Cr. Yasou Aida # Berlin

Le Jeudi 5 avril, 2012. Pas de commentaires

Un compte-rendu, un peu en retard (pour une fois que c’est moi !) de Yasou Aida, opéra que l’on avait vu à Berlin par Aude Mondoloni, élève de Tle, enseignement de spécialité.

Dimanche 12 février, Neukölner oper, petit opéra de Berlin est.

Yasou Aïda! Pas de titre en allemand mais en grec. Bonjour Aïda! En ce moment, lorsqu’on parle de Grèce et d’Allemagne on parle de crise et d’économie. Le spectacle de ce soir n’y déroge pas. Fruit d’une collaboration entre le Neukölner et le Beggar’s opera d’Athènes, Yassou Aïda! propose une adaptation de l’Aida de Giuseppe Verdi, histoire d’une jeune esclave éthiopienne au temps des pharaons, éprise de Radamès un grand guerrier égyptien. Une histoire d’amour impossible, et de lutte entre deux peuples où les deux amants se retrouvent dans la mort. La musique reste celle du compositeur, cependant  les textes sont réécrits en allemand, en grec, et en anglais, et ce que nous voyons diffère largement de l’intrigue d’origine.  Aïda devient Elpida, une jeune stagiaire grecque de la Banque Centrale Européenne, et Radamès se transforme en Rainer Mess, cadre de la BCE. La loi capitaliste règne, l’Allemagne trône et la Grèce s’essouffle, endettée… comme nous le savons. Alors à la Banque Centrale, la jeune grecque fait face aux moqueries de ses collègues, et lorsque Rainer Mess refuse, par amour et par indignation, de poursuivre son travail, qui n’arrange évidemment pas la Grèce, Elpida retourne sa veste et lui prend sa place. Ce spectacle révèle ainsi un regard sur la crise, et particulièrement sur le rapport entre la Grèce et l’Allemagne en donnant aux deux personnages principaux ces deux nationalités. Il dénonce l’impérialisme de l’argent et du pouvoir financier, tourné en dérision notamment lorsque les grands chefs financiers portent des masques de cochon (symbole du pouvoir en Allemagne), ou encore lorsqu’une des employées, écervelée, porte une couronne démesurée en forme de pièce d’euro, ou lorsque les décisions financières sont tranchées à l’aide d’ « une roue de la fortune », image finale qui laisse en suspend le sort de la Grèce. Cependant l’opéra ne semble prendre parti pour aucun des deux Etats, mais en faisant de Rainer Mess le héros rempli de bravoure, et d’Elpida une traitresse carriériste, les metteurs en scène donnent l’avantage à l’Allemagne, et rendent la Grèce vouée à l’échec si même ses habitants l’abandonnent pour l’argent. Voilà pour l’histoire, mais comment bien parler de ce spectacle, joué à Berlin, sans parler de l’héritage allemand qu’il porte.

Oui, l’Allemagne c’est la musique de Schubert, Beethoven, Wagner, de tous ces compositeurs qui font la richesse de la musique classique, et de l’Allemagne un grand pays d’opéra. Mais lorsque nous entrons dans la salle, aucune dorure, aucune grande robe et aucun costume que nous sommes habitués à voir dans les opéras français. Pas de théâtre à l’italienne, de simples gradins qui encadrent un plateau en forme de U, très proche du public, et tout le monde au même niveau. Oui, l’Allemagne c’est aussi le théâtre de Brecht, celui de la distanciation qui incite le spectateur à réfléchir sur des questions politiques. Il devient alors évident que ce soit ici, à Berlin est, siège du Berliner Ensemble, que nous sommes amenés à réfléchir sur la crise grecque. D’ailleurs les chanteurs nous sollicitent lorsque deux d’entre eux brandissent des panneaux pour que nous répétions ce qu’il y est écrit, et encouragions un Etat. Ils nous rendent ainsi un peu juges, et la salle allemande s’écrie alors tout d’un coup et sans complexe. Car ici on oublie l’ «opéra bourgeois », et même le décor reste modeste, loin des grandes installations des opéras que nous ayons vus à Avignon. En fond de scène, comme de grandes étagères multifonctions blanches et vides. Elles révèlent parfois des fenêtres qui s’ouvrent, et laissent apparaître des figurines de soldats portant le drapeau grec, des têtes de cochon, ou bien font office de portes étroites d’où se hissent les personnages, ou encore servent d’angles pour espionner. Un seul élément orne le meuble : un écran télévisé où sont parfois diffusées des images des jeux olympiques d’Athènes, et une représentation de l’Aïda de Verdi au stade de France, dont je ne parviens pas vraiment à faire le lien avec la pièce. Peut-être que les jeux olympiques dévoilent la gloire passée de la Grèce, mais je n’arrive pas à comprendre les images d’Aïda en costumes égyptiens alors que l’opéra de ce soir se détache complétement des éléments spatiaux temporels que proposait Antonio Ghislanzoni au temps de Verdi. Mais les images diffusées me semblent bien plus justes quand elles montrent les manifestations des grecs ou bien très drôles lorsqu’elles dévoilent l’employée écervelée présenter une émission de cuisine, bien qu’elles n’aient pas grandes utilité pour la trame de la pièce. Comme autre et dernier élément de décor, des petits bureaux mobiles qui ne sont pas sans rappeler ces petits comptoirs de jeux télévisés derrière lesquels se tiennent les participants, comme si la finance n’était finalement qu’un jeu. Les personnages les déplacent, et de cette manière établissent des lieux ou des moments comme des réunions, des grandes rencontres européennes ou chaque représentant y tient affiché le nom de sa nation, ou tout simplement les petits bureaux de la BCE. Les costumes restent eux aussi sans extravagance, nous voyons seulement la garde-robe austère des hommes d’affaire, à part bien-sûr pour notre employée écervelée qui, elle, porte un pimpant tailleur pailleté. Mais c’est sans doute par le rapport à la musique que la modestie du théâtre allemand est le mieux retrouvée. Qui l’eut cru ! Au pays de Wagner, seuls trois musiciens constituent l’orchestre ce soir, et le chef est au piano. La marche des trompettes, l’air le plus connu de l’opéra qui adopte un ton fier et victorieux, est repris pas les chanteurs…au sifflet. Cela crée en même temps qu’un effet comique, une grande distanciation avec la sacralité que nous accordons d’habitude à l’opéra. Bien-sûr ce rapport avec la musique n’enlève rien à la qualité des chanteurs et des musiciens, qu’en spectatrice novice d’opéra, j’écoute avec grand plaisir.

Heureusement d’ailleurs ! Car les surtitres étant en Allemand, et le jeu des acteurs étant très stéréotypé, je ne parviens pas à entrer pleinement dans l’histoire. Je suis aussi un peu déçue que le bon rôle ne soit donné qu’à un Allemand. Je n’apprécie pleinement que la musique, même si la démarche de cet « opéra populaire » m’enchante.

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