Concert Brodsky # Scène nationale de Cavaillon

Le Dimanche 14 novembre, 2010. Pas de commentaires

Compte rendu des Concerts Brodsky, lecture-concert de Dirk Roofthoot et Kris Deffort.

 Par Frédérique Aubert, TL1.

Vendredi 15 octobre, nous sommes allés au theatre de Cavaillon voir Les concerts Brodsky. C’etait une lecture théatrale de poèmes de Joseph Brodsky, poète russe, lus par le comedien Dirk Roofthooft et avec  le musicien Kris Defoort.

Le plateau est assez denudé, deux éléments sont en avant de la scene : le piano à queue et le pupitre. Une petite table est placée un peu en arrière à coté du pupitre, deux bouteilles et deux verres sont placés dessus. À coté du piano, un synthetiseur et un ordinateur. Il y a egalement un écran en fond de scène, qui projette l’intérieur du piano et permet de voir les manipulations que peut faire Kris Defoort pour alterer le son à certains moments. Je trouve que cet espace épuré était juste par rapport à la proposition : cela laissait au texte de l’espace, pour résonner, rien ne distrayait le spectateur, son attention était focalisée sur le texte et la musique. Tout le reste du plateau était noir, sobre. Je pense que c’était une façon de focaliser l’attention du public sur ce qu’il entendait et non pas ce qu’il pouvait voir.

La lecture du comédien était vivante, son accent rajoutait une certaine couleur, ça ne genait pas pour le texte. Il a beaucoup modulé sa voix, il est passé du presque mumure à des cris de gorges, rauques, irritants même. Il bougeait mais tous ses gestes restaient dans une proportion moyenne, certains de ses déplacements étaient totalement détachés du texte et ça m’a un peu génée, on comprend mieux pourquoi Christian nous dit que ce genre de choses parasite la lecture. Je me suis laissée emporée par la chose, je n’ai que peu réfléchi à la valeur, au sens de toutes ces phrases ensemble. Je ne sais plus s’il y avait vraiment des histoires, ni combien. J’ai saisi beaucoup de petits morceaux, de bribes, entre deux pensées personnelles. J’étais dans me rêverie, mais je crois que l’atmosphère de la piece s’y prêtait. Je ne pense pas que c’était éxtrememnt grave d’avoir laissé ses pensées prendre un peu le dessus, je pense que ce type de lecture, de mise en scène induit un peu ça. J’ai senti beaucoup d’émotion dans la lecture de Roofthooft, et c’est là je trouve la beauté de la chose :  même si je ne saisissais que des fragments de son histoire, j’ai quand meme ressenti cette émotion par dessus mes propres pensées.

Je crois que ce qui a fait ce lien et ce qui m’a aussi portée à « revasser » était la musique. Elle m’a semblé etre le lien entre comédien et spectateur, elle a porté sa voix, est venue nous retrouver, nous atteindre lorsqu’on se perdait. Je trouve que c’est grace à cet accompagnement tantôt violent et saccadé, tantot lié et chantant, que la poésie est ressortie de cette lecture. La partie musicale a alterné entre piano, synthétiseur et pistes électroniques. Le tout a crée une atmosphere particulière, à mes yeux c’est là qu’est née cette tension dramatique qui fait tout le théâtre. Defoort a joué avec les sons, avec son instrument en l’alterant, en tapant, en pinçant les cordes à partir de l’intérieur. Le fait qu’il y avait cette petite caméra pour nous montrer ses manipulations était à la fois intéressante mais elle a parfois pris le pas sur le reste et semblait un peu trop comme une expérience à regarder, une présentation de techniques musicales, un peu superficielle. Je me suis sentie tirée de ma reverie lorsque le ton des choses s’est accentué, il a eu un long moment où Roofthooft criait presque, les mots lui raclaient la gorge. Ce moment était primordial, le spectateur est extrait de ses pensées, doit réellement subir ce moment, entendre la violence de cette diction sans rien pouvoir y faire. On vient secouer le spectateur, on le sort de son comfort, de son retrait, de son abstraction et  là, se crée encore une tension dramatique.

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