Compte-rendu du « Jeu des ombres » par Thibaud#

Le Mardi 1 décembre, 2020. Pas de commentaires

Le lundi 26 octobre 2020, à 17h30, à la Fabrica, nous sommes allés voir « Le Jeu Des Ombres ». C’est une pièce de Valère Novarina, Mise en scène  par Jean Bellorini  avec François Deblock, Mathieu Delmonté, Karyll Elgrichi, Anke Engelsmann, Jacques Hadjaje, Clara Mayer, Liza Alegria Ndikita, Hélène Patarot, Marc Plas, Ulrich Verdoni Et Anthony Caillet (euphonium), Pauline Duthoit (trompette), Aliénor Feix (chant), Clément Griffault (piano), Barbara Le Liepvre (violoncelle), Louise Ognois(trombone), Benoît Prisset (percussions), Nicolas Vazquez (trombone).

Cette pièce est une réécriture du mythe d’Orphée. C’est une commande de Jean Bellorini à Valère Novarina.

Le spectacle commence. « Le premier instant dure toujours » est projeté en fond de scène, le ton est donné. Une rangée de comédiens arrive et fait face à ceux déjà présents, ils les confrontent même, ce nombre de comédiens impose une force, une prestance.  C’est alors que la lumière qui éclaire le public commence à s’éteindre dans une lenteur extrême. Le metteur en scène nous invite à plonger dans sa folie, il ne nous y brusque pas. Le plateau lui, prend de belles couleurs. Une comédienne, livre à la main, commence à conter une histoire, nous sommes accrochés à ses lèvres, nous ne savons pas encore que comprendre n’est pas le plus important. Alors ce premier texte, nous laisse à peine le temps de réfléchir et nous tombons de haut quand une chanteuse lyrique nous éblouit par sa voix angélique. Ce passage illustre la pièce, nous ne comprenons pas vraiment les paroles mais l’émotion qu’elle nous transmet est reçue et comprise. Se pose alors une question:  Comment, rendre compte, de ce que nous avons vu, ce lundi 26 octobre 2020 ? Ou au moins comment réussir à dégager le plus important ? C’est une oeuvre complexe et complète que nous avons vue ce jour là. Une oeuvre, où tout n’est pas fait pour être compris, expliqué, analysé. Le spectacle résonne pour chaque spectateur d’une manière différente.

Ce spectacle fait figure d’exception. Et c’est cela qui se dégage de cette oeuvre, le spectaculaire, le sensationnel, l’exceptionnel. Et c’est donc de cela que je vais essayer de rendre compte ici, en analysant les différents éléments qui constituent ce spectacle.

Commençons, par la colonne vertébrale de la pièce, son texte. C’est donc, nous l’avons dit une réécriture du mythe d’Orphée. Ce mythe fait déjà figure d’exception, les enjeux sont mythologiques, les protagonistes, divins.

Ce mythe raconte l’histoire d’amour entre Orphée et Eurydice. Le jour de leur mariage, Eurydice meurt mordue par un serpent. Orphée, dans un désespoir et une tristesse extrême décide de la rejoindre au royaume des enfers. Il réussit à y rentrer, en endormant Cerbère grâce à sa musique. Il réussit, encore grâce à sa musique, à convaincre Hades de repartir avec Eurydice. Il n’a qu’une consigne, ne pas se retourner, tant qu’ils ne sont pas de retour  dans le monde des vivants. Mais les hommes se montrent faibles, il se retourna et perdit sa bien aimée, une deuxième fois et à tout jamais.

Cette histoire est complètement réécrite et réinterprétée par Valère Novarina. Bellorini y ajoute d’autres textes comme des extraits de L’Orfeo, de Monteverdi.

Cette réécriture nous interroge sur le désir, la vie, la mort, la matière humaine, Dieu.

Pour nous raconter cette histoire, une conteuse est là et nous lit des extraits c’est elle qui commence le spectacle en ouvrant son livre, et elle qui le termine en le fermant. Cela offre une belle fin, et vient nous rappeler que tout cela est faux, que c’est juste une histoire, que nous sommes au théâtre.

Une partie de l’histoire est chantée, nous y reviendrons. Mais la majeure partie du récit est racontée avec les personnages qui jouent. Hades les présente au public au début de la pièce : la personne morte Eurydice, Orphée malgré lui, flipote 1 et 2, les enfants de la colère 1 et 2, le chantre et le contre chantre, l’ambulancier Charon, la dame de pique, le valet de pique, l’homme Hors de lui. Il est intéressant de présenter les personnages de cette manière, sans passer par une scène d’exposition. Et encore plus, dans cette pièce, qui revendique de ne pas donner toutes les clefs au spectateur. Cela prouve que l’action dramatique proposée par le dramaturge repose énormément sur des personnages forts.

Les personnages sont nombreux, un effet choral est recherché.

Les personnages sont la force du récit, ils sont grandioses. Ils dégagent chacun un univers, un pouvoir, une prestance.

Par exemple, la prestation de la comédienne allemande qui joue Hades, Anke Engelsmann est exceptionnelle. Cette comédienne offre à Hades, dieu des morts et de l’enfer, un physique androgyne, atypique presque squelettique, un accent et même une langue. Elle fait de ce personnage une créature mystique et fantasmagorique.

Elle joue sans cesse avec sa voix, en cherchant dans les très graves puis les très aigus.

À l’image de cette description, la scène à l’arrivée des enfers correspond parfaitement.

Cette scène, est jouissive, elle nous emmène ailleurs. En Enfer. Et cela nous plait. La comédienne, réussit à nous embarquer dans un chant et une danse macabre hypnotisante.

Alors, la réalité, la logique n’existe plus, la folie, l’impossible prend le dessus sur tout. Le personnage n’est pas humain, il apparait monstrueusement désarticulé. Elle crie, elle hurle, elle agonise et c’est beau. Elle valse avec les pianos dans une simplicité diabolique. Les pianos deviennent tour à tour ses amants, ses prisonniers, sa scène.

C’est une grande méchante, sortie des contes mythologiques. Elle est aussi vicieuse que les sirènes croisées par Ulysse, elle nous enivre, et en plus nous avons envie qu’elle soit méchante avec nous, nous voulons nous détacher du mat. Les enfers nous attirent. Son chant sort de ses tripes. Son humour est d’un noir profond.

Mais, ce personnage, nous le connaissons, c’est une partie vivante en nous.
La comédienne, signe une deuxième scène particulièrement sensationnelle, dans un chant du désespoir, où elle commence sa partition en susurrant et finit en vociférant. La scène est d’une puissance et d’une force extrême. Elle dégage une immense présence, devant nos yeux d’humain, elle évoque tous les enfers.

Le personnage est dépassé par ce qui ressemble à des émotions, seule la rage parle.

Le personnage est conscient de cet état « Je cherche l’espace qui correspond une bonne fois pour toute à mon cerveau ». Son cerveau est la seule partie de son corps qu’elle ne sent pas et elle ne le supporte plus « répond cerveau crevé »

L’enfer la contient entre folie et douleur extrême. Elle s’adresse alors au seigneur «  je ne te priais seulement qu’avec le mot cailloux ». Seul mot qu’il lui reste, pour lui. Elle va alors, le hurler avec une haine, effrayante; elle s’entête « caillou caillou caillou ». Heureusement que nous spectateurs, sommes plongés dans le silence car nous n’aurions pas les mots.

D’autres personnages, en plus de leur importance dans l’action dramatique, ont une fonction comique, comme Chantre et Contre Chantre qui viennent former un duo. Ils sont absurdes, immensément drôles. En témoigne la scène où ils prennent connaissance de leurs corps, de la matière.

Les personnages parfois sont sur scène en spectateurs de l’action dramatique. Comme durant le monologue d’Orphée sur son admiration du chiffre onze, qui se tient d’ailleurs très précisément à une heure, une minute (11) après le début du spectacle.

Une autre scène, avec le Valet de pique est particulièrement marquante. Vers la fin du spectacle cette scène exceptionnelle vient arracher l’attention du spectateur et le fasciner. Lancé par Orphée, le valet de pique va s’aventurer dans une immense énumération… Pendant prés de onze minutes, un monologue, une énumération de citations sur Dieu écrites par des artistes, des philosophes, des scientifiques, et autres personnalités. La scène est exceptionnelle, en tout point de vue. Le travail de recherche et d’écriture est immense. Le jeu du comédien est exceptionnel, on peut parler de Performance. Il brise le 4ème mur pours’adresser directement au public, et réussit à maintenir sur la longueur un rythme très élevé et dense de jeu, dans un humour noir. Il parvient à varier le ton, le jeu, effectuer des coupures de rythme. Et il le fait,  avec ce qui nous semble, une simplicité déconcertante. Notre souffle est coupé, le sien ne montre aucune faiblesse. C’est une grande leçon de théâtre. La scène reste surprenante, elle apparait plus en marge du reste de la pièce. Elle est empreinte de second degré. Et ce second degré est plus fort, car il arrive en opposition avec le début de la pièce. Le comédien réussit même à jouer avec le public, et s’autorise l’improvisation.

Par exemple, lorsque nous sommes allés voir ce spectacle, deux prêtres étaient au premier rang, l’occasion était trop belle pour le comédien de rebondir dessus.

Il conclut ce spectre de pensée avec une dernière citation qu’il fait raisonner particulièrement « Dieu n’est connu que par l’ignorance ». Cette citation sous entend que Dieu n’existe pas, que seuls ceux qui ne connaissent pas croient, qu’ils n’ont pas la connaissance de la science pour comprendre comment a été conçu notre monde.

La religion est un thème qui revient et qui est présent dans cette pièce. Par exemple, lors de la mort d’Eurydice, un espace est créé et se définit clairement comme un lieu de prière gardé par une religieuse.

Le dramaturge fait d’une scène une critique de la religion, en mettant en scène un personnage religieux qui semble complètement illuminé. Le dramaturge fait en sorte que ce personnage se toune en ridicule, en le faisant utiliser sophisme après sophisme, facilement repérables par le spectateur. Le personnage semble convaincu que « la chair ressuscitera » et que « la mort est une invention humaine ».

La lumière, au sens littéral, cette fois, occupe également une grande place, un fondement dans la pièce. Les lumières, dans ce spectacle, ne sont pas que là pour éclairer les comédiens, elles jouent avec eux, situent l’action dans le récit et font décors. Au début, dans la « vie », les lumières sont blanches, claires, elles cadrent la scène, se mettent à son service . Elles vont la sculpter, lui offrir des formes, des couloirs, des espaces. Elles créent la scène dans la scène. Elles représentent la vie, des ponts de lumière au- dessus de la mort. Ici, ce ne sont pas des rideaux qui définissent l’espace.

Et lors du basculement en enfer, c’est tout l’inverse. Il n’y a plus de rectangle de lumière blanche, tout est éclairé plus généralement, plus grossièrement, d’une couleur orangeâtre.

La lumière dans cette pièce, vient dialoguer avec les personnages, elle est personnage.

L’on remarque, également, un travail avec les ombres, comme celle immense de la défunte. Elle vient représenter la dure épreuve du deuil par sa grandeur, et la mémoire de ceux qui ne sont plus là.

Il y a une volonté de réinventer le théâtre, les lumières ne viennent pas toujours de projecteurs placés au-dessus de la scène. Parfois la lumière est cachée dans les pianos de l’enfer,  la lumière est créée sur scène. Ou autre exemple, à un moment, ce sont les flammes de l’enfer qui vont éclairer directement le visage des comédiens.

La lumière n’est pas que là pour éclairer les comédiens, évidemment le décor aussi.

Le premier décor, au début de la pièce, se constitue d’un rectangle de servante. La servante au théâtre c’est, pour schématiser, une ampoule sur pied, que l’on laisse sur la scène d’un théâtre quand il n’y a personne et pas d’autres lumières. Elle veille sur le théâtre, et fait en sorte que son âme ne s’éteigne jamais.

Il y a aussi, dans ce rectangle de servantes des tringles avec des rideaux en plastique épais rouge. Et seul un piano au centre de ce rectangle.

Ces rideaux vont permettre de jouer avec les ombres.

Les ombres ici représentent l’humain, mais l’humain sans visage. Elles nous représentent tous en somme. Les rideaux permettent aussi de créer des ouvertures et des entrées de personnages. Le metteur en scène exprime qu’il n’a pas besoin de grand rideau qui ferme l’espace pour faire des entrées. Il fait face au spectateur chez qui l’absence de rideau peut provoquer un sentiment de déception: il peut penser qu’il ne sera pas surpris, que rien n’est caché, tout est attendu. La plateau est comme nu, nous montre tout. Alors que non, au contraire, le fait de penser que rien n’est caché ne fait que multiplier l’effet de surprise.


Dans le renversement de la pièce, dans les enfers, une immense toile ocre apparaît en fond de scène. Cela marque clairement le changement de monde.

Les éléments de décor sont utilisés intelligemment, comme le piano qui devient un lit superposé. La scénographie, va nous offrir notamment une image très marquante: une horde de pianos qui débarquent en enfer. Le nombre de pianos était vraiment impressionnant. Où ailleurs qu’au théâtre peut-on voir des images aussi fortes? Les pianos viennent ici représenter entre autres, le pouvoir qu’a Orphée qui est capable de dompter la lyre.

Ce décor, est encore une fois, bien exploité, ce n’est pas de l’esthétique pour de l’esthétique. On est fasciné par Hades qui part gratter les cordes d’un piano, puis les frappe violemment, pour appeler une ribambelle de personnages qui étaient camouflés chacun derrière un piano. Ces pianos finissent par repartir dans une longue marche funèbre. Comme dans un enterrement où le clairon et le glas sonnent.

Cela laisse l’immense scène, nue, et cela reste impressionnant. L’immensément rien nous impressionne.

Cette nudité n’est que temporaire, quand on apprend que Morphée s’est retournée, malgré l’interdiction, une immense barre de feu apparait en fond de scène. Cette barre vient représenter la séparation entre les deux. Elle est comme une démarcation une frontière, entre deux mondes qui ne peuvent se mélanger, et où dorénavant la parole s’enflamme.

Ce feu est hypnotisant, fascinant. Nous sentons (sous nos masques) l’odeur du gaz brulé, les sensations se multiplient. Nous ne pouvons rester de marbre face à cet élément grandiose. Élément ravageur dompté en barre. Ce feu nous rappelle évidemment l’enfer et la Mort qui la peuple.

La mort, dans cette pièce, est un leitmotiv. Elle est montrée dès les premiers instants avec les boites contenant les cendres. L’entre-deux mort est représenté tel une prison, dont les servantes constituent les barreaux. La mort est aussi représentée comme une longue marche, une longue descente. Le deuil est aussi illustré, les servantes deviennent des bougies, et le désespoir apparait « La mort est comme la petite sœur de « être », elle est la seule chose véritable dans un monde où tout nous est donné, même la mort. »

Le dramaturge et le metteur en scène,  nous montrent ce que n’est pas la mort, et pour eux c’est la musique. La musique a une place centrale, majeure. Nous le comprenons, dès les premiers instants, avec une comédienne, qui salue en chantant « bonsoir la lumière ». Nous sommes frappés par la beauté, l’excellence, la puissance de ce chant. Des premiers frissons se font sentir. Nous avons devant nous la chance, d’écouter de grands artistes.

Le registre est à majorité Baroque mais le cabaret apparait aussi parfois.

Les comédiens sont tous chanteurs et très talentueux.

Ils nous surprennent, avec des chants a capella. Le chant devient parfois le centre de l’action, le décor, la lumière se plient à sa beauté.

Les chants sont surtitres pour la plupart. Cela nous permet de recevoir l’émotion à travers le chant et le sens à travers le texte. La musique est souvent divinisée. Elle semble supérieure, par sa prestance mais aussi par ses interprètes, qui sont au-dessus des comédiens, eux non pas les contraintes, des espaces de lumière.

Les personnages semblent chanter quand ils n’ont plus de mots. Cela rend les moments encore plus beaux. Mais il n’y a pas que des chants, parfois quand les comédiens jouent, ils sont accompagnés par une ambiance sonore grandiose, composée sur scène.

Et comme pour le décor et les lumières, on discerne deux mondes musicaux distincts et opposés. Au début, la musique apparait douce, parfois enfantine et naïve, le piano en chef de file. Mais une fois dans les enfers, ce sont les gros tambours qui dominent et les notes sont pesantes.

Cette ambiance sonore, permet d’appuyer le jeu des comédiens. Il est à noter, que ces comédiens explorent, une grande, large et profonde palette de jeu.

Ils surjouent tantôt quand le réel n’est pas possible. On observe aussi un travail sur le corps, la construction de figures, voire de « tableaux corporels ».

Les comédiens savent aussi jouer dans une vérité extrême, qui nous prend aux tripes. À l’image, de la scène où la femme d’Orphée meurt.

Ils réussissent à passer d’une émotion à une autre. Ils savent faire venir et monter l’émotion très progressivement. Ce qui met le spectateur dans une attention particulière: jusqu’où il/ elle peut aller ? Leurs visages constituent le coeur de leur interprétation, ils sont marqués par le jeu. Certains comédiens versent de discrètes larmes, visibles par très peu de spectateurs. Ils sont complètement possédés et habités par leurs personnages.

Des éléments servent leur jeu, comme les trappes, les projections ou les positions des comédiens.

Le metteur en scène, trouve des positions ingénieuses et pertinentes pour chaque personnage, que cela soit regroupé en choeur, ou éparpillé un peu partout à l’image des musiciens qui ne sont pas regroupés en orchestre.

Les costumes et maquillages contribuent au sensationnel. Maquillage qui remplace parfois même le costume, quand le personnage colle trop à la peau.

C’est cette accumulation d’éléments de mises en scène qui permet de renforcer l’aspect  polyphonique et pluriel de la pièce. Et vient donner les teintes du réel et de l’irréel.

Il est à noter que c’est un spectacle où le réel n’a plus vraiment de sens, les vivants et les fantômes se croisent . Les personnages en sont conscients: « Je respecte beaucoup le réel mais je n’y ai jamais cru ». La question du réel est là. Parfois seul l’irréel est représenté.

Les personnages deviennent aussi fous que dans les romans de Lewis Carroll. On a parfois l’impression que ce que nous regardons est tellement irréel, que c’est un conte pour enfant, ou un dessin animé. Comme s’il fallait rester un enfant pour accepter que c’est une forme de réalité devant nos yeux. Qu’il faudrait prendre nos yeux d’enfant, qui eux se laissent emporter par le visuel, le sensationnel, alors que les yeux d’adulte nous demandent de comprendre et d’analyser pour se laisser emporter.

J’ai énormément aimé ce spectacle. Voir ce genre de spectacle à notre âge permet d’ouvrir notre imaginaire. De nous montrer que tout est possible au théâtre, que l’on peut tout voir, tout représenter. Que l’on peut faire du beau, du drôle et du profond en même temps.
Le spectacle est exceptionnel, brillant, nous pourrions passer des heures à analyser chaque détail qui constitue cette oeuvre. C’est grâce à ces nombreux détails, éléments, que la pièce est exceptionnelle, sensationnelle et spectaculaire. Une esthétique est présente tout le long et sur tous les plans.

J’ai beaucoup aimé qu’en plus des grands thèmes de l’humanité, y soit incorporés des thèmes très actuels comme l’écologie. Comme dans la scène où des hommes acceptent la mort car ils observent que l’homme a tout saccagé « l’homme est une bête automangeuse, auto-portée et idioscopique qu’il faut arracher à la terre et jeter vite avant qu’elle ne dévore tout. »

J’ai aimé le fait qu’il ne faille pas essayer de tout comprendre mais plutôt de se laisser porter par nos sensations. Et cette complexité n’empêchait pas les pointes d’humour, le second degré et même le comique de mots, amené par la langue inventée par le dramaturge.

Le mythe d’Orphée m’a vraiment intéressé, il nous interroge sur la psychologie humaine. Pourquoi s’est-il retourné alors que c’était la seule règle ? Le désir, l’amour était trop fort, qu’aurions-nous fait à sa place ? Par amour, Eurypide est contraint de mourir une deuxième fois. Les réflexions sur la matière m’ont paru également très intéressantes.

Il est beau et rare de voir une distribution avec une vraie diversité. Et cette diversité est exploitée.

J’aime beaucoup l’aspect polyphonique et ludique, où tout est ouvert, tout est langage.

Le dramaturge revendique de ne pas réduire la parole à de la communication. J’ai beaucoup aimé ce texte qui donne lieu à de belles citations marquantes « Prions pour tous les hommes qui ont oublié d’exister ».


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