CR Gardenia # Platel

Le Vendredi 20 janvier, 2012. Pas de commentaires

Par Erwin Claes, TL1

Gardenia. C’est le nom d’une fleur blanche qui ne vit qu’un jour. De belles fleurs aux parfums sucrés. Dans le langage des fleurs, le gardénia représente l’amour inavoué, la timidité.

Alain Platel crée ses propres chorégraphies, mélangeant des arts différents tels que la danse, le théâtre, la musique et le cirque, avec une conscience sociale et une expérience individuelle, travaillant aussi bien avec des artistes professionnels que des amateurs.

Gardenia, c’est un spectacle riche et généreux en couleurs et humour qui compte l’histoire d’une troupe de transsexuel, anciennement divas des établissements nocturnes, et qui montent une dernière fois sur les planches. Pourtant, le spectacle ne s’arrête jamais, il doit continuer, et aucun des acteurs ne veut le quitter.

La scène était illuminée par les projecteurs avant même que le spectacle ne commence, pendant que nous nous installions. C’était un grand plancher, aux carreaux de bois. Des chaises sont installé sur le côté. Puis le spectacle commence et les acteurs rentrent très rapidement sur scène. A première vue c’est un groupe d’hommes ordinaires. Semblant être plutôt affaiblis par le temps. Ils sont vêtus de costumes tout à fait masculins et seule Vanessa Van Durme semble être femme l’indiquent ses talons hauts notamment.

Au début, ce n’est qu’une errance. Ils marchent lentement, l’air souffrant, à travers la scène. Puis Vanessa s’approche du micro, pour annoncer à tous qu’il s’agit ici bel et bien de la dernière représentation du cabaret. Et tous retranscrivent ce message par de la nostalgie. Yeux rivés au sol. A l’issue de cette annonce, il sera demandé une minute de silence pour tous leurs acolytes qui ne sont plus. Cette scène apparaît alors comme une fin. C’est la fin du cabaret, la fin du spectacle et de la couleur. Ils ont tous perdu espoir, et pourtant c’est bien de cela que traite ce spectacle. C’est garder espoir, et croire en soit, croire en son identité.

Et soudain, comme une césure , tous commencent à se déshabiller. Ils quittent leurs costumes d’hommes rayés et grisâtres pour de petites robes légères et colorés. Bariolés de fleurs et volant au gré du mouvement. Même Timur, un jeune acteur dont nous ne connaissons d ‘abord rien, et l’actrice qui était en arrière plan, suivent le mouvement. Durant cette métamorphose, ils n’hésitent pas à laisser entrevoir leurs implants mammaires par exemple. Preuve qu’ils s’assument pleinement. Le seul fait de s’exposer dans ces corps qui sont finalement très marqués par le temps est une preuve indéniable de leur courage!

Et c’est à partir de ce changement de vêtement que nous changeons de dimension. Tout devient plus festif, plus coloré. Les robes y jouent beaucoup bien sur, mais l’attitude des acteurs change. Ils ne sont plus faiblard et ternes. Ils débordent d’une énergie à laquelle on ne s’attendait pas. Leurs déplacements et mouvements sont légers et gracieux. Des musiques dansante sont diffusées et ils s’amusent. Ils s’amusent à prendre des poses très féminines et amusantes. Ils deviennent statiques pendant un moment puis reprennent leurs changements. On voit alors un des acteurs descendre le plateau dans une robe recouverte de paillettes. Ils enfilent des collants et des talons. Ils paraissent très rétro dans leurs vêtements. C’est une ambiance chaleureuse et agréable. Tout le monde rit beaucoup. Parfois l’un d’eux s’approche des micros pour lancer une blague sur les homosexuels, en général.

Pourtant ils finissent par se rhabiller avec leurs vêtements d’hommes. Comme par timidité. Et c’est ici que commence les présentations. Après tout ce tumulte de musique, de pose très glamour et de couleurs, c’est comme un rembobinage. Vanessa présente un a un ses acolytes d’une façon pour le moins originale. Elle leur donne des surnoms de prostitués, des appellations vulgaires en les décrivant comme les meilleurs créatures en matière de sexe, surtout auprès des soldats. C’est un spectacle véritablement généreux, le rire est prédominant.

Et c’est à partir de là, que nous entrons dans le vrai cabaret. Celui ou les acteurs ne sont pas comme au début simplement déguisés mais ou ils seront véritablement métamorphosés.

Tout devient plus sérieux mais c’est également un moyen de montrer le revers du décor. Cela commence par la dite métamorphose des acteurs. Cela commence par le maquillage. Leurs visages couverts par les cicatrices du temps est alors recouvert par les fond de teins, les fars et les paillettes. C’est trop de tout. Les maquillages sont trop chargés, trop lourds et cela les modifient. Ils défilent ainsi. Vient ensuite les vêtements, les robes. Les chaussures à talons et les sacs a mains. La aussi c’est une effusion de brillants, de clinquants. Les robes sont moulantes et accrocheuses. Ils semblent tous être devenus des divas. Suivent les perruques. Et ça y est. Il sont devenus ce qui les rend fier. Ils se pavanent, ou doit on dire, elles, se pavanent sur scène, femmes dans les moindres détails. Dans ce groupe qui incarne la différence, deux personnages sont la, par défaut, ou bien par choix. Ils sont ceux qui sont encore dans la norme physique. Timur; c’est un jeune homme qui semble se retrouver là, parce que le cabaret aurait été son seul recours. Parce qu’il lui aurait ouvert ses portes après avoir errer seul. C’est une hypothèse possible, pourtant, n’est il pas le fils de Vanessa.

Ce garçon, qui nous révèle son goût pour les créatures scintillantes qui l’entourent ainsi que le monde qu’elles créent (il chante Comme ils disent, d’Aznavour ), paraît pourtant ne pas s’y retrouver la dedans. Car il est tout de même différent de ses compagnons de scène. Et il semble avoir une famille, un frère et des parents, qui lui manquent.

La femme blonde; c’est cette femme qui est finalement la seule vraie femme dans cette affaire et qui semble être arrivé ici parce que elle, justement s’y retrouvait. Nous la voyons tout le long du spectacle s’affairait à prendre soin de ses acolytes. À les aider à s’habiller, à mettre leurs talons, à choisir leurs sacs à mains. Elle est la pour les écouter, les soutenir. Par exemple lorsqu’elle se bat avec le jeune danseur, pour le faire revenir à la raison, pour le faire sortir de son désespoir passager.

Mais finalement, la nostalgie et les pleurs, ce n’est pas ce qui domine notre cabaret, bien qu’on y distingue une faille, cela reste actif et joyeux.

C’est la fin du spectacle. La scène se penche, en descente vers nous. Un tapis rouge se déroule sous nos yeux. Et nos vedettes apparaissent sous nos yeux, surélevées par une plateforme. Ils sont changés, et cette fois ils sont dans leurs robes de grands soirs. Boa, paillettes à outrance, colliers scintillants et vestes de fourrures opulent.

C’est la fin du cabaret, au début ils disaient qu’ils effectuaient ici leur dernière représentation en public, au grand cabaret. Pourtant, le public est convaincu que ce n’est pas la dernière fois, et qu’il ne peut pas y avoir de dernière fois, parce que se donner en spectacle fait du bien à ces gens. La scène leur permet d’affirmer leur différence, leur identité. Ils ont fait disparaître la timidité si récurrente du début par un simple souffle de paillettes.

J’ai eu le privilège de voir cette pièce a deux reprises. Ce ayant des bons comme des mauvais aspects. A commencer par le fait que la seconde fois, il est difficile de ne pas s’arrêter sur

certains petits défauts. Pourtant le spectacle reste extraordinaire! C’est une chaleur, une luminosité, une ouverture sur autre chose qui est offerte au public et qui lui fait généralement cruellement défaut. Le rire nous est offert sur un plateau d’argent, et nous le prenons sans gêne.

Ce spectacle est une leçon de vie, acceptons nos caractéristiques et nos personnalités comme elles viennent et exploitons les a notre avantage. C’est certainement la recette du bonheur…

Erwin CLAES.

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