Regards croisés, Encore une heure si courte # ATP

Le Mercredi 16 mars, 2011. 4 commentaires

Margaux Martin, 1L2 (et un chamallow pour Margaux, un !)

 - Le temps était suspendu, seul le rire pouvait nous emporter -

Surprise, surprise, on s’avance dans la salle bruyante, en se demandant «  qu’est ce qu’on va  voir? ». Nous n’avons pas travaillé sur le spectacle en cours, donc l’étonnement est au rendez-vous. Le rideau se lève, des boîtes. Que des boîtes, parfois grandes, parfois petites, en longueur, en largeur, carrées, rectangles. La scène est pleine d’une multitude de boîtes formant une montagne inaccessible, en fond de scène, puis des petits restes par-ci, par-là. Une salle de jeux s’offre à nous. Mais, alors que mon regard est capturé par cette mise en scène, mes oreilles sont dérangées par ces chuchotements. Croyant au départ que certaines personnes n’ont pas compris qu’il fallait se taire, je comprends par la suite que ce n’était pas exactement cela.

En effet, ces chuchotements deviennent persistants, et même de plus en plus forts. Je n’arrive pas à reconnaitre du français, car les chuchotements, devenus ambiance sonore, ressemblent plus à  des bruits, des syllabes, mots collés, superposés, coupés, mâchouillés. Puis, un échange s’instaure, l’un appelle, l’autre répond, personne sur scène. On cherche. Des boîtes commencent a bouger. « Ah! », je l’ai vu ».

Je me surprends, moi-même, à être emportée. Puis, une tête sort. Là, stupéfaite. La boîte est réellement toute petite; alors ou l’homme présent à l’intérieur est nain, ou le sol est troué, je ne vois pas d’autre possibilité. 

             -Le jeu avait déjà commencé-

 « YES,yesyesyesyes,YES » : tête sur une planche, sa bouche débite cette phrase de manière tout a fait anodine. Serait-ce une réponse? Silence, il se tourne, non apparemment. Alors, il recommence. La boîte-nid, a côté de lui, commence sérieusement à bouger. Le deuxième personnage entre en scène ou plutôt se dévoile. Ils se regardent, curieux, comme s’ils n’avaient jamais vu des personnes. L’amusement nous guette, les visages des deux acteurs sont fabuleusement enfantins. Puis, hop! Un troisième acteur dévoilé. Ils sont tous, originalement mais surtout « gymnastiquement », disposés dans ces cubes, comme attendant la pluie ou le courage de sortir de leurs tanières. Parlant, avec leur langage, ils échangent.

  Ils sortent, tombent, se rattrapent, voltigent, rampent, s’accroupissent, sautent…Ils deviennent alors la réincarnation de Tarzan. Les boîtes servent d’appuis, de tremplins, de maisons, de tout.  Ils s’amusent. Je les envie. Une boîte est plus intéressante que les autres, elle cache d’autres boîtes. Une rouge qui abrite une jaune qui abrite une verte qui abrite une bleue, on s’y perd correctement. La bleue cache quant à elle une grise, une grise? Oui. Celle-ci, ne résiste pas, au test du pied, elle est alors légèrement écrasée. Mais heureusement pour elle, on lui découvre une autre utilité. Elle devient alors, une carte renfermant tout ses secrets, ou autrement dit: une carte au trésor. Ils partent à l’aventure. Avec leurs caisses, leurs planches, la boîte magique, et la carte. Un bateau est improvisé, tout le monde est prét à embarquer. Une tempête les percute. Ils arrivent, in extrémis, à s’en sortir. Ouf!

Une planche, une boîte, une autre planche, une autre boîte. Ils arrivent, vers une nouvelle conquête. Les gestes, plus rapides, les paroles deviennent de plus en plus accessibles. Un mot, un morceau de phrase, on commence à saisir une histoire, une signification. Alors, on continue à suivre le périple. Un des aventuriers se retrouve aspiré vers un autre monde, il a disparu, comme ça, d-i-s-p-a-r-u. Les deux autres  se remettent de leurs émotions, un pas en avant, un pas en arrière. Lequel va y aller en premier? Le problème se pose. S’en suit, un challenge entre eux pour savoir lequel ira le plus loin. Un saut, deux sauts, trois sauts, mais pour finir, il n’y va pas. Bon après X et Y, figures, pirouettes et cacahuètes, ils s’y vont. Noir.

            -on croit qu’il y a une fin, mais qui sait? Les mystères ça existe-

La fin, n’était pas là, en tout cas pas au sens propre, car une autre fin se dessine pour eux. Du papier, du papier et encore du papier. Mouvements de plus en plus saccadés, les machines naissent. Les paroles, les costumes… OULOULOU, ça ressemble à la vie d’un adulte; métro-boulot-dodo. PAPIER. Le chaos. Les lunettes, les discours à n’en plus finir, les noms, je veux des noms, et des dates aussi, beaucoup de dates, des chiffres, des chiffres et encore des chiffres. La société de consommation. Ils se perdent, se noient, y perdent la vie.

 Et là, une femme, une voix, un espoir. On l’a échappé belle! Le monde a peut-être une chance, vous ne croyez-pas? Ils l’entendent, se dressent, lui répondent. Cette voix est douce, calme, parfois on a l’impression qu’elle rigole, qu’elle s’amuse, elle et sa voix. Le noir arrive doucement, c’est la fin.

             Pour savoir, si vous allez aimer ce spectacle, restez avec nous, vous verrez ce qu’on en pense.

   ils pouvaient faire mieux «  bof »       **    c’était plutôt pas mal          ***    très intéressant, bien. « bien »          ****   excellent, félicitation «  ouha!

  rire: ****             émouvant: **         réflexion: ***        mise en scène: ***     engagement des acteurs: ***           interprétation: ***       recherches, et risques pris par l’équipe: ***

     P.S:  « Margaux compte-rendus » vous recommande très fortement d’aller le voir. Vous pouvez même amener vos enfants, ils s’apprécieront. N’oubliez pas, si vous croyez que c’est la fin lorsqu’ils se font aspirer par un des cubes, de ne pas applaudir car il y a une suite.

Ella Benoit, 1L2 (et un chamallow pour Ella, un !)

            Cela fait à peine quelques heures que l’on lui a rappelée la pièce de ce soir. Elle ne connait pas son nom, ne connait pas son sujet. Ne sais plus la durée, connait juste le lieu. Mais c’est comme ça qu’elle l’aime, le théâtre. A l’improviste, et singulier. Surprenant. Inattendu, au dernier moment.

             Encore une fois, nous nous retrouvons plongés dans le noir, dans l’attente du commencement. Petit à petit, les conversations deviennent murmures, et les murmures se font silence. Le théâtre est comme suspendu. L’ambiance se fait furtive, et tout autour, on peut sentir la salle grincer et vivre. La lumière se fait. Le silence se brise. La scène s’anime.

            Le plateau, noir, est parsemé de multiples caisses blanches aux formes géométriques. Éclairées d’une lumière rouge, elles se retrouvent là, certaines entassées, d’autres mise à l’écart, comme tombées du ciel ou dérivées d’un naufrage. Au départ presque sourd, puis de plus en plus fort, des murmures, susurrements, petits bruits de bouches et rythmiques vocales viennent rompre le mutisme. Un caisson tombe. Un autre s’anime. Puis d’un troisième sort un visage. Un homme, aux mimiques comiques, fredonne un air au rythme marqué, tout en agitant la tête. Un autre personnage s’agite. Puis enfin arrive le troisième. Tout trois se démènent sur scène, s’exerçant par des gestes insolites. Leur langage est une étrange aubade, composée de différentes sonorités et de phrases dénudées de sens. Tel les premiers êtres vivant s’animant sur une terre inconnue, les trois personnages pénètrent et explorent l’espace scénographique, tout en découvrant les matériaux qui les entourent. Ils se lancent alors dans une étrange chorégraphie, jouant de leur corps, de leur être et de ce nouvel environnement. S’ouvrant à la vie et à ce nouveau monde, ils se risquent dans une étonnante et désopilante découverte métaphorique, à la fois de ce nouvel univers, d’un nouveau temps et de leurs entités.

            Dans un perpétuel mouvement, les trois personnages manipulent avec souplesse les objets qui les entourent. Avançant toujours dans cet inconnu, ils s’expriment par un jeu mêlant corps et chœur, entre expression corporelle et musicalité. Lentement – parfois trop – , leurs personnes évoluent. Au départ à quatre pattes, ils se retrouvent debout. Tel les premiers hommes au temps de la préhistoire, ils découvrent et apprennent à utiliser leurs êtres. Tout autour, l’évolution suit. Par des acrobaties et une désinvolte agilité, les trois comédiens deviennent aventuriers d’un royaume perdu. Sur leur navire de fortune, ils traversent un océan imaginaire, emmenant avec eux les quatre petits caissons des couleurs primaires. L’étrange trio avance ainsi tout au long de la pièce, dans une continuelle mutation. Leur périple à travers le temps les mène alors au terme d’un monde industriel. En proie aux artifices de l’informatique et des technologies, les trois personnages se prennent au jeu de l’homme moderne. Leurs mimiques, au départ flexes et fluides, se transforment en accoue saccadés d’hommes robots. Peu à peu, les caisses et planches, au commencement insolites, prennent la forme de tables et meubles contemporaines. Par des mouvements répétitifs, en référence au taylorisme, les trois aventuriers troquent leur liberté pour la manufacture. Tandis qu’un enchaînement se crée pour une monotone mais comique répétition, une voix de femme les interrompt. Toutes logiques s’exaltent alors. Comme habités par quelques forces supérieures, les comédiens s’agitent, courent, se démènent à travers toute la scène. Une pluie de papiers et de feuilles s’abat sur le plateau, au même rythme que la course des trois acrobates. Pris d’une violente frénésie, comme en réponse à l’appel de cette femme, les trois hommes se lancent dans une presque transe qui les mènent à exorciser cette emprise des temps moderne, cette marque pesante d’une société industriel. Dans la fuite d’un monde dénudé d’humanité, si semblable au nôtre, les personnages se dirigent et répondent à l’appel de ce cri inconnu, cet occulte appel d’un nouveau voyage, méconnu encore …

             Je ressors, silencieuse. Dehors, il pleut – encore. L’esprit enfantin de la pièce m’a ravie, l’ambiance dégagée aussi. Dans un jeu d’expression combinant corps et esprit, qui s’accorde et s’appuie sur un espace sonore varié, la pièce à su me surprendre. Cette aventure dans le temps, maniée avec souplesse et humour, a réussi à me prendre en son naïf jeu, me faisant chercher les comédiens lorsqu’ils disparaissaient, rire aux éclats en réponses aux acrobaties et aux mimiques parfois clownesque, et surtout, en me faisant imaginer. Pour moi, la force de cette pièce reste dans sa faculté à faire voyager le spectateur par les limbes fabuleuses, le menant par des chemins oniriques sur les chroniques de l’humanité. Le fond sonore, réinvention de la langue française, à ce côté fantastique et puérile qui nous abîme dans ce rêve mutin. Cependant, la pièce à tendance à se perdre en longueur. Les mouvements, parfois déjà vus, ont tendance à se faire lents et excessifs. La dynamique penche à se perdre, et l’attention se dissipe. De plus, les trois comédiens semblent, tout au long de leur performance, réfléchir et penser chaque actions et enchainement, au lieu de le vivre et le donner comme tel au public. La pluie tombe autour de moi. Doucement, je marche, divertie, mais inassouvie. Au loin flotte les bribes d’un souvenir, pas si lointain que ça, d’un mélange similaire entre corps et cœurs, l’insigne « Appris par corps ».

4 commentaires

  1. Cécile lacan 17 mar 2011

    bravo les filles! je suis épatée par vos textes!

  2. Caroline Veaux 17 mar 2011

    T’as vu ! Elles sont bien ces petites !

  3. Cathy Albenque 17 mar 2011

    Alors là!!!! Trés Trés bien! Seuls regrets: elles ne parlent pas des profs qui restent sous l’eau pour leur permettre de voir et sentir tout cela.

  4. Ella Benoit 22 mar 2011

    ( On les attend toujours nos chamallow ! )


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