La Comédie-Française ouvre en ligne sa malle aux trésors#

Le Mercredi 8 avril, 2020. Pas de commentaires

La maison de Molière propose, pendant le confinement, La Comédie continue !, accessible sur son site Internet et sur sa page Facebook.

La Comédie-Française.La Comédie-Française. JEAN-LOUP GAUTREAU / AFP

Imaginez que la Comédie-Française ouvre ses malles remplies de trésors… En ces temps de confinement où les théâtres rivalisent d’initiatives pour garder le contact avec le public, c’est un peu ce que fait la Maison de Molière, qui a lancé, lundi 16 mars, La Comédie continue !, une chaîne en ligne accessible sur son site Internet (comedie-francaise.fr) et sur sa page Facebook (comedie.francaise.officiel).

Le premier trésor de la maison, c’est d’abord sa troupe de comédiens, qui s’est mobilisée pour offrir des rendez-vous variés, poétiques et pédagogiques, tout au long de l’après-midi à partir de 16 heures chaque jour, avant que ne soit diffusée, dans la soirée, l’une des innombrables créations du « Français », lesquelles ont toutes fait l’objet d’une captation depuis quarante ans.

Lundi 30 mars à 16 heures et des poussières, c’est donc le 521e sociétaire de la troupe, l’impérial Serge Bagdassarian, qui est apparu en gros plan sur l’écran pour annoncer le menu du jour, tandis que le lendemain officiait la jeune et charmante pensionnaire Claire de la Rüe du Can. Le premier rendez-vous du jour, intitulé « Le 4 h de Ragueneau », soit cinq minutes de poésie, a donné lieu à un moment de grâce : la comédienne Anne Kessler, qui est aussi metteuse en scène et peintre, a offert deux petits dessins animés artisanaux et délicats, sur les poèmes Sensation, d’Arthur Rimbaud, et L’Age héroïque, d’Henri Michaux.


Le deuxième rendez-vous est, paraît-il, « celui qui fait trembler tous les membres de la troupe ». Intitulé « Les comédiens repassent le bac français », il a vu Coraly Zahonero et Véronique Vella s’en tirer brillamment, la première, qui n’a jamais eu son bac, avec Les Liaisons dangereuses de Laclos, la seconde, dûment diplômée, avec Une charogne, de Baudelaire.


L’administrateur général de la Comédie-Française, Eric Ruf, est ensuite venu parler de son métier, remplacé le lendemain par Agathe Sanjuan, conservatrice-archiviste de la maison, qui règne sur un fonds exceptionnel, la Comédie-Française étant le seul théâtre au monde à avoir aussi bien conservé ses archives depuis sa création, en 1680. La maison comptabilisant 70 métiers différents, il y aura de quoi faire en cas de prolongement du confinement.

Aux environs de 17 heures, place aux enfants, avec des lectures de contes, qui peuvent être réécoutées à l’heure du coucher. Florence Viala, un des piliers de la troupe, a ainsi offert un moment magique, avec Fleur de lupin, de Binette Schroeder, et Le Petit Soldat de plomb, d’Andersen.


Vient ensuite le moment du « Foyer des comédiens », qui se décline en plusieurs pastilles : « Mon alexandrin préféré », « L’enfance de l’art » et « Ma cuisine d’acteur ». Pour inaugurer le premier, Denis Podalydès a été brillant, forcément brillant, en évoquant « Le printemps adorable a perdu son odeur », un vers tiré du Goût du néant de Baudelaire, et fort troublant à entendre, dans les temps que nous vivons. Tandis que le lendemain c’était la jeune comédienne Jennifer Decker qui livrait avec flamme sa passion pour Hugo en général et pour ce vers en particulier, tiré d’Hernani« Il vaudrait mieux pour vous aller aux tigres même/Arracher leurs petits qu’à moi celui que j’aime ! »

Dans « Ma cuisine d’acteur », le sociétaire Christian Gonon racontait sa rencontre avec un maître du kathakali indien, et le secret qu’il lui avait livré sous forme d’acrostiche : « ACTOR = A comme action, C comme concentration, T comme timing, O comme originalité et R comme rythme ».


Au vu de ces deux premières journées, les surprises devraient donc être nombreuses au fil des jours et des rendez-vous, avant que ne démarre la soirée proprement dite, à 18 h 30, avec un portrait d’acteur, un spectacle jeune public ou un seul en scène, suivis par la captation d’un spectacle. Après La Double Inconstance de Marivaux mise en scène par Anne Kessler et Les Trois Sœurs de Tchekhov par Alain Françon, on pourra voir, d’ici au dimanche 5 avril, Le Misanthrope de Molière par Clément Hervieu-Léger, Trois hommes dans un salon, le spectacle Brel-Brassens-Ferré créé par Anne Kessler, L’Hôtel du libre-échange de Feydeau par Isabelle Nanty, Peer Gynt d’Ibsen par Eric Ruf ou encore La Forêt, le film réalisé par Arnaud Desplechin d’après la pièce d’Alexandre Ostrovski.

On nous promet aussi la diffusion de spectacles historiques de la maison, comme la Bérénice de Racine signée par Klaus Michael Grüber, ou La Vie de Galilée de Brecht par Antoine Vitez. La Comédie continue, oui, même dans les temps difficiles.

La Comédie continue !, tous les jours à partir de 16 heures sur le site de la Comédie-Française (comedie-francaise.fr) et sur sa page Facebook (comedie.francaise.officiel).

Par Fabienne Darge Publié le 01 avril 2020 à 16h32 sur le site Le Monde

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