Si, si, c’est possible : on peut aimer passionnément autant les sciences que le théâtre !!!!#

Le Mardi 7 mai, 2019. Pas de commentaires

Une femme, deux vies, la science et le théâtre…..

Elisabeth Bouchaud, de la physique au théâtre

Cette spécialiste de la physique des matériaux, également passionnée de littérature, met la science sous les feux de la rampe. Elle a repris plusieurs théâtres.
Elisabeth Bouchaud, en 2014.Elisabeth Bouchaud, en 2014. CAMPO et BURCKEL
Au Théâtre de la Reine Blanche, niché dans un passage derrière la gare du Nord, à Paris, il y a, comme dans tous les théâtres, un côté cour et un côté jardin. On y trouve aussi un côté grenier. C’est là-haut, sous les toits, dans le bureau de la maîtresse des lieux, que beaucoup se joue. Yeux de braise, chevelure brune indomptée, teint méditerranéen, Elisabeth Bouchaud a tout pour faire une Carmen plus vraie que nature.
Mais, il y a quelques semaines encore, c’est une tout autre héroïne qu’elle incarnait sur les planches de la Reine Blanche : Marie Curie, dans Le Paradoxe des jumeaux, pièce coécrite avec Jean-Louis Bauer. L’action se passe en 1911, quelques années après la mort accidentelle de Pierre Curie. La chercheuse reçoit son second prix Nobel alors qu’elle est au cœur d’un scandale en raison de sa liaison avec le physicien Paul Langevin, homme marié et père de famille. La presse d’extrême droite traîne dans la boue cette étrangère, cette Polonaise briseuse de ménage. « Nous avons voulu montrer Marie Curie comme une vraie femme, amoureuse, capable de se mettre en colère, loin de l’image classique de la dame en noir qui fait la tête sur les photos », explique Elisabeth Bouchaud.
Personne, sans doute, ne pouvait mieux comprendre Marie Curie qu’Elisabeth Bouchaud. Elle-même immigrée – elle est née en 1961 en Tunisie, qu’elle a quittée à 3 ans et demi –, elle-même mariée à un chercheur, Jean-Philippe Bouchaud, qu’elle a rencontré sur les bancs de la classe préparatoire – et épousé deux fois ! –, et, surtout, elle-même physicienne. Le parcours de cette « dingue de maths depuis le collège » est tout tracé. C’est celui d’une centralienne qui, sous l’influence de son futur mari, se tourne vers la recherche et fait une thèse au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA).
Elle bifurque aussitôt après en entrant à l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (Onera), passant ainsi des polymères à la métallurgie – il s’agit de travailler sur les alliages utilisés en aéronautique –, de la physique théorique à la mécanique, un domaine presque exclusivement masculin. « Les gens pensaient que j’étais folle, que j’avais brûlé la carte mère, admet-elle dans un sourire. En travaillant dans le domaine des matériaux, je suis devenue expérimentatrice mais la physique me manquait beaucoup… »
Pour réduire ce grand écart, Elisabeth Bouchaud va glisser des équations dans le cambouis, en théorisant la manière dont les matériaux se cassent. « Depuis la seconde guerre mondiale, on voyait les matériaux comme des milieux homogènes parfaits », ­explique Laurent Ponson, de l’Institut Jean-Le-Rond-d’Alembert (CNRS-Sorbonne-Université), qui considère la chercheuse comme sa « mère scientifique ». « Elisabeth, au contraire, les a vus comme des milieux hétérogènes non parfaits, avec des petits talons d’Achille qui contrôlent leurs propriétés de rupture, ce qui a permis d’élucider des problèmes qui restaient incompris. Elle dit souvent que les matériaux sont comme les gens : ce qui les rend intéressants, ce sont leurs défauts ! »
Pendant plus de deux décennies, Elisabeth Bouchaud étudie les surfaces de rupture, modélise la propagation des fissures dans les matériaux et montre que, dans le fond, le verre casse comme du métal. Théoricienne de la rupture, elle consacre aussi beaucoup de temps à… « réconcilier la physique et la mécanique, deux disciplines qui ne se parlaient pas, ajoute Laurent Ponson. Elle est à l’opposé du cliché du scientifique renfermé sur lui-même : elle est très sensible, elle comprend extrêmement bien les gens et les embarque dans ses projets. C’est à la fois une meneuse et une personne à l’écoute ».
En 1999, elle prend la tête du service de physique des surfaces au CEA, celui-ci s’intéressant de près aux propriétés intimes du verre, pour des questions de stockage des déchets nucléaires. Au début des années 2010, elle est détachée à l’Ecole supérieure de physique et de chimie industrielles de la Ville de Paris (ESPCI).
« Appartenir au monde du théâtre, c’était vu de manière négative. Mes parents ne m’ont jamais rien dit mais j’ai métabolisé cette interdiction. Et puis je n’étais pas capable de ne pas savoir ce que j’allais gagner à la fin du mois… »
Des articles dans des revues spécialisées, des étudiants en thèse, des récompenses scientifiques, un cursus assez classique, somme toute, s’il n’y avait pas cette voie parallèle du théâtre. Rembobinons la vie d’Elisabeth Bouchaud pour passer côté jardin et visionner ce second film. Parce que, en surimpression de la « dingue de maths », il y a aussi une collégienne amoureuse de littérature, « du français de Molière et de Racine », de cette langue qu’elle « regarde avec le respect et la déférence de l’immigré ».
« Le théâtre, se rappelle-t-elle, mes parents n’appréciaient pas particulièrement ça. Appartenir à ce monde, c’était vu de manière négative. Mes parents ne m’ont jamais rien dit mais j’ai métabolisé cette interdiction. Et puis je n’étais pas capable de ne pas savoir ce que j’allais gagner à la fin du mois… » Ce ne sera pas un métier, mais une passion qui vivra à côté, parce que, dit-elle, « depuis les cours que j’ai pris dans ma jeunesse au conservatoire de Bourg-la-Reine-Sceaux, la maladie du désir de monter sur scène s’est installée ».
Quand elle a 20 ans, Jean-Philippe Bouchaud lui lance – comme les phrases définitives et les promesses qu’on lance à cet âge – : « Un jour je t’achèterai un théâtre ! » Il ne sait pas encore qu’il développera des techniques de gestion de portefeuilles avec des outils de physique statistique, que la start-up qu’il montera passera de trois à 280 personnes, il ne sait pas encore qu’il fera fortune. Ni qu’il tiendra promesse. « Le théâtre a toujours été là, en pointillé, reconnaît Elisabeth Bouchaud, sous le couvercle de la marmite. » En 2014, elle reprend le bail du Théâtre de la Reine Blanche. Un lieu plein d’escaliers, de coins et de recoins, deux salles. Dans la plus grande des deux, ce sera « une programmation inspirée des sciences ».
La première raison de ce choix tient bien sûr au parcours d’Elisabeth Bouchaud. Mais l’objectif consiste aussi « à faire passer l’idée que la science est passionnante et drôle, explique-t-elle. On part avec un lourd handicap parce qu’il faut éviter de réveiller la blessure narcissique qu’ont beaucoup de gens, à qui on a dit qu’ils étaient trop bêtes pour comprendre la science et qui se sentent illégitimes vis-à-vis d’elle. Nous devons les emmener doucement vers un discours scientifique. »
La chercheuse estime que « la culture scientifique n’est pas assez divulguée et partagée. Elle fait pourtant partie de la culture générale et il y a tellement de questions sociétales qui reposent sur les résultats de la science, comme le changement climatique, la procréation, l’eau… Il faut que le public ait accès à un minimum de culture scientifique pour se positionner et faire ses choix sur ces questions ». Enfin, Elisabeth Bouchaud évoque une dernière bonne raison de placer la science devant les feux de la rampe : « Simplement considérer qu’elle peut être une source d’inspiration poétique ! »
Elisabeth Bouchaud a arrêté la recherche, « au moins provisoirement. Je suis allée assez loin dans les réponses aux questions que je me posais en sciences ». Elle doit encore terminer, avec Laurent Ponson, un manuel de référence sur la rupture des matériaux, mais elle a déjà revêtu le manteau de Thespis, comme disait Cyrano sous la plume d’Edmond Rostand, et inaugurera une école de théâtre à l’automne.
Outre la Reine Blanche, elle a aussi repris le théâtre Les Déchargeurs, dans le quartier des Halles, à Paris, ainsi qu’un petit théâtre à Avignon qui ouvrira le temps du Festival, comme une vitrine « pour les professionnels susceptibles d’acheter nos spectacles. Aucun théâtre parisien ne peut vivre de la billetterie. Entre les baux, les cachets, les charges, c’est impossible ». Trouver l’équilibre financier de sa passion pour le théâtre, voici une équation que la matheuse n’est pas encore parvenue à résoudre…
Pierre Barthélémy, article Le Monde
« Dingue de maths »
« Programmation inspirée des sciences »
Inauguration d’une école de théâtre à l’automne

Deux performances des élèves de théâtre le 26 mars#

Le Lundi 25 mars, 2019. Pas de commentaires

Soirée de lectures à Jean Vilar le mardi 26 mars à 18h00 :

Les extraits des textes de Mariette Navarro, Sylvain Renard, Karin Serres, Carole Thibaut… seront lus par les élèves en terminale option théâtre du Lycée Frédéric Mistral, sous la direction de Christian Giriat.

Cet événement est organisé à l’occasion du don à la BnF d’une importante collection de tapuscrits de La Chartreuse – Centre national des écritures de spectacle de Villeneuve-lez-Avignon.
Il sera en présence de Catherine Dan, directrice de la Chartreuse, et de Joël Huthwohl, directeur du département des Arts du spectacle de la BnF.

Entrée libre et gratuite.

Lecture de textes d’élèves inspirés par l’exposition de Yuan Chin-Taa au musée Vouland le mardi 26 mars à 17h00 :

Dans le cadre du Printemps des Poètes, Insaisissable beauté :
Les élèves de première option facultative théâtre du Lycée Mistral vous révèlent la [mystérieuse] beauté cachée dans ce lieu, d’une tapisserie flamande à un poisson-feuille de Yuan Chin-taa, dans un jeu de correspondances poétiques.
Sur réservation auprès du Musée

Au théâtre de La Colline Stanislas Nordey monte et joue Edouard Louis#

Le Lundi 25 mars, 2019. Pas de commentaires

« Pour les dominants, le plus souvent, la politique est une question esthétique :

une manière de se penser, une manière de voir le monde, de construire sa personne.

Pour nous, c’était vivre ou mourir ». Édouard Louis

Dans la lignée de Marguerite Duras, Simone de Beauvoir, Annie Ernaux ou Didier Eribon, l’écriture d’Edouard Louis se déploie à partir de son existence. Après avoir marqué nombre de ses lecteurs avec ses deux premiers romans aux allures biographiques En finir avec Eddy Bellegueule en 2014 et Histoire de la violence en 2016, il répond à l’invitation du metteur en scène et interprète Stanislas Nordey, un texte à dire, à lire, une œuvre pour le théâtre.

Ce nouveau récit se présente sous la forme d’un monologue. Un homme se rend dans l’appartement de son père et découvre, sur une chaise, un corps abîmé, celui d’une certaine classe ouvrière d’une région défavorisée de la France d’aujourd’hui. Il prend la parole et se remémore des épisodes de son enfance dans la tentative d’expliquer comment le corps de son père en est arrivé, encore jeune, à un tel délabrement. Dans une volte-face littéraire, le politique rejoint l’intime et raconte le corps des hommes.

Et aussi, cet entretien avec Stanislas Nordey : l-humeur-vagabonde-16-mars-2019

Une leçon de théâtre dans « Le Capitaine Fracasse »#

Le Lundi 25 mars, 2019. Pas de commentaires

Faites-vous plaisir et écoutez particulièrement le passage de 24’30 à 26’02 et celui entre 48’20 et 49’40…. À méditer…


ca-peut-pas-faire-de-mal-02-mars-2019

L’édition 2019 du Feuilleton du Festival d’Avignon#

Le Lundi 25 mars, 2019. Pas de commentaires

Nous préparons le prochain feuilleton théâtral organisé par le Festival d’Avignon.
Nous avons le plaisir de vous inviter à une réunion de présentation du projet
le mardi 19 mars à 18h30 à La FabricA, 7 rue Paul Achard, 84000 Avignon.
Cette nouvelle expérience collective suit les grandes lignes des éditions passées et nous sommes à la recherche de personnes amateurs, habitants de la région et souhaitant participer à cette création dont le thème est celui de l’édition : les odyssées.
Pour participer : l’envie est le premier des pré-requis mais au-delà, il faut également prévoir une disponibilité d’avril à juillet qui reste à définir selon un planning de répétition et de représentation.
Un autre pré-requis est d’être âgé de 16 ans minimum ainsi que de participer pour la première fois à ce projet de feuilleton théâtral.
Des groupes seront constitués, il n’est pas nécessaire d’être présent durant tout le Festival d’Avignon.
Le travail sera d’avantage de l’ordre de la lecture à voix haute et de la présence que du jeu théâtral.

Pétition pour la défense des enseignements artistiques au lycée#

Le Lundi 25 mars, 2019. Pas de commentaires

LISEZ, SIGNEZ ET DIFFUSEZ CECI  CAR LES ENSEIGNEMENTS ARTISTIQUES SONT MENACÉS PAR LA RÉFORME DU LYCÉE (cliquez sur le lien en blanc ci-dessous) :

pour-la-sauvegarde-des-enseignements-artistiques?recruiter=935518885&utm_source=share_petition&utm_medium=copylink&utm_campaign=share_petition

Le témoignage d’un ancien élève du lycée devenu acteur, auteur, metteur en scène reconnu :


« Je m’appelle Baptiste Amann. Je suis un ancien élève de l’option théâtre du lycée Frédéric Mistral à Avignon.
Nos heures de pratique se déroulaient à la Chartreuse de Villeneuve les Avignon, magnifique lieu de résidence pour les écrivains de théâtre, et structure essentielle pour la représentation de l’écriture dramatique contemporaine en Europe.
Ce fut une expérience incroyable, un choc, une révélation.
En fin de terminale je tentai le concours de l’ERACM, animé par la nécessité de faire du théâtre un métier. Je rentrai dans cette école à tout juste 18 ans.
Aujourd’hui je suis comédien, auteur, metteur en scène. Je suis directeur artistique de ma compagnie implantée en Aquitaine, et artiste associé au théâtre du Merlan à Marseille, au TNBA à Bordeaux et à la Comédie de Béthune. Mes pièces sont publiées aux éditions Théâtre Ouvert-Tapuscrits et jouées sur les plateaux de nombreux CDN et scènes nationales. Je vis de mon métier. Ce n’est pas pour me faire valoir que j’établis cette liste, mais pour souligner le fait que sans l’option théâtre je n’en serais pas là. Je ne ferais certainement pas de théâtre car je suis d’un milieu où l’idée ne pouvait pas apparaître d’elle-même. Il fallait être « initié », sans quoi le passage d’un monde à l’autre n’aurait jamais eu lieu. Et ce sont bien les professeurs et artistes intervenants Jacques Roubaud, Géraldine Tellène, Nathalie Fillon et Christian Giriat, à qui je rends aujourd’hui hommage, qui ont eu ce rôle de passeurs essentiels.
Ils ont, et ce n’est pas une formule, c’est un fait, changé ma vie. »

Le théâtre, une gourmandise….#

Le Lundi 25 mars, 2019. Pas de commentaires

Sans commentaire….

Avis de disparition#Bobo#Serge Merlin#

Le Lundi 25 mars, 2019. Pas de commentaires

Deux grands chers interprètes disparus….

L’acteur de théâtre Serge Merlin, connu notamment pour ses interprétations des pièces de Thomas Bernhard, Beckett et Shakespeare est mort samedi à 86 ans à Paris.

Au cours de sa carrière, il a joué avec les plus grands metteurs en scène, Patrice Chéreau, Matthias Langhoff, André Engel, Alain Françon, et il avait été marqué à jamais par ses deux interprétations du Roi Lear de Shakespeare. Il avait connu un passage à vide, pendant une dizaine d’années, avant de remonter sur scène au Festival d’Avignon en 1978 avec Le Dépeupleur de Beckett.

« Il avait un rapport quasiment religieux au théâtre », a estimé de son côté son ami et ex-agent Nicolas Derouet, qui voit dans sa disparition une perte majeure pour le théâtre.

Outre ses nombreux rôles au théâtre, Serge Merlin avait joué dans une vingtaine de films. Son rôle le plus célèbre sur le grand écran était sans doute le personnage de Raymond Dufayel, « l’homme de verre », qu’il avait incarné dans Amélie Poulain

au début des années 1990. Un personnage particulièrement poignant, puisqu’il incarnait « l’homme de verre », un peintre atteint de la maladie des os de verre et vivant cloîtré.

Il avait également joué dans un autre film célèbre de Jean-Pierre Jeunet, La Cité des enfants perdus. Son dernier rôle au cinéma était celui de Louis XI dans Un peuple et son roi de Pierre Schoeller, sorti l’an dernier en salle.

Et puis Bobo, comédien cher à Pippo Delbono est parti lui aussi.

« La vérité au théâtre, c’est quand l’acteur réussit à faire un geste, à dire un mot comme si c’était la première et la dernière fois qu’il le faisait dans sa vie. C’est comme si quelque chose naissait et mourait à cet instant. Et toi, en tant que public, tu as la sensation de voir un geste qui est fait pour toi seul. En cela Bobo est un grand maître. » Voilà ce qu’écrit Pippo Delbono dans son livre Le Don de soi, paru chez Actes Sud en octobre 2018. Aujourd’hui, il faut mettre à l’imparfait la dernière phrase du metteur en scène italien : Bobo est mort, vendredi 1er février, d’une pneumonie, à l’hôpital d’Aversa en Italie, à 82 ans.

Pippo Delbono et lui étaient indissociables, depuis qu’ils s’étaient rencontrés, en 1996. A l’époque, Pippo Delbono traversait un de ces « trous noirs » qui jalonnent sa vie. Son psychiatre lui a conseillé de faire des stages avec des internés. Il est ainsi allé dans l’asile psychiatrique d’Aversa, près de Naples, où il a vu Bobo, qui y vivait depuis trente-cinq ans. « Il est destiné à être pour toujours un enfant », disaient les médecins.

Microcéphale et sourd-muet, Bobo – Vincenzo Cannavacciuolo, à l’état civil – ne connaissait le monde que par la télévision quand Pippo Delbono l’a pris sous son aile. Ou l’inverse. Car les deux hommes se sont sauvés l’un l’autre. Dans l’exposition « Ma mère et les autres », présentée à La Maison rouge, à Paris, en 2014, on voyait sur un écran de télévision Bobo et Pippo en Vespa. Ils venaient de quitter l’asile d’Aversa, où ils étaient retournés, et ils roulaient sur un chemin caillouteux, au milieu des arbres.

Lire la critique de l’exposition « Ma mère et les autres » : Pippo Delbono enfouit ses souvenirs entre les murs de La Maison rouge

Vent de la vie

Passons au présent, parce que ce souvenir ne nous quitte pas : ils roulent, Pippo devant, Bobo à l’arrière. Après les longs couloirs terribles de l’asile, on sent sur leur visage le souffle du vent. C’est le vent de la vie, plus fort que tout. Bobo l’avait en lui. Il a su l’insuffler à Pippo qu’il voyait prostré dans un fauteuil, après la mort de sa mère. Il venait tout près, poussant de petits cris, pour lui redonner ce désir de vivre qu’il avait perdu.

Pippo Delbono et Bobo (à droite) dans le film réalisé par Pippo Delbono, « Grido ».Pippo Delbono et Bobo (à droite) dans le film réalisé par Pippo Delbono, « Grido ». PIERRE GRISE DISTRIBUTION

Sur scène, c’était pareil : Bobo ne jouait pas, il était, et cela seul suffisait pour que le théâtre advienne, comme il en va avec certains acteurs d’exception. Miracle de la présence immédiate : il suffisait à Bobo d’enfiler un costume pour qu’il soit le personnage. Et la salle ne voyait que lui. Là encore, les souvenirs affluent, au présent.

2002, le Festival d’Avignon découvre Pippo Delbono avec Il SilenzioGuerra et La Rabbia, présentés dans la cour d’une école, avec un sol de terre et d’immenses platanes. A la fin d’Il Silenzio (Le Silence), qui fait entendre le silence de la mort après un tremblement de terre, un homme tout petit prend par la main la femme la plus grande, la plus belle. Une silhouette dans la nuit du temps. Bobo. Le même qui, dans Guerra (Guerre), fume sa cigarette, ou s’assied sur une malle et pose des masques sur son visage pendant que Pippo Delbono, de sa voix à la Carmelo Bene, raconte des fables en quelques phrases.

Emblème de la compagnie

Il est toujours ainsi, Bobo. Si fortement ancré dans l’instant qu’il en arrive à effacer ceux qui voudraient immortaliser un instant, comme Yasser Arafat, auprès de qui il a été photographié quand la troupe de Pippo Delbono a joué Guerra à Ramallah, en 2003. Sur la photo, la star, c’est lui, pas le leader palestinien… Rien d’étonnant si, au fil du temps, Bobo est devenu l’emblème de la compagnie qui travaille à la frontière de l’art et de la vie. Sur le plateau, il sait être multiple, tout en restant lui, unique et semblable à ceux que Pippo aime réunir, des êtres loin de la normalité et proches d’une vérité immémoriale.

Bobo pouvait tout être : grand-père idéal dans une famille idéale qui vole en éclats, dans Gente di plastica (Gens de plastique), en 2002, Mozart dans l’opéra Don Giovanni, en 2014, fier comme un roi, filmé dans les galeries du château de Versailles, dans La Visite, en 2015… Mais, s’il fallait ne retenir qu’un souvenir, ce serait celui-ci, qui les contient tous. En 2008, à la fin de la pièce La Menzogna (LeMensonge), Bobo s’approche de Pippo, qui est nu comme un vers. Il lui tend ses vêtements, le fait s’habiller, le prend par la main et le mène au bord du plateau, tout près des spectateurs. On croit alors regarder Bobo. C’est lui qui nous voit.

A propos de « Ça ira, fin de Louis (1) » de Joël Pommerat

Le Jeudi 22 mars, 2018. Pas de commentaires

Ayez la curiosité de consulter cet abécédaire du spectacle écrit par des chercheurs en littérature qui se questionnent sur l’imaginaire de la révolution. Ils parlent du spectacle par des entrées spécifiques, en mettant en parallèle avec des textes, la plupart du temps contemporain de la révolution.
http://www.thaetre.com/2017/03/24/ca-ira-de-a-a-z/

Recrutement d’amateurs pour le prochain feuilleton du Festival d’Avignon#

Le Mercredi 14 mars, 2018. Pas de commentaires

En 2015, le Festival d’Avignon lançait le feuilleton La République de Platon d’Alain Badiou, réunissant des artistes et habitants de la ville d’Avignon autour de lectures à voix haute. Depuis, ce rendez-vous quotidien est devenu un incontournable du Festival d’Avignon. En 2016, La Piccola Familia a conçu un projet original en seize épisodes à partir de L’Histoire du Festival d’Avignon. En 2017, Christiane Taubira et Anne-Laure Liégeois, accompagnée d’une quarantaine de femmes et d’hommes volontaires de 10 à 77 ans, ont donné à entendre des auteurs et des textes porteurs d’émancipation et de combats pour l’acquisition et le respect des droits.

Après ces réussites, nous sommes heureux de préparer le prochain feuilleton, composé de 13 épisodes, qui se déroulera du 7 au 21 juillet 2018, à 12h dans le Jardin Ceccano.

Cette nouvelle expérience collective suit les grandes lignes des éditions passées et nous sommes à la recherche d’amateurs, habitants de la région et souhaitant participer à cette création.

Cette année, la ligne directrice est la lutte contre les discriminations.

Nous souhaiterions, au sein de ces amateurs, accueillir des adolescents volontaires, auprès desquels vous pourriez, si bien sûr vous le souhaitez, vous faire le relai de ce projet. Si, dans vos classes, certains élèves étaient intéressés, n’hésitez pas à me faire remonter l’information, leur éventuelle inscription à la réunion d’information, et également à les renvoyer directement vers moi s’ils souhaitaient en discuter de manière plus poussée.

Pour participer : l’envie est le premier des pré-requis mais au-delà, il faut également prévoir une disponibilité de mars à juillet qui reste à définir selon un planning de répétition et de représentation. Des groupes seront constitués, il n’est pas nécessaire d’être présent durant tout le Festival d’Avignon.

Le travail sera d’avantage de l’ordre de la lecture à voix haute et de la présence que du jeu théâtral. Il est en revanche important d’insister auprès de vos élèves éventuellement motivés sur l’engagement que représente un tel projet, qui demandera notamment de prendre sur leur temps libre et de faire preuve d’assiduité dans le travail avec l’équipe artistique et les autres amateurs.

Une réunion de présentation du projet est ainsi proposée à toutes les personnes intéressées

le jeudi 22 mars à 18h30

Salle audiovisuelle de l’ISTS (Institut Supérieur des Techniques du Spectacle)

Cloître Saint-Louis, 20 rue du Portail Boquier, 84000 Avignon