunion de présentation du projet est ainsi proposée à toutes les personnes intéressées

le jeudi 22 mars à 18h30

Salle audiovisuelle de l’ISTS (Institut Supérieur des Techniques du Spectacle)

Cloître Saint-Louis, 20 rue du Portail Boquier, 84000 Avignon

Concours des écoles de théâtre : « tout se passe dans l’instant »#

Le Vendredi 23 février, 2018. Pas de commentaires

Article du Monde daté du 14 février 2018
Etudiants du Conservatoire en répétition en juin 2017 (Christophe Raynaud de Lage)

Ils étaient 1331 candidats inscrits au premier tour du concours du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique (CNSAD) de Paris en 2017. Ils n’étaient que trente, quinze garçons et quinze filles, à voir leurs noms affichés sur la liste des admis à l’issue de trois épreuves éliminatoires.

La saison des concours a débuté pour les jeunes comédiens souhaitant intégrer des écoles supérieures d’art dramatique (lire notre post Quelles formations pour se préparer aux concours des écoles supérieures d’art dramatique ?). Cette année, le premier tour du CNSAD – l’établissement qui attire le plus grand nombre de candidats – se déroulera du 5 au 17 mars 2018.

Pour départager ces postulants âgés de 18 à 25 ans, un exercice imposé : la scène de concours. Au Conservatoire de Paris, elle ne dure jamais plus de trois minutes, au risque de se voir imposer un implacable « merci » en cas de dépassement du chronomètre.

Trente candidats par jour

Quatre scènes sont à préparer pour le premier tour :  une en alexandrins, une écrite avant 1980, une après 1980 et enfin un parcours libre, expression des talents du candidat. Claire Lasne-Darcueil, directrice du Conservatoire depuis 2013, a imposé une règle simple. Le candidat a le choix de la première scène qu’il souhaite passer durant l’épreuve, « ce qui lui permet de bien se concentrer », détaille la directrice. « Le jury demande ensuite à écouter une à trois scènes supplémentaires ou pose quelques questions au candidat sur son envie d’entrer à l’école ».

Ce jury, composé de cinq professionnels du monde du spectacle, voit défiler trente personnes par jour. Trente candidats accrochés au même rêve, présentant en cent quatre-vingt secondes le fruit de plusieurs mois, parfois même d’années, de travail acharné. « Nous avons le devoir de rester frais et ouverts à toutes les propositions» affirme Claire Lasne-Darcueil. Nous votons ensuite pour les candidats admis au deuxième tour. D’ailleurs, nous sommes en général assez unanimes sur les gens que nous souhaitons revoir. Il y a des évidences.»

Savoir « être au présent »

Ce qui est déterminant pour le jury, selon Claire Lasne-Darcueil, ce n’est pas tant le niveau technique que la capacité à être « au présent ».

« Tout se se passe dans l’instant. Tout d’un coup, on ne voit plus quelqu’un qui fait du théâtre mais on est face à quelqu’un qui est tout simplement là. »

Un fragile équilibre entre présence scénique et gestion du stress qui induit bien évidemment des rendez-vous manqués entre les acteurs en herbe et leurs auditeurs : « Les concours sont arbitraires, il suffit de voir le nombre de candidats pour le nombre d’admis. Et il y a des gens formidables qui ratent parce qu’ils ne sont pas vraiment là au moment de leur passage. Ce qui ne remet en aucun cas en question leur potentiel ou leur valeur. »

Concernant le choix des scènes de concours, Claire Lasne-Darcueil n’a pas de préconisations particulières mais elle apprécie lorsque les jeunes comédiens lui font « découvrir des textes ou des auteurs » : « Des scènes trop passées par les candidats peuvent appauvrir l’écoute du jury. L’année dernière, on a entendu beaucoup de Wajdi Mouawad ou de Falk Richter. »  A bon entendeur… Mais, « il n’y a pas de recette » ajoute prestement Claire Lasne-Darcueil.

Changer la place des femmes sur scène

La directrice du CNSAD a néanmoins formulé une doléance, il y a trois ans de cela, lors d’une rencontre au Théâtre de la Colline questionnant les représentations de la femme sur scène.

« J’avais remarqué qu’en concours, les jeunes filles jouaient des scènes de viol, d’agression, de dégradation. Des situations caractéristiques du répertoire classique, écrit par des hommes, où la femme est malheureusement souvent montrée comme victime. C’était un spectacle assez inquiétant. »

Et Claire Lasne-Darcueil a été entendue : « en une année, ça a changé du tout au tout, c’est tout juste si les candidates ne mettaient pas des beignes à leurs partenaires ! Plus sérieusement, elles m’ont prise au mot de façon fine et humoristique. D’ailleurs, montrer la femme comme drôle, ça c’est quelque chose qui est moins habituel ! »

Enfin, lorsqu’il s’agit de donner des conseils aux candidats qui se présenteront 2 bis rue du conservatoire dans moins d’un mois, Claire Lasne-Darcueil met l’accent sur l’envie et le travail. « Je crois que quand on a un désir profond, il faut se sentir légitime, assure t-elle. On est légitimé par la force de son désir et par son travail, c’est le meilleur cocktail. »

Échange théâtral avec Bruxelles : la presse en parle#

Le Mardi 23 janvier, 2018. Pas de commentaires

Echange théâtral (Vaucluse matin du 23 janvier 2018)

Echange théâtral (Vaucluse matin du 23 janvier 2018) mardi 23 janvier 2018, par Administrateur

Deux retours d’élèves sur « La Mouette » au théâtre d’Arles#

Le Dimanche 21 janvier, 2018. Pas de commentaires

La Mouette s’est jouée le mercredi 13 décembre à 19h30 au théâtre d’Arles, le spectacle a duré 2h, a été présenté par la compagnie Kobal’t et mis en scène par Thibault Perrenoud. Cette représentation est une adaptation du texte deTchékhov: La Mouette, datant de 1896, une comédie contrastée se terminant comme un drame, c’est également une pièce réaliste.

Les principaux thèmes abordés sont l’amour ainsi que les conflits intergénérationnels sur l’art notamment. L’histoire est pleine de liens complexes: Nina est une jeune femme rêvant d’être actrice, elle est aimée par Constant, voulant être écrivain. Mais Nina tombe amoureuse de Boris Trigorine, écrivain à succès et amant d’Irène actrice à succès et aussi mère de Constant. Ce dernier tente de prouver à sa mère sa valeur d’auteur, chose complexe car elle ne fera que le dénigrer (les noms sont ceux de la pièce vue et non ceux du texte original de Tchékhov)

Ainsi cette pièce nous fait réfléchir sur l’amour et sa véracité, sa cruauté, mais surtout sur l’art, sur sa modernité ou nom, sur les gouts de chacun, ces nouveau artistes qui innovent et qui sont souvent incompris où critiqués.

L’espace scénique est assez symbolique mais a aussi des aspects réalistes notamment quand la pièce se passe sur la plage ou lors du barbecue, il faut parfois aussi imaginer cet espace, au tout début par exemple lors de la représentation de la pièce de Constant, rien ne nous indique que cela se passe dans un petit théâtre.

L’espace scénique est circulaire et le public placé autour, les comédiens sont donc presque constamment en mouvement afin que les spectateurs puissent tous les voir. Par cette disposition, le public est très proche de la scène et est même pratiquement dessus, de plus les comédiens viennent souvent dans le public et s’adressent directement à eux, au tout début par exemple quand ils demandent de patienter, que le spectacle va bientôt commencer.

Le plateau est au début vide avec seulement des chaises portant une feuille blanche avec des prénoms. Ces chaises sont pratiquement insérées dans le public. De ce fait, les décors sont mis en place en direct comme la table, les chaises, le barbecue (qui est dans le public). Un élément a beaucoup d’importance: la terre, elle sert de terre au début avec la pièce de Constant, puis de sable ou encore de lit/linceuil pour l’oncle à la fin, elle a une fonction assez symbolique puisque c’est le seul élément restant du début à la fin de la pièce, comme un éternel spectateur accompagnant les personnages jusqu’à la fin, jusqu’à leur mort pour certains.

Les lumières ont plusieurs fonctions au court de la pièce, elles sont le plus souvent allumées d’une teinte orangée éclairant la totalité de la scène ainsi que le public. Mais elles sont aussi utilisées pour suggérer un espace comme quand des néons bleutés placés sous les gradins sur scène délimitent un espace circulaire représentant le lac évoqué dans le texte et ayant une place importante. Dans la deuxième partie de la pièce, la lumière met en évidence la mouette accrochée au mur en l’éclairant spécialement afin de la mettre en valeur. La lumière sert aussi à apporter des informations supplémentaires sur le temps avec la lumière qui s’assombrit puis devient plus vive, évoquant le fait que du temps soit passé entre la scène précédente et celle advenant. Les lumières ne sont pas apportées que par des projecteur mais aussi par des bougies représentant les différents actes de la pièce et soufflés au fur et à mesure qu’ils se passent.

Il y a de multiples objets apportés par les comédiens le long de la pièce comme par exemple un bouquet de fleurs, de la vaisselle. Ceux-ci sont utilisés par leur fonction normale et apportent donc du réalisme à la pièce, ils sont manipulés par les comédiens. Il y a bien sûr le corps de la mouette, ayant une grande portée symbolique car elle représente Nina: heureuse près de son lac jusqu’à ce qu’un homme vienne et la détruise (Boris). Outre cela, la mouette a aussi un intérêt scénographique puisque il y a un jeu autour de ses plumes avec Constant qui les répand sur le sol. Un autre objet sert à la scénographie en créant une image esthétique, les feuilles blanches dans la dernière partie de la pièce. En effet elles sont jetées en l’air puis tanguent et tombent lentement sur le sol. Elle sont aussi là pour démontrer la colère et le désarroi de Constant.

La gestuelle des comédiens était forcément orientée pour faire en sorte que tout le public la voie, les comédiens se déplaçaient donc souvent et se tournaient. Malgré cela, les gestes donnaient l’impression d’être naturels à part la pièce avec Nina qui était chorégraphiée. Ils étaient aussi support de la parole avec des grands gestes par exemple démontrant l’énervement ou alors un remplacement de la parole avec l’exemple des feuilles évoqué ci-dessus. La gestuelle montrait également le statut social des personnages, Irène, la mère de Constant se tenait très droite et était maniérée, prouvant ainsi son statut d’actrice à succès et une forme d’orgueil.

La relation avec le public était particulière, il y avait des contacts directs comme le fait de serrer des mains ou de faire la bise. Ou alors celui de demander aux spectateurs de se tenir la main et de répéter des phrases, ensemble.

Le choix des comédiens était particulier, Constant semblait plus vieux que sa mère et surtout que Boris (avant encore plus car le comédien jouant Constant avait une barbe épaisse).

Les costumes étaient en raccord avec l’époque soit celle actuelle, ils étaient donc plutôt modernes, ils respectaient aussi le lieu de la pièce, des maillots pour la plage entre autre ou le costume de Nina pour la pièce de Constant. Ils reflétaient le statut social, Boris par exemple avait souvent une chemise démontrant un certain statut dût à son métier d’écrivain renommé. Les vêtements étaient aussi utilisés pour démontrer les personnalités, Nina avec sa salopette ou sa petite robe blanche appuyant son caractère joyeux et enfantin s’opposant aux habits sombres avec notamment le grand manteau noir qu’elle porte dans la dernière partie de la pièce car elle est détruite, maussade.

Il y avait très peu de musique. Lorsqu’elle était présente, elle était apportée par un poste, la signification était surtout de signifier l’état d’esprit du personnage soit la tristesse ou la mélancolie avec une mélodie douce. Par contre les sons étaient importants notamment ceux du hors-scène, l’arrivée des comédiens était annoncée par des bruits de pas ou encore les bruit d’une discussion, des rires se passant en hors scène. Ces sons n’étaient pas enregistrés ce qui signifiait que le jeu des comédiens continuait même une fois sortis du plateau.

La visée du spectacle est de divertir, de faire rire tout en passant des message sur l’amour, et les autres thèmes évoquées, il cherche aussi à émouvoir avec notamment la mort de Constant, personnage auquel le public s’est certainement attaché et pris en pitié. Mais globalement, cette représentation avait surtout pour but de plaire aux multi-générations par ce texte remanié et faire découvrir d’une autre manière l’une des pièces les plus jouée au monde.

Pour ce qui est des critiques de cette pièce, ils sont très opposés et nous pouvons voir cela de par les titres:  » La Mouette » ou la puissance des sentiments, article de Marianne ou bien: Une «Mouette» se crashe à la Bastille par Libération, en ce qui me concerne, je rejoins ce dernier journal sur certains points, notamment celui de l’imagination: « elle ne laisse aucune chance [...] à la rêverie ». En effet, de faire une pièce trop réaliste enlève le loisir de l’esprit d’imaginer ses propres symboliques. Tout me semblait trop réel ainsi que, entre autres, « moche » esthétiquement parlant. J’ai beaucoup aimé le jeu des acteurs mais l’enchainement des scènes où ils ne faisait que pleurer et crier m’a rapidement lassée ainsi que l’humour que je trouvais assez redondant. Je rejoins aussi le journal sur un autre point : « chaque phrase commente bruyamment ce que Tchekhov laisse entendre » soit un peu le même principe que celui de l’imagination, en effet cette pièce contient normalement des réflexions sur l’art, sur  l’amour et le destin, seulement ici, ces réflexions sont dites ouvertement et discutées sur scène, ne laissant pas au public, ou du moins plus difficilement, le loisir de se faire ses propres opinions. Malgré ces points négatifs, la forme circulaire de la scène était intéressante et assez bien gérée mais je n’ai dans l’ensemble pas trop aimé le spectacle.

Juliette, élève de première

La mouette est une pièce écrite par Anton Tchékhov en 1896. Cette pièce de théâtre dont le titre fait référence au destin funeste d’une mouette abattue par simple barbarie, nous fait découvrir une sombre histoire d’art et d’amour mettant en scène un conflit entre les générations du passé et du présent. En réadaptant cette pièce très connue et mise en scène de nombreuses fois, Thibault Perrenoud affirme qu’il est de « l’essence même [de certaines questions et relations fondamentales] d’être réinterrogées constamment » et c’est pourquoi il nous propose une fois de plus une interprétation de La mouette.

Cette pièce met en scène 8 personnages dont 4 personnages principaux dont l’histoire est la suivante :

Konstantin est un écrivain passionné qui cherche à faire voir aux spectateurs un « nouveau » théâtre. Seulement, incompris par sa mère Arkadina, une actrice de renom mais une mère cruelle, et constamment repoussé par les grands écrivains du théâtre « traditionnel » tel que Trigorine, qui est de plus l’amant de sa mère Arkadina, il n’atteint jamais ni la gloire, ni la reconnaissance qu’il escompte. De plus, Konstantin est fou amoureux d’une jeune actrice du nom de Nina, mais cette dernière, attirée par la célébrité du grand auteur Trigorine, s’éprend de lui et devient sa maîtresse. Ainsi, abandonné par Nina et constamment rabaissé par une mère qui ne croit pas en lui, Konstantin se suicide de désespoir. Nina pour sa part, se retrouve seule, abandonnée par Trigorine et sombre dans la désolation.

Nous pouvons remarquer que les 4 personnages principaux, par leur apparence physique, semblent avoir le même âge. Or cela peut paraître étrange sachant que l’histoire de la mouette met en scène avant tout un conflit entre les générations du passé (représentées par Trigorine et Arkadina) qui ont déjà leur place dans le monde du spectacle et sont déjà célèbres et les générations du présent (représentées par Nina et Konstantin) qui cherchent à se trouver une place ainsi qu’à être reconnus. Mais si la présence de deux générations bien distinctes est l’un des éléments principaux de la pièce, Thibault Perrenoud, dans sa mise en scène, gomme l’effet du conflit générationnel en choisissant des acteurs d’un âge proche ou du moins d’une apparence qui semble le faire croire. Cela peut faire penser que, pour Thibault Perrenoud, le conflit principal n’est pas dû à la présence de deux générations différentes mais à une conception du monde et à des intérêts différents dû à l’appartenance à une certaine génération. Pour illustrer ce propos nous pouvons prendre l’exemple d’Arkadina qui, ayant baigné longtemps dans le théâtre traditionnel, ne peut accepter la présence d’un théâtre « nouveau » qui briserait les codes du théâtre qu’elle connaît. Elle considère alors son fils, écrivain de ce théâtre « nouveau », comme une personne « sans talent » puisqu’il écrit des textes qui, pour elle, ne sont pas du théâtre.

Thibault Perrenoud dans sa mise en scène brise le quatrième mur afin que le spectateur s’immisce réellement dans la vie des personnages. Ainsi, une partie du public est déplacée sur les côtés et le fond de la scène. Chaque spectateur voit le spectacle d’un angle différent étant plus ou moins proche des personnages. Le fait que les personnages s’adressent aux spectateurs et viennent s’assoir à leurs côtés met en place une relation spéciale entre les deux parties de telle manière que les spectateurs semblent faire partie de la pièce, d’autant plus qu’ils occupent déjà une partie de l’espace scénique.

Nous pouvons noter la présence de bougies autour de la scène. Une bougie est soufflée à chaque fin d’acte comme dans le théâtre classique français dans lequel la longueur des actes correspondait à la durée de vie des bougies disposées pour éclairer la salle. Mais nous pouvons penser que ces bougies ne sont pas présentes sur scène seulement pour faire référence au théâtre classique mais qu’elles sont également symbole d’espoir, sûrement celui de Konstantin et de Nina, qui s’éteint au fur et à mesure qu’ils voient leurs rêves disparaître.

Ainsi nous pouvons constater, à l’intérieur même de la mise en scène une opposition entre le théâtre classique avec la présence des bougies et le théâtre « nouveau » avec la disposition des spectateurs.

Nina et Konstantin, s’ils sont pleins d’espoir pour l’avenir au début de la pièce, finissent par enterrer celui-ci. Nina, quand elle revient voir Konstantin à la fin de la pièce porte des vêtements sombres et un manteau qui semble lourd, d’autant plus qu’elle est trempée et donc alourdie par la pluie. La vie pour elle a alors l’air pesante et dure à supporter tandis qu’elle affiche un visage morose et explique à Konstantin combien elle souffre. Konstantin, pour sa part, avait, au-début de la pièce, disposé, avec enthousiasme, de la terre sur le sol afin de montrer à sa mère et aux autres personnages, la mise en scène de la pièce qu’il avait écrite. Cette terre reste tout le long de la pièce jusqu’à ce que Konstantin vienne la balayer comme s’il balayait lui-même son rêve et ses espoirs. Cette scène où Konstantin balaie son rêve est certes dramatisée par la présence d’un fond musical mais sera pourtant tournée au ridicule par l’un des personnages qui amènera un aspirateur, faisant lever les pieds du public pour passer en-dessous de ceux-ci et faisant ainsi rire tous les spectateurs. Konstantin, lorsqu’il balaie cette terre, forme au milieu de la scène une sorte de tas qui sera ensuite recouvert d’un drap blanc ce qui peut faire référence au drap blanc dont l’on recouvre les morts. De plus, une fois recouvert, le tas peut faire penser à une tombe.  Et si celui-ci peut représenter la mort du rêve de Konstantin, il peut également avoir une dimension prophétique en prédisant la future mort du personnage.

COMPARAISON DE MISES EN SCENE :

Au cours de l’année précédente, nous avons eu l’occasion de voir une mise en scène différente de La mouette : celle de Thomas Ostermeier. Nous pouvons remarquer que même s’il s’agit de la même pièce et de la même histoire, les mises en scène sont pourtant totalement différentes.

L’une des grandes différences entre les deux mises en scène que nous pouvons noter et celle de la disposition à la fois du public et des acteurs sur scène. D’une part, une partie des spectateurs chez Perrenoud est déplacée sur scène et occupe ainsi une place importante dans la pièce, tandis que la disposition des spectateurs chez Ostermeier ne diffère pas du théâtre traditionnel. D’autre part, dans sa mise en scène, Ostermeier propose une mise en abyme du théâtre, ainsi, quand les personnages ne sont pas acteurs de l’histoire, ils se trouvent autour de la scène et regardent l’histoire tel des spectateurs, tandis que dans la mise en scène de Perrenoud, les personnages lorsqu’ils ne jouent pas sortent de scène et il y a donc de nombreuses entrées et sorties de scènes.

Ensuite, les metteurs en scène ont tous les deux représenté la mouette morte par un objet présent sur scène et pourtant nous pouvons constater une différence importante : chez Ostermeier la mouette qui a été tuée par Konstantin est tenue par celui-ci par les pattes, comme un simple butin, un animal que l’on ramènerait de la chasse tandis que chez Perrenoud  la mouette est tenue par les deux mains comme un être précieux et fragile ou même presque comme un trésor, elle est posé par terre délicatement et déplacée tout aussi méticuleusement. La mouette prend alors l’apparence d’un symbole important dans la mise en scène de Perrenoud, d’autant plus qu’elle est posé au cours de la pièce sur une étagère en hauteur, comme si elle dominait l’histoire et commandait les personnages.

Bérénice, élève de terminale


Mise en scène d'Ostermeier

Mise en scène de Perrenoud

Du 16 au 19 janvier 2018 échange théâtral avec le lycée français de Bruxelles que nous accueillons#

Le Lundi 15 janvier, 2018. Pas de commentaires

Depuis juillet 2017 nous avons inauguré un échange théâtral avec le lycée français de Bruxelles basé sur la pratique théâtrale et sur l’école du spectateur.
Nous avons commencé en juillet 2017 par une immersion de 3 jours de nos amis de Belgique dans le Festival d’Avignon durant notre école du spectateur avec nos 30 élèves.

Du 16 au 19 janvier 2018 nous avons le plaisir d’accueillir dans nos murs 14 élèves du lycée français de Bruxelles, leur professeur David Jauzion et Sacha Kremer, l’intervenant artiste. Au programme 2 grands temps de pratique théâtrale les après-midis de mercredi et  jeudi  pendant lesquels  nos élèves de première L spécialité théâtre et les élèves de Belgique travailleront à la Chartreuse ensemble au plateau autour de « Plume » d’Henri Michaux et de la notion de rêve. Au menu de la semaine également  visite de la FabricA, de la collection Lambert et du Palais des Papes. Les élèves de France et de Belgique assisteront au spectacle « Les Inassouvis »au théâtre des Halles jeudi 18 janvier.

Du 7 au 11 mai nos élèves de première spécialité iront en Belgique poursuivre et  prolonger le travail de pratique et pour assister à un spectacle programmé au Kunstenfestivaldesarts.

Des informations et photos au fur et à mesure…

PROGRAMME DU 16 AU 19 JANVIER 2018

ÉCHANGE THÉÂTRE AVIGNON/BRUXELLES

Mardi 16 Mercredi 17 Jeudi 18 Vendredi 19
8h30 : petite réception des élèves

9h : 10h : étude Bruxellois

Salle 37

10h : rencontre des élèves

11h : visite guidée de la collection Lambert

Départ lycée 8h30

9h-10h30 : visite commentée  de la FabricA

11-12h : étude Bruxellois

Salle 33

8h-9h30 : étude Bruxellois

Salle 13

Départ lycée 9h30

10h : visite du Palais des Papes

12h : déjeuner au lycée 12h : déjeuner au lycée 12h : déjeuner au lycée
13h30-16h30 : pratique théâtrale à la Chartreuse 13-16h : pratique théâtrale à la Chartreuse Départ  TGV: horaire 15h04
Arrivée  TGV : 21h17

Arrivée au lycée : vers 22h

Repas de réception au lycée 20h : représentation de Les Inassouvis au théâtre des Halles

Mort d’un grand homme du théâtre : Jacques Lassalle#

Le Dimanche 7 janvier, 2018. Pas de commentaires

Jacques Lassallea dirigé Isabelle Huppert pour « Médée », à Avignon en 2000.

C’était un homme entier, pour qui seul comptait le théâtre, à qui il a beaucoup donné au cours de sa riche carrière, et dont il a reçu de vilains coups, comme son éviction de la Comédie-Française, après un seul mandat d’administrateur général, de 1990 à 1993. Jacques Lassalle, qui est mort mardi 2 janvier, à Paris, à 81 ans, était aussi un homme singulier : suspicieux et ombrageux, il tenait sa tête penchée en angle droit sur l’épaule, et livrait tout bas de passionnants développements sur l’art qu’il a servi en signant pas loin de cent cinquante mises en scène, parées, à leur meilleur, d’une belle élégance classique.

L’une des dernières, en 2014, fut Matin et soir, de Jon Fosse, un de ses auteurs de prédilection, avec Michel Vinaver, Marivaux, Nathalie Sarraute, Carlo Goldoni ou Molière. La pièce fétiche de Jacques Lassalle était d’ailleurs Le Misanthrope, ce qui n’étonne pas ceux qui ont connu cet homme capable d’arpenter pieds nus les rues d’Avignon, tel un pèlerin, mortifié par l’échec de sa mise en scène d’Andromaque, de Racine, dans la cour d’honneur, en 1994, puis de déclarer publiquement qu’il renonçait à tout jamais au théâtre. Ce que, heureusement, il ne fit pas.

Né à Clermont-Ferrand, le 6 juillet 1936, Jacques Lassalle ne s’attardait pas sur sa biographie, qu’il faisait commencer avec ses études, à Paris : une agrégation de lettres classiques, une licence de sociologie, puis le Conservatoire national supérieur d’art dramatique, où il est élève d’un grand professeur, Fernand Ledoux. Mais ce n’est pas le métier de comédien qui l’intéresse. Il veut mettre en scène et s’inscrire dans le grand mouvement de la décentralisation théâtrale. Le maire de Vitry (Val-de-Marne) lui en fournit l’opportunité, en lui proposant de créer un théâtre dans sa ville. Ainsi naît, en 1964, le Studio-Théâtre, qu’il dirige jusqu’en 1982. C’est là qu’il creuse son sillon, d’abord avec ses propres pièces, puis des créations subtiles de Michel Vinaver, Dissident, il va sans direNina c’est autre chose, dont le minimalisme de l’écriture s’accorde au goût pour l’intimisme du metteur en scène, grand pourfendeur du théâtre ostentatoire.

Au Français, cible d’une cabale

Sa réussite à Vitry mène Jacques Lassalle vers le prestigieux Théâtre national de Strasbourg (TNS), qu’il dirige de 1983 à 1990. Ce sont des années fastes pour la culture, bien lotie financièrement. Des années où l’on peut rêver avec orgueil, comme il le fait en inaugurant son mandat avec un coup d’éclat : Tartuffe, de Molière, avec Gérard Depardieu et François ­Périer en Orgon, deux stars que le metteur en scène rêvait de réunir depuis des années. Le spectacle frôle le chef-d’œuvre, et le TNS ­entame une nouvelle aventure, après celle, politique, de Jean-Pierre Vincent. L’universitaire Bernard Dort, fin connaisseur de l’Allemagne et de l’Italie, occupe la fonction de « conseiller littéraire » de Jacques Lassalle, qui monte Woyzeck de Georg ­Büchner avec les élèves de l’école du théâtre, et fait ses grands débuts au Festival d’Avignon avec une belle présentation d’Emilia ­Galotti, de Gotthold Ephraim ­Lessing, en 1985.

Ces classiques côtoient des contemporains, comme toujours dans l’itinéraire du metteur en scène : Jean-Pierre Sarrazac ou Jean-Marie Besset, alors jeune auteur, qui, dans Villa Luco, imagine avec brio une rencontre entre le général de Gaulle et le maréchal Pétain, dans sa cellule de la prison de l’île d’Yeu, après la seconde guerre mondiale. Deux ­figures sont sur scène : Maurice Garrel et Hubert Gignoux, le premier directeur du TNS. Un théâtre que Jacques Lassalle quitte en 1990 pour la Comédie-Française, où il succède à Antoine ­Vitez, mort brutalement.

Dès sa première conférence de presse, le nouvel administrateur général annonce la couleur, en invitant le réalisateur égyptien Youssef Chahine à signer une mise en scène de Caligula, de ­Camus. D’autres grands artistes étrangers, Idrissa Ouedraogo, Anatoli Vassiliev ou Otomar ­Krejca, sont ensuite invités, ce qui aurait dû être porté au crédit de Jacques Lassalle. Mais un mauvais vent aux relents xénophobes a soufflé, mettant à malles choix de l’administrateur général qui, par ailleurs, a eu très vite maille à partir avec une partie de la troupe, opposée à son arrivée.

La politique d’ouverture de Jacques Lassalle, qui portait également sur le renouvellement de la troupe et du répertoire, a valu à l’administrateur général une virulente cabale, que son caractère ne lui permettait d’affronter. En août 1993, il a été évincé de son poste en n’obtenant pas un second mandat.

A Avignon, succès et ratage

Cela ne l’a pas empêché de laisser en héritage, outre l’ouverture du Théâtre du Vieux-Colombier, à Paris, de fameux souvenirs, comme celui de Bal masqué, de Mikhaïl Lermontov, sous la direction stupéfiante d’Anatoli Vassiliev, ou du Dom Juan, de Molière, qui a enflammé la Cour d’honneur du ­Palais des papes, en juillet 1993. Jeanne Balibar était Elvire et Eric Ruf Don Carlos dans cette mise en scène de Jacques Lassalle, ­dirigeant la troupe de la Comédie-Française. Un an plus tard, toujours dans la Cour d’honneur, redevenu un metteur en scène « libre », il dirigeait Andromaque, de Racine. Un ratage. Cela arrive, mais l’homme l’a très mal pris. Encore blessé par son départ de la Comédie-Française, il a accusé les pouvoirs politiques et médiatiques de « condamner les artistes », et annoncé qu’il renonçait au théâtre.

Le désir fut le plus fort. Deux ans plus tard, Jacques Lassalle était de retour, au Théâtre national de la Colline, avec L’Homme difficile, d’Hugo von Hofmannsthal. En 2000, il tenait sa revanche, en dirigeant à Avignon Isabelle Huppert dans une Médée, d’Euripide, qui a fait date. Mais c’est beaucoup à l’étranger que le metteur en scène a ensuite œuvré, en Scandinavie ou en Pologne, où il jouissait de la plus haute considération.

Lire aussi :   Jacques Lassalle en quelques dates

En France, ses grandes années étaient derrière, même s’il a ­retrouvé la Comédie-Française en 2008 pour Figaro divorce, d’Odon von Horvath, et L’Ecole des femmes de Molière, en 2011. Au printemps 2017, il devait monter La Cruche cassée, de Heinrich von Kleist, au Théâtre du Vieux-Colombier. Il a dû renoncer, épuisé par le chagrin que lui avait causé la mort de sa femme, un an plus tôt. Elle s’appelait Françoise, il l’avait épousée en 1958. Ils avaient eu trois fils, et ils étaient inséparables.
LE MONDE |  03.01.2018 à 10h36 | Par  Brigitte Salino