Reset # Cyril Teste

Le Mercredi 11 mai, 2011. 1 commentaire

Compte-rendu de Clémentine Furic, TL1

Reset

Comme une cassette

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Reset

Une création du collectif XmX, une jeune compagnie qui s’interroge sur l’utilisation et l’impact des nouveaux dispositifs scéniques, notamment celui de la vidéo.

En entrant dans la salle pour aller se placer, nous découvrons un cyclorama tiré sur toute la largeur de la scène, au-devant de celle ci.

Frouit Poom

Comme une goute qui disperserait de légères vagues autours d’elle, lorsqu’elle percute la surface plane et tangible de l’eau, des formes envahissent le cyclo au rythme de bruits sourds.

Le silence se fait. Nuit. Noir.

Le cyclo s’enroule, s’enfuit. Disparait.

Un homme, la cinquantaine, chauve, se tient debout, face au public. Scrutant les alentours, au milieu de cette scène totalement nue, il semble perdu.

Votre nom ?_________  Votre prénom ?__________ Votre age ? ___________ Je vais vous demander votre adresse s’il vous plait ? _________

Une voix off se fait entendre; celle d’une femme. Elle semble questionner cet homme, seul, au milieu de rien, dans la pénombre du plateau.

Il ne donnera aucune réponse aux questions. Toujours droit, immobile, seul son regard, dubitatif, se promène dans le public.

Votre taille ? ________ Votre poids ? __________

La jeune femme continue de poser quelques questions. On peut entendre, derrière elle, des bruits de fonds. Des pas, des voix. Puis un écran blanc s’avance mécaniquement du fond de la scène. Il se trouve derrière l’homme et nous pouvons y découvrir sa silhouette, de dos, projetée. Alors l’homme se retourne pour faire face à large toile blanche. Comme un miroir, c’est maintenant le visage de l’homme que nous apercevons. La toile se rapproche, encore et encore, la voix de la femme ne s’interrompt pas, le portrait de l’homme se fait de plus en plus serré. L’image qui est diffusée sur l’écran est jaunie, pixellisée. Elle pourrait provenir d’une caméra de surveillance.

Mais où se trouve cet homme ? Que lui est-il arrivé ? Quel est son nom ? Son prénom ? Son âge et son adresse ?

Ce que nous prenions pour un écran blanc est en faite l’une des faces d’un cube blanc motorisé. Une petite maison. Deux autres faces sont transparentes mais opaques, comme les parois d’une cabine de douche, la dernière tantôt opaque, tantôt transparente parfois ouverte sur le reste du plateau.

Le cube se déplace, change de direction, ainsi nous pouvons admirer chacune de ses faces. Musique d’ambiance festive. Lumières chaudes et dansantes à l’intérieur du cube. Nous pouvons apercevoir par le biais de celles opaques, mais transparentes, la silhouette de plusieurs personnes. Sur la face blanche est projeté l’intérieur du cube, les personnages s’adressent visiblement à un petit caméscope. Une femme, un enfant, un homme, le sourire aux lèvres.

Dis bonjour à papa !

Puis le cube se déporte vers le coté cour et laisse apparaitre un banc en tek blanc. Le petit garçon s’échappe du cube par l’une de ses faces, divisée en deux, formant une porte. Durant quelques secondes, de son ouverture à sa fermeture, la musique n’est plus un bruit sourd.

Le reste du plateau est sombre, à peine éclairé d’une lumière froide, blanche. Il est rapidement suivi d’un homme, son père. Celui-ci dépose sa veste sur le banc et échange quelques passes avec son garçon, puis fatigué il s’assoit, allume une cigarette, mais continue de l’encourager. Le ballon percute le cube et revient automatiquement dans les pieds de l’enfant, comme si son chemin était tracé magnétiquement.  Mais une frappe trop forte le fera rouler jusque dans les coulisses. Le garçon disparait à la recherche de sa balle. L’homme se lève, et part, bras nus. Il disparait du plateau. Bientôt l’enfant revient, son ballon à la main, mais il est trop tard, son père a disparu. Il a beau courir, chercher, regarder à droite, à gauche, crier son nom, il ne reste plus que sa veste, posée sur ce banc, blanc.

Depuis, la musique s’est arrêtée dans le cube. Alarmés par la voix du petit garçon, d’autres personnages s’échappent de cette boite de lumière et atteignent le plateau, sombre et froid. Cette disparition leur semble d’abord impossible.

Il n’a pas pu partir comme ça, il n’a pas pu les laisser.

Pourtant c’est à cet instant que l’histoire commence. Celle de cet homme amnésique, aperçu seul sur le plateau vide, entremêlée à celle de cette famille qui en quelque seconde perd un ami, un mari, un père.

L’épouse souhaite rester seule quelques secondes, accroupie au milieu de cet espace de jeu presque nu.  L’atmosphère est étrange, tout dans ce spectacle possède une part de mystère. Le jeu des comédiens est plutôt distancié, peu naturaliste. Leur parole est droite tout comme leur geste. Rien n’est superflu, on se contente du minimum et cela marche. Le spectateur est captivé il se laisse emmener au cœur de ses deux histoires, de ces deux chemins de vies qui semblent parfois se croiser, se ressembler.

Nous retrouvons l’homme amnésique dans le cube blanc placé au centre de l’espace de jeu. Nous pouvons en apercevoir l’interrieur grâce à sa face totalement transparente. Deux bancs blancs aux lignes simples se font face. Sur l’un est assis un homme en blouse blanche, sur l’autre celui qui a tout oublié de lui. De nombreuses questions lui sont posées à l’intérieur de cette salle d’hôpital.

Aucune date historique ne lui échappe. 9 Novembre 1989 : La chute du mur de Berlin. Le nom de notre président. La capitale de notre pays. Tout cela il sait. Mais ne lui demandez pas de parler de lui, de sa famille, de son enfance, de ses amis, c’est peine perdue.  Il ne lui reste que ces vêtements, et sa veste. La même que celle déposée sur le banc.

Va et vient

L’intérieur du cube est maintenant investi par la famille. Les bancs servent de lit autour duquel se trouvent quelques jouets, le tout éclairé d’une lumière très blanche, comme le cube, comme les draps, comme le mobilier, comme son pyjama.                                                                                                                                                        Le petit garçon nous les présentent un à un, ses jouets préférés. Mais à l’intérieur des livres qu’il ouvre, ce sont des pages noires. Lui peut y voir les illustrations des histoires qu’il préfère. Mais le spectateur  ne voit rien. Les personnages dessinés ont déserté. Il ne reste plus rien, comme lorsque l’on oublie.

Puis le petit garçon s’assoie par terre et laisse pendre ses jambes à l’extérieur du cube. A côté de lui est assis un ami à son père. Ensemble ils vont attendre les trains.

Et s’ils ne viennent pas ? S’ils ne viennent pas, il faut attendre.

Ainsi ils attendent quelque chose qui ne viendra pas, comme on peut attendre le retour d’une personne qui est déjà loin, trop loin.

Le spectateur se faufile au cœur de ses deux histoires qui se suivent et semblent parfois se ressembler.  La veste laissée sur le banc et celle demandée à l’hôpital,  créée un lien étrange entre cet homme et ce petit garçon. On ne peut encore desceller le sens de cette similitude mais cela ne saurait tarder.

Le cube est redevenu l’intérieur d’un hôpital ou attend l’homme perdu et sans identité.  Comme depuis le début du spectacle il se trouve au milieu de ce plateau sombre et nu, son intérieur est blanc. Comme depuis le début du spectacle le jeu des comédiens est pur, nettoyé de tout geste inutile, de toute mimique superflu. Comme depuis le début du spectacle le contraste entre la pénombre du plateau et la blancheur du cube créée une atmosphère étrange,  d’autant plus lorsqu’il est accompagné de ces sons sourds et lourds que l’on a entendu la première fois lors de notre entré dans la salle, ceux qui pouvaient être assimilés à des battements de cœur.

L’homme perdu est toujours là, assis, impuissant. Arrivent dans le cube deux ou trois personnages, nous connaissons les comédiens, nous les avons rencontrés dans l’autre histoire, celle du petit garçon sans père. Ils lui présentent des objets, des photos en espérant qu’il se souvienne de lui. Mais ce n’est pas n’importe quoi, non, nous retrouvons ces jouets d’enfants qui étaient éparpillés aux cotés de ce lit très blanc. Un jouet d’enfant, ça réveille pleins de souvenirs, d’odeurs, d’images.  Mais pas pour lui, non. Cela ne lui évoque rien.

Regarde, c’est toi, et ça c’est papa.

Même les photos ne provoquent rien en lui. Les personnages semblent tous embarrassés, confus peut être un peu désespérés.  Il n’y a donc plus rien à faire. Mais le spectateur se pose mille questions, pourquoi les personnages de la famille du petit garçon sont ils désormais aux cotés de l’homme amnésique, dans ce cube blanc, dans cet hôpital ?  Le petit garçon peut avoir grandi et être devenu cet homme qui a tout oublié de lui, traumatisé par le départ de son père qui n’est jamais revenu. La veste deviendrait alors un élément symbolique pour ce personnage.  Puis tous les personnages quittent l’espace de jeu sûrement déçus, peut être effondrés.

L’homme, amnésique, se retrouve seul, au milieu de cet espace si blanc, au milieu du vide.

Après quelques minutes d’attente, un  homme entre.  Cet homme est le comédien jouant le père de l’enfant, et peut être donc, si les deux fils conducteurs se rejoignent, le père de cet homme perdu. Mais pourquoi cette réapparition ? Pourquoi l’homme ayant tout oublié de lui va-t-il se jeter à bras le corps sur cet individu?

Peut-être parce que l’absence est un manque tellement immense qu’elle créer parfois une haine profonde envers celui qui la génère et un souvenir inoubliable, comme une marque indélébile.

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