Ecole du spectateur 2013 : compte-rendus des élèves #

Le Mercredi 31 juillet, 2013. Pas de commentaires

Sheda de  Dieudonné Niangouna

Un nom étonnant, une pièce longue et difficile à comprendre mais comme Dieudonné Niangouna (le metteur en scène vu lors d’une rencontre) l’a dit : « l’essentiel n’est pas de comprendre mais d’entendre et voir » alors suivons cette phrase et admirons simplement ce spectacle.

Des hommes et femmes, dès le début, surgissaient d’un peu partout, ces comédiens tout au long nous ont envoyé une force et une énergie hors du commun.

Sur ces 4 heures assise nous en avons passé 2 heures sous la pluie, les orages et les éclairs, cela peut paraître étrange mais ce temps se fondait parfaitement avec cette création et l’ambiance présente.

Avec courage nous sommes restés pour continuer à vivre cette folle aventure, ce qui n’était pas le cas de tout le monde, mais le fait qu’il y ai moins de personnes nous a permis d’être plus « intimes » avec les comédiens. Il y a comme un lien qui s’est créé,  ils nous envoyaient cette force et énergie et nous leur en envoyons le double.Ils étaient parmi nous, montaient dans les gradins, dansaient avec des spectateurs lorsqu’ils en avaient l’occasion. Ils nous partageaient leurs aventures, leur histoire.

Nous n’étions plus de simple spectateurs mais des acteurs.

Dès le début on se laisse charmer par les décors et la mise en scène interessante. Dans cette si grande carrière, l’espace était parfaitement bien travaillé. Les différents reliefs étaient occupés, du sol au sommet de la falaise présente.

Chaque personne perçoit le spectacle à sa manière, elle ressent différentes émotions à des moments parfois similaires, ce qui est interessant. Par exemple le manque de compréhension pouvait déranger certaines personnes tandis que d’autres n’y faisaient pas attention et passaient au-dessus.

D’ailleurs pour ma part cette incompréhension était due au manque de connaissances et de références que je pouvais avoir.

Sinon, parfois, il pouvait y avoir un surplus de décors et de personnes en action qui pouvait être pesant. Nous ne savions pas tout de suite qui parlait et nous devions donc parcourir la carrière avec plus d’attention et chaque tableau avec plus de profondeur. Nos yeux s’arrêtaient donc sur des détails auxquels nous n’aurions pas fait attention si nous savions tout de suite qui parlait et où, personnellement ce point là n’était pas dérangeant (je l’ai au contraire trouvé interessant) mais pouvait l’être à nouveau pour certaines personnes puisque ceci pouvait nous déconcentrer encore plus et nous pouvions donc « décrocher » de ce qui se disait, ce qui accentuait notre incompréhension.

En plus du décor, la musique était réussie et réalisée par les comédiens même en « live », elle était réalisée de façon originale, en plus d’une basse, d’un saxophone, d’un xylophone, et de percussions les comédiens utilisaient des bouteilles assemblées et soufflaient dedans ou encore faisaient passer du riz d’un saladier à un autre afin de créer un son plutôt doux. C’était donc parfois des musiques étranges mais toutes aussi emportantes !

Malgré les quelques difficultés évoquées, chaque tableau était intriguant, interessant et tout à fait différent !

Nous avons vécu ce soir-là une aventure étonnante et unique en son genre, une expérience qui permet d’apprendre et évoluer dans ce monde si fou regorgeant d’histoires incroyables !

Tessie Hude


Place du marché 76 de Jan Lauwers

« Mais pourquoi ! » « Mais parce que ! » « Mais pourquoi ! »

« Mais parce que » « Mais pourquoi ! » « Mais ta gueule ! »

Que dire de cette piéce de Jan Lauwers chef de la fanfare Needcompany ? Le challenge et grand : de nombreux sujets graves et parfois tabous vont être abordés dans un spectacle ouvert à tout public et qui passera à tout moment du français à l’anglais pour un énorme choc culturel.

Et bien beaucoup, il y a justement tellement de choses que l’on ne sait pas par où commencer. Et bien peut être tout simplement en introduisant le contexte ou plutôt l’ambiance dans lequel se déroule la piéce : L’histoire se passe sur toute une année, avec les quatre saisons qui rythment la piéce. On prend d’ailleurs un grand plaisir à entendre le nom des actes et scènes ainsi que certaines didascalies dites par Jan Lauwers présent sur scène sous le pseudonyme de « Sergent Pepper ».Cette piéce raconte l’histoire d’un petit village endeuillé par un horrible drame. L’explosion tragique d’une bombonne de gaz sur la place du marché faisant de nombreuses victimes dont de nombreux enfants. On ne peut donc le nier, cette histoire a bien sa place dans le registre des histoires noires bien qu’elle soit magnifiquement jouée par la troupe pleine de vie de Needcompany. Car un évènement inattendu survient lors de la « fête » des 1 ans de l’accident, un bateau tombe du ciel et donne le coup d’envoi à un foisonnement d’images, de chants et de musiques dans la vie triste des villageois. Vous l’aurez sans doute compris par cette coupure plus que soudaine que cette piéce se déroule dans un univers complétement décalé. Dans Place du marché 76 de nombreux tabous tels que l’inceste le viol, la mort, l’enlèvement, le deuil, la pédophilie, le suicide, le meurtre ainsi que l’adultère et la sexualité sont abordés. Autant de sujets présents au sein de cette communauté ardente dans laquelle survivent l’amour débordant, la joie et le bonheur. De nombreux tabous mais qui sont abordés sans pour autant être choquants, ou presque, dans cet univers décalé. Chaque personnage à une personnalité différente des autres et haute en couleurs, des personnages auxquels on s’attache assez vite et avec qui on lie une certaine complicité. De plus ici ce n’est pas parce que l’un d’eux décède qu’il ne fait plus partie de la piéce, loin de là, il sera toujours présent et même bien présent mais cependant sous une forme différente de la première. Jan lauwrens présente l’histoire de la délivrance d’une communauté. Le marché et sa fontaine a toujours été le point de départ et d’arrivée de l’expression de la volonté du citoyen. C’est l’endroit de la prise de parole en public, tout ce qui concerne la communauté se passe sur cette place du marché universelle. Car ce qui se passe sur la place du marché concerne la communauté. Avec ce spectacle épique Lauwers semble offrir aux citoyens une sorte de thérapie de groupe visant à les faire passer du pesant souvenir de ce tragique accident au bonheur total pour presque tous les personnages.

Remy Grandcolas

Philippe Ducros La Porte du non-retour

Jeudi nous avons vu une déambulation théâtrale et photographique de Philippe Ducros.

Cette déambulation est un parcours que le spectateur effectue avec un casque audio dans lequel Philippe Ducros raconte des parties de son voyage durant ses dix ans passés en Afrique du Sud.

Il plonge l’auditoire dans un univers contrasté entre la tranquillité de la musique diffusée et l’oppression de la lumière présente seulement sur les photographies. La déambulation est essentiellement de photographies mais il y a de temps en temps des textes historiques pour replacer dans le temps et mieux comprendre la situation actuelle de misère de ces pays du sud. Il est allé notamment dans des camps de détention et explique les colonisations. Il décrit les conditions de vie des populations et prend quelques portraits. La plupart de ses photographies sont en impression chromogène et leur grande taille nous transporte directement dans cet univers bouleversant. Il raconte son voyage tout en évoquant sa femme qui lui manque et, par moments, elle prend la parole en lui demandant pourquoi il a ressenti le besoin de partir si loin, dans la misère.

Cette exposition est très touchante, voire même émouvante.

Luna Masera

Par les Villages, de Peter Handke, mise en scène de Stanislas Nordey

Artiste associé du festival d’Avignon, Stanislas Nordey présente sa nouvelle pièce « Par les villages » de Peter Handke.Toujours fidèle à lui même S.Nordey minimalise les décors, le jeu et les mouvements des acteurs.En effet les comédiens sont très statiques et récitent de longs monologues. Nordey veut forcer le spectateur à écouter le texte poétique et prenant.

Mais Nordey a-t-il utilisé les bonnes techniques de mise en scène pour ce texte ?

Est il judicieux de laisser les acteurs déclamer leur texte en oubliant le spectateur ?

Car la barrière public/acteur s’est fait ressentir. Nordey n’a pas chercher à nous garder en éveil ce qui en a mené beaucoup au sommeil ou vers la porte de sortie. Pour appuyer cette non assistance, il place à la fin du spectecle un monologue de 40 minutes dont toutes les phrases sont saccadées, terrible coup de massue pour les survivants! Toutefois ce spectacle est une véritable performance d’acteur qui ont appris des textes incroyablement longs . Bravo à eux!!

Alidiere Colombine

Regards de Severine Fontaine

Parfois il suffit d’un regard et nous sommes transformés. Tout change autour de nous. Notre regard sur le monde. Nos propres perceptions et convictions profondes. Il suffit d’un simple regard. Et l’objectif change. Notre vision change. Nous changeons également. Evoluons peut-être. Elle nous raconte.

C’est l’histoire d’une petite fée aux ailes brisées, portant son petit coeur troublé.

Troublé par les moqueries des petites filles de son âge. Pointant la différence du doigt. S’arrêtant à l’apparence même.

Et l’être ?

Qu’advient-il ?

Où a t-il sa place dans le regard de l’autre ?

L’autre. Il peut être en face de nous. Comme il peut être nous. C’est une question de point de vues. Simple comme bonjour nous perdons notre jugement. L’estime de nous-même et nous nous retrouvons perdus, seuls, contre les voleurs d’estime. Elle crie dès lors sa rage de vaincre, contre cette maladie qui nous ronge, qui nous bouffe intérieurement, rendant l’extérieur bien plus qu’important. Et pourquoi ?

Au milieu d’une socièté régie pour la case « image ».

Ainsi, même les personnes creuses peuvent réussir.

Et nous, dans tout ça, on fait quoi ? On se bat.

Réussir à s’armer contre les sales pensées de ce monde : c’est le quotidien de cette petite fille qui se croit laide. Qui se compare à une petite cochonne. Elle trouve alors le repos hors de la lumière, de l’oblique, du reste. Et s’éveille la nuit, dans un sommeil infini sur les doux nuages. Et se raconte des histoires.

Le jour, elle retrouve cette dure réalité des courbes accusatrices, de ces monstres de fer qui l’épillent, la dévore avec les yeux. Des lampes. Projettant cette lumière affreuse qui vous aveuglent. Mais il faut continuer de marcher, il s’agit d’une nécéssité, pas d’un choix. Aller de l’avant, dit-on. Oui, un jour ce désir, quand la maladie arrive  à sa phase terminale prend le dessus. Et nous fait dire OUI ! Oui à la vie débordante ! Oui à la beauté des différences ! Oui au combat de l’affirmation de soi ! Créeons notre propre regard.

Et surtout aimons-nous.

Inès de Domahidy

Faust I et II de Goethe mise en scène par Nicolas Stemann

Ce jeudi 11 juillet 2013, pendant le festival d’Avignon, avec l’école du spectateur organisé par le lycée F. MISTRAL, nous avons eu la chance de pouvoir assister à la représentation de Faust I et II. Cette pièce a eu lieu à La Fabrica et a duré huit heures trente (sans compter le premier entracte d’une heure et vingt minutes les trois autres qui suivirent). La mise en scène de Nicolas Stemann est accompagnée par les artistes et techniciens du Thalia Theater de Hambourg.

Faust I et II est une œuvre de Goethe datant du XIXème siècle. Elle raconte le vie de Faust, un alchimiste allemand, qui se plaint de ne rien découvrir qui puisse le satisfaire. Il va signer un pacte avec Méphistophélès qui va devoir le servir dans le monde terrestre et, en échange, il aura l’âme de Faust à sa mort. Cette œuvre est la plus importante des tragédies allemandes.

Lors de la représentation, l’œuvre Faust I et II fut divisée en quatre parties. Dans la première partie, la prologue va nous être conté puis on découvre le personnage de Faust ainsi que son caractère, ses désirs et le fait qu’il va, par la suite, être lié à Méphistophélès par leur pacte et qu’il va, ensuite, tomber amoureux de Marguerite.

On voit que Marguerite se situe au milieu de Faust lié à Méphistophélès qui lui tient le bras. L’amour de Faust pour Marguerite est mis en valeur par le fait qu’il la tient et semble ne pas vouloir la lâcher. Pourtant on voit que Marguerite en aimant Faust est, elle aussi, liée à Méphistophélès (de part la position de ses bras) et on peut aussi penser que, du fait qu’elle soit face à Méphistophélès, cela va provoquer un acte diabolique…

Cet amour passionnel va garder le coté tragique de l’œuvre de Goethe car Marguerite va par amour tuer, sans le vouloir, sa mère pour retrouver l’être aimé et noyer, par désespoir, son bébé brisant ainsi le lien amoureux de Faust et Marguerite. Cette dernière va donc être condamnée à mort. En prison, elle refusera l’aide de Faust car elle ne retrouvera plus l’amour qu’il avait pour elle.

Dans la seconde partie, le pays est en crise et Faust créa les billets afin de relancer l’économie. Entre temps, il tombera dans le coma lorsqu’il rencontrera par hasard Hélène, la plus belle femme. C’est dans cette partie que le public va se retrouver dans un monde étrange : un monde où l’argent va rendre « fou » le peuple et où on va se retrouver dans le « rêve » de Faust, dans son coma, d’où le fait qu’on va plus se retrouver dans du surréalisme. Le public se retrouve dans un monde qu’il va tenter de décrypter et don’t il va tenter de connaître l’enjeu théâtral. On aperçoit aussi un enfant ou plutôt un être enfermé dans une cage transparente dont on ne connait rien et qui souhaite juste devenir Homme. Mais peut-être est-il trop innocent pour survivre dans ce monde où l’Homme règne en maître et où il ne cesse de le détruire petit à petit…

Dans la troisième partie, Hélène apparaît et, pour ne pas être sacrifiée par une femme démon, elle devra faire la rencontre de Faust.

Derrière ce « rideau de fer », Hélène se cache avec sa servante et ne va pas tarder à sortir. Elle ne pourra plus être surveillée et guidée par cet étrange œil bleu tel l’espoir. On voit, d’autant plus, en premier plan, que le mal rôde et ne va pas tarder à attaquer

Elle finira par tomber amoureuse de ce dernier lors d’un dîner en tête à tête. Ils fonderont une famille, auront un fils et une fille et vivront heureux jusqu’à la fin des temps… On aurait pu penser que cette pièce se terminerait comme cela, tel un conte de fée. Et pourtant, le fils pris de folie tuera sa sœur. Hélène comprendra que Faust a un lien avec le mal et voudra être prise en même temps que sa fille. On verra dès lors que Faust, de par son fort lien avec Méphistophélès, ne pourra tomber amoureux d’une femme sans que le mal ne lui tombera dessus… On retrouvera alors le côté tragique de cette pièce.

Dans la dernière partie, Faust, devenu plus vieux, se remet en question sur tout son parcours. Il semble être nostalgique du monde d’avant et semble souffrir du monde d’aujourd’hui. Tout ces bâtiments, représentés comme des petites pancartes sur scène, et ces peintures noires et blanches, dans le fond, nous renvoient à notre société actuelle qui nous est présentée avec tristesse et une absence de vie et de couleurs. Sur la peinture du fond, seule une petite maison colorée (rouge) semble se différencier et donner une certaine vie à la peinture. Mais, sur scène, cette maison est blanche (couleur de la pureté) et modélisée en 3D. Cependant elle va être brûlée et va donc laisser un monde sans vie prendre le dessus. Faust ne supportera plus ça et voudra se rebeller et manifester (avec un mégaphone) pour montrer aux personnes autour de lui (aux spectateurs) la cruauté de la société de l’Homme de notre époque mais Méphistophélès va, lui, tenter de le ramener à la « raison ». Faust va donc faire la rencontre de quatre femmes habillées de gris représentant la pauvreté, la dette, la détresse et la crainte (souci). Il finira par accepter sa mort, sur scène on voit la tombe de Faust qui est préparée, et son âme sera rachetée par Marguerite et se retrouvera dans un monde paradisiaque où des marionnettes représentant des anges prendront le dessus sur scène et marqueront la fin (heureuse) de Faust.

On aurait pu croire, de par sa longue durée, que cette pièce deviendrait pesante et ferait rapidement perdre l’attention et la concentration du public. Pourtant cette œuvre, représentée en version originale (allemande) et surtitrée en français, nous transporte et nous fait voyager du début à la fin en passant par diverses émotions. En effet, tout au long de la pièce, les acteurs à travers leur(s) personnage(s) deviennent attachants. Notamment avec l’acteur qui joue Faust qui, lorsqu’il conte le prologue avant que l’histoire ne commence réellement, s’adresse directement au public, créé un effet comique de répétition (en faisant des allers-retours vers un ordinateur pour amener une musique sur scène) ou encore joue d’autres personnages de façon burlesque et va ainsi faire naître une certaine complicité entre l’acteur, qui devient personnage, et les spectateurs. De même pour le personnage de Faust qui, lorsqu’il va utiliser certains accessoires (exemple : un micro), va parler en français ou encore va lire les surtitres, va ainsi briser le quatrième mur et créer une complicité entre le personnage Faust et les spectateurs. Cela va alors renforcer l’attention de la pièce et de l’histoire car le public va vouloir savoir ce qu’il va arriver à ce personnage original qu’est, ici, Faust.

On peut aussi ajouter que l’originalité de la pièce est marquée par de nombreux éléments scéniques qu’on ne retrouve dans aucune autre pièce et qui la rend ainsi unique. Ces éléments scéniques sont, par exemples, le mélange des genres (dans la première partie on va plutôt se trouver dans un genre tragique traditionnel alors qu’on va se trouver dans un genre de surréalisme dans la seconde partie), des extraits de documentaires évoquant Faust ou Goethe, l’utilisation de marionnettes semblabless à des fleurs, à de drôles de monstres ou des personnages fantaisistes (leur apparence peuvent représenter le mauvais coté de Faust et leurs sentiments sa belle âme) ou encore à des anges…   On voit, au premier plan, Faust au sol qui semble pris d’un mal alors qu’on voit, au second plan, des marionnettes représentant des fleurs personnifiées qui peuvent faire penser à un univers enfantin. Cela créé un décalage comique, souvent présent tout au long de la représentation,  qui va donner une originalité à la pièce et attirer et faire réagir les spectateurs.

On peut souligner deux autres choses intéressantes qui sont le mélange de divers arts sur scène (peinture, chant, danse qui, ici aussi, sont plus contemporains) et le fait qu’on part d’une œuvre du XIXème siècle pour parler de notre époque à travers des costumes proches des vêtements que portent les Hommes aujourd’hui (chemises, robes de soirées, costumes avec cravates…) et des accessoires évoquant des événements actuels (images de magazines qui évoquent la crise économique d’aujourd’hui…). On peut mettre en relation ces deux utilisations car cela peut montrer l’évolution de l’art théâtral au cours du temps et mettre en avant ce qui a changé ou non dans notre société.

Pour conclure, on peut évoquer l’apparition du metteur en scène qui intervenait à chaque début de partie et s’adossait le rôle du personnage narrateur de la pièce avec un ton comique ce qui peut avoir comme message que, même s’il y a un vrai travail au niveau de la mise en scène et au jeu des acteurs, cette pièce est surtout faite pour divertir, passer un bon moment et essayer de comprendre au mieux l’histoire et les personnages – peut-être moins à la dernière partie car le « narrateur » n’apparaît plus et l’ambiance est plus sérieuse : on voit qu’il y a une remise en question sur l’activité de l’Homme dans le monde ainsi qu’une certaine nostalgie du monde d’avant (d’où aussi le fait d’utiliser une œuvre du XIXème siècle pour parler de notre époque) et de la jeunesse. Le message présent peut, donc, être qu’il faut profiter au mieux de la vie sans pour autant « détruire » le monde qui nous entoure. On retrouve aussi à un moment sur scène cette idée qu’il ne faut pas trop prendre cette pièce (et dans la généralité des cas) au sérieux : c’est au moment du début de Faust II lorsque l’acteur dans la peau de Faust va tenter de continuer la pièce alors, qu’en arrière-plan, on voit tous les autres acteurs sur scène, jouant leur propre rôle, et qui sont assis autour d’une table comme s’ils avaient déjà terminé la pièce et qu’ils se sont tous réunis pour la fêter ; et le fait qu’ils soient sur scène montre qu’ils la fêtent en partie avec le public. Cela montre bien qu’il y a bien une complicité entre acteurs et spectateurs, tout comme au moment où une des actrices présente tous les acteurs autour d’elle ou, encore, lorsque le personnage de Méphistophélès qui, après plusieurs « verres d’alcool », parle aux spectateurs comme à des êtres qui lui sont chers – on voit donc qu’il y a une confidence du personnage vers le public – et confirme encore une fois cette idée de complicité.

A noter que le lien d’un article très intéressant du Figaro a été ajouté à ce compte-rendu car il explique bien l’ambiance générale de la représentation de Faust I et II :

http://www.lefigaro.fr/theatre/2013/07/12/03003-20130712ARTFIG00342-avignon-le-joyeux-triomphe-de-faust.php

Casas Nicolas

Faust I et II

Ce spectacle m’a trotté dans la tête toute la semaine, il m’a d’abord interrogée ensuite inquiétée et je suis même arrivée au point d’avoir peur de voir un spectacle de 8h. Oui cela parait long surtout pour nous, adolescents, qui n’abordons que rarement des spectacles d’une aussi longue durée. Et puis finalement je me suis retrouvée jeudi 11 juillet à 15h30 dans la salle de la Fabrica et je fus agréablement surprise. Ce fut une expérience unique et enrichissante. J’ai trouvé ce spectacle harmonieux et beau. Pourquoi harmonieux ? Car tout simplement en l’espace de 8h j’ai pu voir simplicité et extravagance. Ils ont su doser entre un décor sombre, simple plutôt classique opposé à une seconde partie plus festive, spectaculaire, grandiose, beaucoup d’éléments s’y confondaient, beaucoup plus modernes. C’était deux mises en scène totalement différentes. On remarque que la première partie était plutôt du registre classique, restant dans les traditions, plus calme, moins de décor, dans l’esprit du texte alors cas la deuxième partie on avait l’impression que les personnages sortaient de toutes les contraintes qu’on leur avait infligées, devenaient beaucoup plus festifs, cela paraissait plus brouillon, moins construit, beaucoup plus de décor, de personnages, une grande joie éclatait de leur corps. J’ai beaucoup aimé que le metteur en scène donnent des rôles d’homme à des femmes et des rôles de femme à des hommes, et qu’un acteur puisse incarner plusieurs personnage à la fois. J’ai trouvé ça très moderne, l’esprit plus ouvert du metteur en scène apporte une touche d’originalité.

J’ai également apprécié le coté moderne et classique qui se mélangeaient, au niveau du texte orignal avec une mise en scène pleine de liberté, avec différent matériaux comme la vidéo, la projection, les marionnettes, la peinture, une grande diversité qui rendait le spectacle encore plus intéressant ; on ne savait jamais à quoi s’attendre, on était toujours surpris… La projection au mur se faisait pas que sur scène mais également sur les extrémités de la scène et du public j’ai trouvé ce dispositif intriguant et intéressant. On n’avait l’impression d’être avec eux, de faire partie du spectacle, ça apportait au spectacle une ambiance chaleureuse. La mise en scène était mise en valeur par son texte et aussi par une touche d’humour et de comique, très personnalisée que le metteur en scène a très bien réussie. On sentait l’intention de mettre le spectateur à l’aise, ils ont rompu le 4eme mur, communiqué avec nous et pas seulement par la parole. J’ai trouvé agréable les petits clins d’œil qu’ils nous faisaient comme par exemple des répliques en français ou des références à notre pays.

Nous avons pu aborder diffèrents thèmes d’actualité, modernes, que nous vivons encore aujourd’hui ; l’amour, la politique, la philosophie, la liberté… Des thèmes auxquels nous devons nous intéresser, qui font partie de notre vie future et auxquels nous ferons face un jour.

En 8h j’ai pu traverser différents mondes et univers, différents sentiments…j’ai été tout simplement émerveillée…

Amandine Joly

Faust.

-Mise en scène de Nicolas Stemann.
- Création du spectacle le 30 septembre 2011.

Faust, un savant déçu par l’aporie à laquelle le condamne son art, contracte un pacte avec le diable, dit «  Méphistophélès », qui lui offre une seconde vie, au prix de son âme. Du drame amoureux aux catastrophes économiques, politiques et écologiques, c’est la démesure de l’homme et de notre modernité qui est ici dénoncée.

Cette pièce est une vraie réussite, une mise en scène magnifique. Le metteur en scène a su donner une belle légèreté à ce texte tragique.
Nous avons eu droit à des acteurs présents avec une belle énergie, la pièce a alors emporté avec elle le public, elle a une ressemblance avec les rêves.

Il y a un point négatif, les sur-titres il fallait choisir entre lire et comprendre ou admirer et se laisser emporter. Ce pendant si vous choisissiez de vous laisser emporter vous auriez pu admirer cette montée en puissance puis arrivé au plus haut cette douce redescente c’était comme une drogue.

L’absurde a  été très bien traité, ils ne se sont presque pas éloignés de la pièce originale de Goethe c’est donc en partie pour ca qu’ils ont pu se permettre tant d’absurdités.

Cyril Fillon

Par les Villages

4H de monologues. C’est ce que nous avons pu voir. Ou plutôt entendre. L’histoire d’une famille qui se détériore. Le retour d’un des membres de la famille qui perturbe tout.

Nous assistons à la décomposition d’une reconstruction. Le fils voulant tout remettre d’aplomb. Faire un peu d’ordre. Le texte de Peter Handke est très compliqué. Peut-être un peu trop pour moi.

La fatigue, le vent, le froid entraînent forcément un problème de concentration. On essaye de tenir mais les paupières sont contre nous et réclament le sommeil dont nous avons manqué.

Ce spectacle devait être écouté. Simplement entendu. La sobriété du décor nous obligeait à se concentrer sur la seule chose que l’on pouvait attraper : le texte.

Stanislas Nordey, le metteur en scène nous dit clairement que pour lui le théâtre c’est « un acteur, un texte ». Retour aux sources.

Le moment le plus marquant a sans doute été pour moi le très long monologue de fin récité par la comédienne Jeanne Balibar.

Je me permets de dire « récité » car c’est vraiment ce que j’ai ressenti en écoutant cela. Aucune émotion, mots lâchés dans le vide, dans le vent, la récitation d’une longue poésie. À ce moment-là il ne nous reste plus qu’une chose à faire : lâcher la compréhension de ces mots et entendre la douce sonorité des ces syllabes si justement alignées. Le chant des mots, des phrases. La beauté de la langue française retrouvée. La mélodie des tonalités alphabétiques.

Si je n’avais pas fermé les yeux pour entendre ça, je pense que j’aurais vraiment détesté. Mais je n’ai pas trouvé ce spectacle aussi désagréable que ça.

J’aime la simplicité  et le retour au texte que nous « inflige » Nordey n’était peut-être pas si mal après tout.

Annouck Parrado

Par les villages.

Il est où le voyage? C’est un conte. Tragédie grecque. Je crois. M’a bousculée. Tu te mets (et tu n’as pas le choix) à la place de celui qu’on refuse et on refuse la place. Les charpentiers. Les ouvriers. Les gros bras, les bourrins. Même case que les camionneurs dans la société. Le texte se place là, ou plutôt ailleurs. Par les villages, les chemins, les montagnes, les rivières, les vents, les bêtes, les immeubles, les dunes de sable façonnées par la main et la pelle. En enfer? Peut-être en enfer. Là où on imagine même pas, et pas faute de bouillonnement, mais on n’imagine pas parce que l’on se le refuse. C’est la part « non attrayante » des choses négatives. Va savoir pourquoi le meurtre, le viol et le bidon d’essence et l’allumette sur une gamine en banlieue va obnibuler l’attention totale du spectateur. Pas le temps de penser aux gens qui ne se plaignent pas. Mais alors ne parlons pas non plus des super héros. Héros tout court ! Lui, avec sa pelle, sa cabane, barrique bleu-de-travail, c’est aussi un héros! Bâti tout. Braves types quand même. Oubliés de la reconnaissance. Accablés de haine humiliante et injuste.

Zoé Guillemaud

Un exercice

L’édition 2013 de l’école du spectateur s’est achevée sur la visite de la ministre de la culture, Aurélie Filippetti, venue voir les Céméa et profitant de l’occasion pour découvrir le travail du lycée Mistral. Les temps de travail au lycée sont généralement consacrés à partager ses ressentis sur le specacle et à en débattre ou à  produire une trace écrite. Or un nouvel exercice est apparu cette année qui consistait à reprendre un extrait d’un texte vu en spectacle pour se l’approprier. L’extrait fut choisit dans la pièce Par les villages, de Peter Handke, mis en scène dans la cour d’honneur du Palais des Papes par Stanislas Nordey.

L’extrait travaillé est l’avant dernier monologue. Prononcé par le personnage de Hans, interprété par S. Nordey lui même, il devait initialement clore la pièce, qui se terminait ainsi sur les mots «Que l’humanité est abandonnée. Que l’humanité est abandonnée.» Stanislas Nordey a choisi d’insister dans sa mise en scène sur la notion de monologue, les acteurs se tenant très souvent face au public sans interagir avec les autres acteurs. Nous avons au contraire décidé d’insister sur la dimension chorale du texte, les phrases pouvant être dites par un ou plusieurs élèves, simultanément ou non. Le texte va donc être mis en valeur différement, certains mots ou phrases étant repétés ou accentués. On retrouve tout de même la dimension de monologue du travail de S.Nordey, chaque élève devant annoncer son texte sans se laisser perturber par les autres. On retrouve la notion d’écoute essentielle chez S.Nordey, puisque l’acteur parlant est très souvent accompagné au plateau par un autre acteur qui l’écoute activement.

Un travail sur le mouvement et l’appropriation a été amorcé grâce au professeur de danse, M. Bresson. Dans la cour d’honneur les acteurs bougeaient peu et l’immense plateau n’était pas véritablement exploité. Dans l’espace beaucoup plus réduit du foyer du lycée, nous devions nous approprier le lieu et chercher une position qui mette le corps en tension. D’autres directives ont ensuite été données, comme effectuer un mouvement à la fin de chaque phrase ou changer de place à chaque fois que l’exercice reprenait du début.

Cet exercice de réappropriation du texte nous a permis d’effleurer certaines difficultés de mise en scène. La plupart des élèves ont en effet trouvé la mise en scène de S.Nordey lourde et ennuyeuse. Mais après avoir plusieurs fois repété le texte et donc en le compreant de mieux en mieux, nous en faisions une interprétation de plus en plus lourde. Nous avons donc pu nous rendre à la fois compte de la beauté et de la puissance du texte mais aussi de sa gravité et donc des conséquences que cela peut avoir sur la mise en scène ou le jeu des acteurs. Le temps d’autocritique était aussi interressant car il nous oblige à faire nous même une évaluation de notre travail et permet de confronter plusieurs points de vue et de faire émerger de nouvelles idées.

Ce temps de pratique est selon moi à poursuivre les années à venir car il permet d’appronfondir la reflexion sur les problèmes de mise en scène. Nous sommes confrontés, dans une moindre mesure,  aux même problèmes qu’un metteur en scène et nous devons faire preuve d’inventivité pour les résoudre. De même, si les élèves de l’option théâtre sont habitués à ces situations de mise en forme scénique d’un texte, les élèves de autres sections ne le sont pas forcément. Certaines sections, comme celle d’histoire des arts, n’ont même aucune pratique artistique durant l’année scolaire et l’école du spectateur peut être un endroit privilégié pour nous faire découvrir, même brièvement, d’autres activités.

Marion Paupert

Morand Elena

Pas de commentaires

N'hésitez pas à commenter cet article


Laisser un commentaire