Deux retours d’élèves sur « La Mouette » au théâtre d’Arles#

Le Dimanche 21 janvier, 2018. Pas de commentaires

La Mouette s’est jouée le mercredi 13 décembre à 19h30 au théâtre d’Arles, le spectacle a duré 2h, a été présenté par la compagnie Kobal’t et mis en scène par Thibault Perrenoud. Cette représentation est une adaptation du texte deTchékhov: La Mouette, datant de 1896, une comédie contrastée se terminant comme un drame, c’est également une pièce réaliste.

Les principaux thèmes abordés sont l’amour ainsi que les conflits intergénérationnels sur l’art notamment. L’histoire est pleine de liens complexes: Nina est une jeune femme rêvant d’être actrice, elle est aimée par Constant, voulant être écrivain. Mais Nina tombe amoureuse de Boris Trigorine, écrivain à succès et amant d’Irène actrice à succès et aussi mère de Constant. Ce dernier tente de prouver à sa mère sa valeur d’auteur, chose complexe car elle ne fera que le dénigrer (les noms sont ceux de la pièce vue et non ceux du texte original de Tchékhov)

Ainsi cette pièce nous fait réfléchir sur l’amour et sa véracité, sa cruauté, mais surtout sur l’art, sur sa modernité ou nom, sur les gouts de chacun, ces nouveau artistes qui innovent et qui sont souvent incompris où critiqués.

L’espace scénique est assez symbolique mais a aussi des aspects réalistes notamment quand la pièce se passe sur la plage ou lors du barbecue, il faut parfois aussi imaginer cet espace, au tout début par exemple lors de la représentation de la pièce de Constant, rien ne nous indique que cela se passe dans un petit théâtre.

L’espace scénique est circulaire et le public placé autour, les comédiens sont donc presque constamment en mouvement afin que les spectateurs puissent tous les voir. Par cette disposition, le public est très proche de la scène et est même pratiquement dessus, de plus les comédiens viennent souvent dans le public et s’adressent directement à eux, au tout début par exemple quand ils demandent de patienter, que le spectacle va bientôt commencer.

Le plateau est au début vide avec seulement des chaises portant une feuille blanche avec des prénoms. Ces chaises sont pratiquement insérées dans le public. De ce fait, les décors sont mis en place en direct comme la table, les chaises, le barbecue (qui est dans le public). Un élément a beaucoup d’importance: la terre, elle sert de terre au début avec la pièce de Constant, puis de sable ou encore de lit/linceuil pour l’oncle à la fin, elle a une fonction assez symbolique puisque c’est le seul élément restant du début à la fin de la pièce, comme un éternel spectateur accompagnant les personnages jusqu’à la fin, jusqu’à leur mort pour certains.

Les lumières ont plusieurs fonctions au court de la pièce, elles sont le plus souvent allumées d’une teinte orangée éclairant la totalité de la scène ainsi que le public. Mais elles sont aussi utilisées pour suggérer un espace comme quand des néons bleutés placés sous les gradins sur scène délimitent un espace circulaire représentant le lac évoqué dans le texte et ayant une place importante. Dans la deuxième partie de la pièce, la lumière met en évidence la mouette accrochée au mur en l’éclairant spécialement afin de la mettre en valeur. La lumière sert aussi à apporter des informations supplémentaires sur le temps avec la lumière qui s’assombrit puis devient plus vive, évoquant le fait que du temps soit passé entre la scène précédente et celle advenant. Les lumières ne sont pas apportées que par des projecteur mais aussi par des bougies représentant les différents actes de la pièce et soufflés au fur et à mesure qu’ils se passent.

Il y a de multiples objets apportés par les comédiens le long de la pièce comme par exemple un bouquet de fleurs, de la vaisselle. Ceux-ci sont utilisés par leur fonction normale et apportent donc du réalisme à la pièce, ils sont manipulés par les comédiens. Il y a bien sûr le corps de la mouette, ayant une grande portée symbolique car elle représente Nina: heureuse près de son lac jusqu’à ce qu’un homme vienne et la détruise (Boris). Outre cela, la mouette a aussi un intérêt scénographique puisque il y a un jeu autour de ses plumes avec Constant qui les répand sur le sol. Un autre objet sert à la scénographie en créant une image esthétique, les feuilles blanches dans la dernière partie de la pièce. En effet elles sont jetées en l’air puis tanguent et tombent lentement sur le sol. Elle sont aussi là pour démontrer la colère et le désarroi de Constant.

La gestuelle des comédiens était forcément orientée pour faire en sorte que tout le public la voie, les comédiens se déplaçaient donc souvent et se tournaient. Malgré cela, les gestes donnaient l’impression d’être naturels à part la pièce avec Nina qui était chorégraphiée. Ils étaient aussi support de la parole avec des grands gestes par exemple démontrant l’énervement ou alors un remplacement de la parole avec l’exemple des feuilles évoqué ci-dessus. La gestuelle montrait également le statut social des personnages, Irène, la mère de Constant se tenait très droite et était maniérée, prouvant ainsi son statut d’actrice à succès et une forme d’orgueil.

La relation avec le public était particulière, il y avait des contacts directs comme le fait de serrer des mains ou de faire la bise. Ou alors celui de demander aux spectateurs de se tenir la main et de répéter des phrases, ensemble.

Le choix des comédiens était particulier, Constant semblait plus vieux que sa mère et surtout que Boris (avant encore plus car le comédien jouant Constant avait une barbe épaisse).

Les costumes étaient en raccord avec l’époque soit celle actuelle, ils étaient donc plutôt modernes, ils respectaient aussi le lieu de la pièce, des maillots pour la plage entre autre ou le costume de Nina pour la pièce de Constant. Ils reflétaient le statut social, Boris par exemple avait souvent une chemise démontrant un certain statut dût à son métier d’écrivain renommé. Les vêtements étaient aussi utilisés pour démontrer les personnalités, Nina avec sa salopette ou sa petite robe blanche appuyant son caractère joyeux et enfantin s’opposant aux habits sombres avec notamment le grand manteau noir qu’elle porte dans la dernière partie de la pièce car elle est détruite, maussade.

Il y avait très peu de musique. Lorsqu’elle était présente, elle était apportée par un poste, la signification était surtout de signifier l’état d’esprit du personnage soit la tristesse ou la mélancolie avec une mélodie douce. Par contre les sons étaient importants notamment ceux du hors-scène, l’arrivée des comédiens était annoncée par des bruits de pas ou encore les bruit d’une discussion, des rires se passant en hors scène. Ces sons n’étaient pas enregistrés ce qui signifiait que le jeu des comédiens continuait même une fois sortis du plateau.

La visée du spectacle est de divertir, de faire rire tout en passant des message sur l’amour, et les autres thèmes évoquées, il cherche aussi à émouvoir avec notamment la mort de Constant, personnage auquel le public s’est certainement attaché et pris en pitié. Mais globalement, cette représentation avait surtout pour but de plaire aux multi-générations par ce texte remanié et faire découvrir d’une autre manière l’une des pièces les plus jouée au monde.

Pour ce qui est des critiques de cette pièce, ils sont très opposés et nous pouvons voir cela de par les titres:  » La Mouette » ou la puissance des sentiments, article de Marianne ou bien: Une «Mouette» se crashe à la Bastille par Libération, en ce qui me concerne, je rejoins ce dernier journal sur certains points, notamment celui de l’imagination: « elle ne laisse aucune chance [...] à la rêverie ». En effet, de faire une pièce trop réaliste enlève le loisir de l’esprit d’imaginer ses propres symboliques. Tout me semblait trop réel ainsi que, entre autres, « moche » esthétiquement parlant. J’ai beaucoup aimé le jeu des acteurs mais l’enchainement des scènes où ils ne faisait que pleurer et crier m’a rapidement lassée ainsi que l’humour que je trouvais assez redondant. Je rejoins aussi le journal sur un autre point : « chaque phrase commente bruyamment ce que Tchekhov laisse entendre » soit un peu le même principe que celui de l’imagination, en effet cette pièce contient normalement des réflexions sur l’art, sur  l’amour et le destin, seulement ici, ces réflexions sont dites ouvertement et discutées sur scène, ne laissant pas au public, ou du moins plus difficilement, le loisir de se faire ses propres opinions. Malgré ces points négatifs, la forme circulaire de la scène était intéressante et assez bien gérée mais je n’ai dans l’ensemble pas trop aimé le spectacle.

Juliette, élève de première

La mouette est une pièce écrite par Anton Tchékhov en 1896. Cette pièce de théâtre dont le titre fait référence au destin funeste d’une mouette abattue par simple barbarie, nous fait découvrir une sombre histoire d’art et d’amour mettant en scène un conflit entre les générations du passé et du présent. En réadaptant cette pièce très connue et mise en scène de nombreuses fois, Thibault Perrenoud affirme qu’il est de « l’essence même [de certaines questions et relations fondamentales] d’être réinterrogées constamment » et c’est pourquoi il nous propose une fois de plus une interprétation de La mouette.

Cette pièce met en scène 8 personnages dont 4 personnages principaux dont l’histoire est la suivante :

Konstantin est un écrivain passionné qui cherche à faire voir aux spectateurs un « nouveau » théâtre. Seulement, incompris par sa mère Arkadina, une actrice de renom mais une mère cruelle, et constamment repoussé par les grands écrivains du théâtre « traditionnel » tel que Trigorine, qui est de plus l’amant de sa mère Arkadina, il n’atteint jamais ni la gloire, ni la reconnaissance qu’il escompte. De plus, Konstantin est fou amoureux d’une jeune actrice du nom de Nina, mais cette dernière, attirée par la célébrité du grand auteur Trigorine, s’éprend de lui et devient sa maîtresse. Ainsi, abandonné par Nina et constamment rabaissé par une mère qui ne croit pas en lui, Konstantin se suicide de désespoir. Nina pour sa part, se retrouve seule, abandonnée par Trigorine et sombre dans la désolation.

Nous pouvons remarquer que les 4 personnages principaux, par leur apparence physique, semblent avoir le même âge. Or cela peut paraître étrange sachant que l’histoire de la mouette met en scène avant tout un conflit entre les générations du passé (représentées par Trigorine et Arkadina) qui ont déjà leur place dans le monde du spectacle et sont déjà célèbres et les générations du présent (représentées par Nina et Konstantin) qui cherchent à se trouver une place ainsi qu’à être reconnus. Mais si la présence de deux générations bien distinctes est l’un des éléments principaux de la pièce, Thibault Perrenoud, dans sa mise en scène, gomme l’effet du conflit générationnel en choisissant des acteurs d’un âge proche ou du moins d’une apparence qui semble le faire croire. Cela peut faire penser que, pour Thibault Perrenoud, le conflit principal n’est pas dû à la présence de deux générations différentes mais à une conception du monde et à des intérêts différents dû à l’appartenance à une certaine génération. Pour illustrer ce propos nous pouvons prendre l’exemple d’Arkadina qui, ayant baigné longtemps dans le théâtre traditionnel, ne peut accepter la présence d’un théâtre « nouveau » qui briserait les codes du théâtre qu’elle connaît. Elle considère alors son fils, écrivain de ce théâtre « nouveau », comme une personne « sans talent » puisqu’il écrit des textes qui, pour elle, ne sont pas du théâtre.

Thibault Perrenoud dans sa mise en scène brise le quatrième mur afin que le spectateur s’immisce réellement dans la vie des personnages. Ainsi, une partie du public est déplacée sur les côtés et le fond de la scène. Chaque spectateur voit le spectacle d’un angle différent étant plus ou moins proche des personnages. Le fait que les personnages s’adressent aux spectateurs et viennent s’assoir à leurs côtés met en place une relation spéciale entre les deux parties de telle manière que les spectateurs semblent faire partie de la pièce, d’autant plus qu’ils occupent déjà une partie de l’espace scénique.

Nous pouvons noter la présence de bougies autour de la scène. Une bougie est soufflée à chaque fin d’acte comme dans le théâtre classique français dans lequel la longueur des actes correspondait à la durée de vie des bougies disposées pour éclairer la salle. Mais nous pouvons penser que ces bougies ne sont pas présentes sur scène seulement pour faire référence au théâtre classique mais qu’elles sont également symbole d’espoir, sûrement celui de Konstantin et de Nina, qui s’éteint au fur et à mesure qu’ils voient leurs rêves disparaître.

Ainsi nous pouvons constater, à l’intérieur même de la mise en scène une opposition entre le théâtre classique avec la présence des bougies et le théâtre « nouveau » avec la disposition des spectateurs.

Nina et Konstantin, s’ils sont pleins d’espoir pour l’avenir au début de la pièce, finissent par enterrer celui-ci. Nina, quand elle revient voir Konstantin à la fin de la pièce porte des vêtements sombres et un manteau qui semble lourd, d’autant plus qu’elle est trempée et donc alourdie par la pluie. La vie pour elle a alors l’air pesante et dure à supporter tandis qu’elle affiche un visage morose et explique à Konstantin combien elle souffre. Konstantin, pour sa part, avait, au-début de la pièce, disposé, avec enthousiasme, de la terre sur le sol afin de montrer à sa mère et aux autres personnages, la mise en scène de la pièce qu’il avait écrite. Cette terre reste tout le long de la pièce jusqu’à ce que Konstantin vienne la balayer comme s’il balayait lui-même son rêve et ses espoirs. Cette scène où Konstantin balaie son rêve est certes dramatisée par la présence d’un fond musical mais sera pourtant tournée au ridicule par l’un des personnages qui amènera un aspirateur, faisant lever les pieds du public pour passer en-dessous de ceux-ci et faisant ainsi rire tous les spectateurs. Konstantin, lorsqu’il balaie cette terre, forme au milieu de la scène une sorte de tas qui sera ensuite recouvert d’un drap blanc ce qui peut faire référence au drap blanc dont l’on recouvre les morts. De plus, une fois recouvert, le tas peut faire penser à une tombe.  Et si celui-ci peut représenter la mort du rêve de Konstantin, il peut également avoir une dimension prophétique en prédisant la future mort du personnage.

COMPARAISON DE MISES EN SCENE :

Au cours de l’année précédente, nous avons eu l’occasion de voir une mise en scène différente de La mouette : celle de Thomas Ostermeier. Nous pouvons remarquer que même s’il s’agit de la même pièce et de la même histoire, les mises en scène sont pourtant totalement différentes.

L’une des grandes différences entre les deux mises en scène que nous pouvons noter et celle de la disposition à la fois du public et des acteurs sur scène. D’une part, une partie des spectateurs chez Perrenoud est déplacée sur scène et occupe ainsi une place importante dans la pièce, tandis que la disposition des spectateurs chez Ostermeier ne diffère pas du théâtre traditionnel. D’autre part, dans sa mise en scène, Ostermeier propose une mise en abyme du théâtre, ainsi, quand les personnages ne sont pas acteurs de l’histoire, ils se trouvent autour de la scène et regardent l’histoire tel des spectateurs, tandis que dans la mise en scène de Perrenoud, les personnages lorsqu’ils ne jouent pas sortent de scène et il y a donc de nombreuses entrées et sorties de scènes.

Ensuite, les metteurs en scène ont tous les deux représenté la mouette morte par un objet présent sur scène et pourtant nous pouvons constater une différence importante : chez Ostermeier la mouette qui a été tuée par Konstantin est tenue par celui-ci par les pattes, comme un simple butin, un animal que l’on ramènerait de la chasse tandis que chez Perrenoud  la mouette est tenue par les deux mains comme un être précieux et fragile ou même presque comme un trésor, elle est posé par terre délicatement et déplacée tout aussi méticuleusement. La mouette prend alors l’apparence d’un symbole important dans la mise en scène de Perrenoud, d’autant plus qu’elle est posé au cours de la pièce sur une étagère en hauteur, comme si elle dominait l’histoire et commandait les personnages.

Bérénice, élève de terminale


Mise en scène d'Ostermeier

Mise en scène de Perrenoud

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