« Level 4 no elevator » par la Compagnie de l’Imprimerie au théâtre des Halles#

Le Mardi 5 février, 2013. Pas de commentaires

La compagnie de l’imprimerie nous présente « Level 4 no elevator », au théâtre des Halles. Sophie Mangin, la comédienne est seule sur scène pendant plus d’une heure et nous raconte, en parlant à Elmo (sa conscience ? Son amant?) sa traversée jusqu’à la gare menant à sa disparition. L’histoire nous est racontée quatre fois et à chaque fois, on nous propose une nouvelle scénographie et ainsi un nouveau monde.

Premier univers : La comédienne dont on ne connaît pas le nom est sur scène et une musique violente débute. L’instant est très fort. Lorsque la musique s’arrête et que la comédienne s’apprête à parler, j’imagine que ce beau moment va être détruit. Pourtant, ses paroles sont la continuité évidente de la musique. Je remarque dès lors des capacités flagrantes de la comédienne qui saura nous transporter. Elle est placée devant la projection d’un chronomètre qui défile mais sans ordre logique. Et c’est là qu’elle commence à nous raconter comment tout est parti d’un « petit son ». Ce petit son qui se répète plusieurs fois et qui prévient d’un danger, elle l’entend. Est-ce son cœur qui bat si fort qu’elle l’entend ? Ou les pas d’un homme qui marche derrière elle ? Nous n’en savons rien, mais un danger rôde, c’est sûr. Elle parle à Elmo et lui raconte sa traversée, l’arrivée d’un homme qui lui veut probablement du mal, et la façon dont elle a pris des petits cailloux dans sa main pour se défendre. La scénographie se modifie un peu : un grand cercle de lumière se forme à droite de la scène alors que le chronomètre est toujours en train de défiler. C’est de loin mon moment préféré de la pièce car les lignes se répondent et  l’espace est parfaitement occupé.

NOIR.

Deuxième univers : Tout recommence, mais un peu différemment cette fois. Le femme est assise et prend un ton plutôt ironique. Comme une prise de recul, elle raconte une histoire dont elle n’est pas sortie indemne. Elle est assise sur une chaise et on sent un peu de dégoût dans sa voix mais aussi de la dérision. Elle raconte la traversée du village comme quelque chose de normal, comme si elle était simplement désolée de constater ce qu’il était arrivé. Elle déplace sa chaise dans l’espace vide et tout doucement, un objet difforme descend des cintres. C’est une sorte de gros nuage blanc. On dirait qu’il serait resté des années planté sous l’eau et que des coquillages se seraient agrippés à lui. La femme se place sous la chose qui, finalement, la recouvre presque toute entière, seules ses jambes restent apparentes. Peut-être la forme pourrait-elle représenter le désir qu’elle éprouve envers l’homme qui vient lui faire du mal. Désir inconscient et sûrement refoulé. Ou alors, la forme est l’accablement qu’elle ressent. Elle y est enfermée, comme elle est prisonnière de la situation à laquelle elle doit faire face. La forme, comme une mort qui vient la recouvrir, pourtant, c’est elle qui se met dessous, comme si elle l’avait cherchée, cette mort : elle a bien traversé cette place alors qu’elle savait que c’était dangereux.

NOIR.

Troisième univers : Les mots ont presque disparu. L’histoire, on la connaît maintenant, mais peut-être qu’on ne pourra jamais vraiment comprendre ce qu’elle ressent. Un nouveau dispositif : un tissu qui capte la lumière et peut ensuite la réfléchir et un long voile quasiment transparent, comme du coton. Devant le tissu captant la lumière la femme reste un moment, et quand elle s’en va, elle est toujours là, son corps est là, elle s’est en allée mais une partie d’elle est restée. En passant une nouvelle fois plus rapidement devant ce même tissu, elle laisse d’elle la marque de son corps presque effacée, comme si elle n’était plus que le fantôme de ce qu’elle était autrefois. Cette image est très symbolique car cela nous montre le mal-être du personnage et son besoin de trouver une identité. En effet, on voit devant nous une femme perdue, condamnée à vivre et revivre éternellement ce cauchemar.

NOIR.

Quatrième univers : On découvre la jeune femme, à sa table, buvant un énième café. Sur cette table, il y a bien d’autres tasses. Le temps qui passe mais rien qui change. L’attente d’un jour meilleur et pourtant rien qui ne se passe. Puis, plus près de la scène, un écran se déroule sur lequel sont projetées des vidéos où l’on voit l’actrice immobile dans des escaliers et des personnes qui montent et descendent sans y prêter attention. On voit, une dernière fois, la solitude du personnage et son enfermement dans son propre monde finalement. Après avoir traversé ces différents espaces, elle s’enferme dans un autre, où elle est seule.

***

Dans cette pièce, la musique occupe un rôle très important. Plusieurs morceaux sont récurrents et structurent l’œuvre. Tout au long du spectacle, la musique fait partie de l’univers du personnage qui se crée petit à petit. Cette musique entraîne une véritable danse représentant une souffrance intérieure qui parfois s’extériorise. La musique est alors comme un fil directeur qui guide le personnage au long de son chemin. On pourrait imaginer qu’à la fin, elle s’en sortira et trouvera la paix intérieure. Mais il n’en est rien. Le cauchemar continue encore et encore, une boucle dont on ne trouve pas la fin. Et même si cette femme est morte (seulement intérieurement ou physiquement aussi?), elle est hantée par ses souvenirs qui la rongent et l’empêchent de se libérer. J’ai trouvé très touchante l’histoire de cette femme et la manière intime dont c’est raconté. Les quatre mondes proposés à travers les scénographies différentes avaient chacun de fortes significations. Toutefois, je pense que ces dispositifs auraient mérité encore plus d’espace pour donner une dimension encore plus impressionnante à ce qui nous était présenté.


Héloïse Borioli, TL1

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