Le théâtre chez soi au temps du confinement#

Le Dimanche 29 mars, 2020. Pas de commentaires

De nombreuses compagnies et artistes font preuve d’imagination pour continuer à offrir une évasion artistique au public malgré la fermeture des salles.

Par Brigitte Salino Publié le 27 mars 2020 à 13h01

Des costumes utilisés pour les représentations des pièces de Shakespeare, « Richard II » et « Richard III », par le Théâtre du Soleil, et exposés au Centre national du costume de scène et de la scénographie à Moulins, en juin 2014.

Ecouter le Décaméron de Boccace lu par des comédiennes et des comédiens français et étrangers. Plonger dans les riches heures du Théâtre du Soleil. Rire avec Phèdre racontée par François Gremaud. Participer à un voyage immobile inédit… Les propositions ne manquent pas, venant de théâtres ou de compagnies, qui permettent de réfléchir et de rêver, en s’inventant un fauteuil de spectateur, chez soi, et en laissant l’imagination parcourir la scène du grand théâtre du monde, de Florence en 1348 à aujourd’hui.

  • « Décaméron-19 », un feuilleton audio de Sylvain Creuzevault

Depuis mardi 24 mars, tous les matins, à 8 heures, on peut suivre un feuilleton extraordinaire, imaginé par Sylvain Creuzevault. Parce qu’il aime tirer les fils entre les arts et les époques, le metteur en scène a choisi le Décaméron, de Boccace, qui, en ces temps de confinement planétaire, renvoie à un autre temps de confinement : à Florence, lors de l’épidémie de peste de 1348, sept dames et trois chevaliers quittent la ville pour la campagne où ils vivent au rythme des histoires que chacun raconte, chaque jour. Pour faire entendre ces histoires, Sylvain Creuzevault a battu le rappel de ses amis, comédiens et comédiennes, en France, Allemagne, Autriche, Suisse, Italie… Ils ont répondu présent et, chaque jour, l’un ou l’une d’entre eux lit. Dans le prologue, que l’on peut réécouter en podcast, des voix multiples se mêlent, Jean-Luc Godard, Laurence Chable, Louis Garrel, Frédéric Leidgens, Maya Bösch… puis Nicolas Bouchaud lit l’introduction de la première journée. Suivent, le 25 mars, Julien Gosselin, avec Le Reproche ingénieux, et, le 26 mars, Dominique Valadié, pour Le Mari jaloux et cruel. De grandes et belles voix, un son et un mixage travaillés au mieux dans le contexte : ce feuilleton est un bonheur, appelé à durer cent jours et à tresser une couronne de mots à travers l’Europe, et plus loin encore.

lundi.am/Decameron-19

  • Le Théâtre du Soleil sur la Toile

Vous n’avez pas vu Molière, 1789, Les Naufragés du Fol Espoir, Le Dernier Caravansérail ? Vous pouvez les voir, via le site du Réseau Canopé. C’est une belle occasion d’entrer dans la longue et exemplaire histoire de la troupe d’Ariane Mnouchkine, dont les films d’autres créations seront prochainement offerts par ce même site. Ces films s’accompagnent, sur le site du Soleil, de nombreuses archives visuelles et sonores, qui parcourent un très large champ, esthétique et politique : la guerre du Vietnam et le génocide cambodgien à travers L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk ; la décolonisation du continent indien à travers L’Indiade ; la tragédie antique à travers Les Atrides ; la tragédie et l’histoire à travers Shakespeare… pour ne citer que quelques-uns des thèmes abordés par le Théâtre du Soleil, qui a toujours porté un grand soin à la pédagogie et à la transmission. Il le prouve une nouvelle fois, en offrant aux élèves aussi bien qu’aux spectateurs avertis une immersion au cœur de l’art et de la puissance inaltérable du théâtre.

www.reseau-canope.fr/edutheque-theatre-en-acte

  • « Phèdre ! », avec un point d’admiration

A l’origine, le point d’exclamation était un point d’admiration. Il retrouve son sens premier dans le titre de Phèdre ! proposé par François Gremaud. Quand le Théâtre Vidy-Lausanne lui a demandé de faire découvrir d’une manière moderne un classique aux élèves, cet inclassable artiste suisse, né en 1975, a aussitôt pensé à la tragédie qu’il préfère, et opté pour une pratique dont il est un as : la conférence décalée. Créé dans les écoles, ce Phèdre ! a été réécrit pour la scène, et présenté en 2019 à Avignon, où il a triomphé. Le Français Romain Daroles fait merveille en conférencier transi d’admiration pour son sujet. Il revendique « une joie de l’étonnement » qui le mène à emprunter tous les chemins, dont ­celui d’une inénarrable naïveté. Mais cette naïveté n’est qu’apparence. Elle masque une connaissance magnifique de Phèdre, de ses enjeux, de sa composition, et de ses alexandrins. Ce spectacle, qui s’adresse à tous et rend un merveilleux hommage à la tragédie de Racine, on peut le revoir ou le découvrir, du lundi 30 mars au dimanche 5 avril, sur le site du Théâtre Vidy-Lausanne.

Lire la critique : Au Festival d’Avignon, « Phèdre ! », avec un point d’admiration

vidy.ch/phedre-1

  • La Comédie de Valence et son « Carnet d’un voyage immobile »

Puisque le temps est au voyage immobile, la Comédie de Valence, dirigée par Marc Lainé, propose à ceux qui en rêvent de s’offrir une échappée. Il leur suffit de s’inscrire à l’adresse notregrandeevasion@comediedevalence.com. Le dessinateur Stephan Zimmerli les contactera, et leur demandera de répondre à la question : « Si vous pouviez à l’instant précis vous téléporter vers un lieu idéal, réel ou imaginaire, à quoi ressemblerait-il ? » Stephan Zimmerli dessinera ce lieu, en fonction des réponses. Et les dessins, ajoutés les uns aux autres, formeront le Carnet d’un voyage immobile en période de confinement, publié sur les comptes Facebook et Instagram de la Comédie de Valence.

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