Extinction de Th Bernhard # ATP

Le Mercredi 24 novembre, 2010. Pas de commentaires

 Compte rendu d’ Extinction de Thomas Bernhard par Clémentine Furic, TL1.

Lecture de Serge Merlin, mise en espace de Blandine Masson et Alain Françon. 

Extinction c’est avant tout un texte. Une grande association. Celle de l’auteur Thomas Bernhard  et du comédien Serge Merlin. C’est le comédien qui est allé à l’encontre de l’auteur, après avoir lu chacunes de ses œuvres. Il deviendra par la suite l’interprète fétiche. Favori. Le meilleur. Celui dont T. Bernhard ne pourra plus se séparer.

Ce spectacle est né d’une conférence radiophonique. Lors d’une soirée, au théâtre de la Colline, une lecture d’Extinction, le dernier roman de T. Bernhard fut enregistrée pour France Culture. S’en est suivi une proposition de tournée grâce à Frédéric Franck, le directeur du Théâtre de la Madeleine, qui avait le désir faire découvrir ce texte, préalablement coupé, de manière à aller aux points les plus importants : un écrivain des années d’après guerre, un professeur se confiant à son élève, sur les traces de sa famille, autrichienne, Nazie, Collaboratrice. Quel dégoût.

Sur scène, Serge Merlin prend place. Il s’assoit à une table en bois. Seul objet meublant l’espace scénique. Quatre projecteurs mandarines éclairent le comédien. D’une lumière douce. Bleutée. Tamisée. Le manuscrit sous les yeux, il débute sa lecture. C’est d’une voix frêle, tremblante que l’homme nous raconte son histoire. L’histoire de son personnage. Celui qui vient se confondre , se mêler à lui avec rage lorsqu’il nous parle de sa langue, allemande. Il retrace son enfance. Le décès de ses parents. Le récit du comédien est parfois entrecoupé par des extraits de la lecture radiophonique. Les deux éléments étant séparés par un air de musique jovial, ainsi qu’une modification de l’éclairage qui devient d’autant plus tamisée. Le comédien se met alors en veille, laissant à ces mots enregistrés auparavant, le soin de narrer des souvenirs. Car on peut en fait, distinguer deux instants. Celui des souvenirs, la grande villa, l’enfance… Ainsi que celui du ressenti, à vif. La parole de l’acteur. L’expression du personnage. Le spectateur peut parfois se sentir bercé par cette voix douce et monotone. Mais il est vite ramené à lui par ces cris de douleur. De rage. De haine. Que l’on pouvait annoncer. Pré-sentir. Voir naitre dans les mains tremblantes du comédien, qui semble porter en lui toute la rage contenu dans les mots. La lecture sort alors de ces codes traditionnels. Nous n’avons pas à faire à un simple comédien se contentant de lire son manuscrit. Bouteille d’eau à sa droite. Mallette en cuir à sa gauche. La lecture va plus loin. Dans l’adresse. Dans l’expression. Dans le regard soutenu du comédien vers le public. Ça se rapproche du théâtre. C’est un peu comme une performance . Celle d’un comédien. Trop vieux pour porter son corps, qui nous fait part de sa vie marquée par l’occupation allemande, qui tourne autours de ses obsessions liées à ce qu’il a vécu, dans un dispositif scénique simple. Car cette table pourrait être celle de son personnage, qui y prendrait appui pour rédiger. Extérioriser. Procédant à mesure de la pièce, à l’extinction de ce feu qui brule en lui, de ce dégout créé par sa langue maternelle, par les membres de sa famille. Matérialiser son ressenti en mots. Les poser sur le papier pour les y laisser. C’est ce que le personnage effectue. Ce feu, cette haine, qui s’éteint, est symbolisé par la lumière des projecteurs qui s’éteint elle aussi progressivement jusqu’au noir.

 On ne peut pas vraiment définir cet événement. Le comédien n’avait nullement besoin de son texte, il ne lisait pas. De plus cela serait devenu une pièce de théâtre à part entière si Serge Merlin avait simplement été debout. On aurait alors parlé de monologue. Car durant ces quelques heures, le comédie n’a pas seulement dit les mots, mais a servi, a fait entendre le texte, la parole, de Thomas Bernhard.

 Pour ceux qui veulent retravailler leur compte-rendu, je signale le dossier de presse, très riche : http://theatremadeleine.com/spectacles/dp-extinction.pdf

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