Cercles (fictions) #Joel Pommerat

Le Vendredi 26 mars, 2010. Pas de commentaires

Les élèves de seconde et les élèves de premières se rendront vendredi 2 avril à la Scène Nationale de Cavaillon pour voir

Cercles (fictions) de Joël Pommerat

Rendez-vous Porte Saint-Dominique, à 18 h 45.

Un texte à lire pour vous préparer au spectacle :

 » Je voudrais parler des deux points de départ de Cercles/Fictions.
Le premier ce sont des discussions avec Peter Brook, qui nous a invités il y a deux ans à venir travailler dans son théâtre, discussions sur notre façon d’envisager le rapport entre les spectateurs et la scène. Dans mes spectacles précédents, je n’avais jamais considéré ce rapport autrement que frontalement, ce qui revient à imposer un seul et même point de vue : plusieurs centaines de spectateurs mais un seul regard.


Ainsi j’ai pu travailler sur une grande précision du détail, mais aussi sur des notions d’ambigüité et d’ouverture.
Car orienter le regard du spectateur ne veut pas dire le rassurer, cela peut aussi permettre de l’égarer. Dans le travail de Peter Brook, la multiplicité des regards est essentielle. Cette salle des Bouffes du Nord est le lieu idéal pour une telle conception.
Il m’a beaucoup parle de cette idée qu’il avait lui et j’ai beaucoup résisté a cette invitation qu’il me faisait, à me défaire de la mienne. C’est alors qu’avec Eric Soyer, scénographe de la compagnie, nous est venue l’image d’un cercle complet. Nous avons imaginé la fermeture du cercle de la salle des Bouffes du Nord. Cela pour constituer une ronde de spectateurs, et créer ainsi une ouverture complète du point de vue et des regards. J’ai vu que je pouvais être totalement inspire par les enjeux d’une telle relation au public. Cette évolution dans ma position de travail a pris un aspect libérateur. Voila donc le premier aspect de ce projet.
L’autre est finalement encore plus personnel et assez particulier. J’avoue quil me dépasse. Il pose la question de la fiction en général. Il est sans doute en lien avec le précédent.
Le voici : tous les personnages de cette pièce, à l’exception d’un seul, sont vrais, authentiques. Toutes les situations de cette pièce sont authentiques. Elles me concernent moi directement, ou bien elles sont partie prenante de ce que je suis aujourd’hui. Elles concernent des personnes qui ont existe. Etres vivants ou fantômes de mon histoire, histoire la plus lointaine même parfois, dont les actions m’ont hante ou impressionné. Des instants que j’ai voulu reconstruire comme on reconstitue la scène d’un meurtre pour éclaircir une énigme. Ces histoires sont drôles, parfois horribles ou dures. Mais elles sont vraies. Une chose est sure, jamais je ne les commenterai une fois la représentation terminée. Et même je demanderai au spectateur, une fois prévenu de tout ca, de les considérer en définitive comme des objets fictionnels. En somme, je lui demanderai d’oublier le rapport particulier que j’entretiens avec ces histoires… Je sais, c’est complique et peut-être beaucoup demander. Comme si l’on pouvait recevoir une confidence et ne pas l’avoir entendue. Regarder une chose et ne pas l’avoir vue. Déplacer son regard sans cesser de fixer un même objet, statique. Se tourner sans se retourner. Comme si l’on pouvait regarder derrière soi, tout en restant immobile.
Dans son fauteuil.  »

Joël Pommerat

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