Une Bulle. Alexia Vidal # C.R

Le Mercredi 18 avril, 2012. Pas de commentaires

Un compte-rendu du spectacle d’Alexia dont nous avons suivi et accompagné le projet cette année. Après trois semaines de résidence au lycée, les élèves ont pu enfin assister à la création du spectacle.

Le retour de Morgane Méziat, élève d’enseignement de spécialité de première.

On a tous besoin d’une bulle. Pour nous protéger. On a besoin de s’enfermer, dans nos sensations et nos émotions. Pour se recentrer sur soi et ne chercher que le meilleur. On a besoin d’une bulle pour se ressourcer et nous retrouver.
Le spectacle une bulle parle de cette vie, cette routine que l’on côtoie tous chaque jour, cet étouffement que l’on ressent dans ces habitudes que l’on prend dans cette vie de répétitions et de ressemblances, dans ces habits toujours identiques que l’on porte.
Lorsque la lumière s’allume, elle marche sur l’estrade du haut. Son tailleur est bleu et noir. Elle va au travail, elle s’assoit à son bureau et parle de temps en temps; on ne comprend pas vraiment ce qu’elle dit, comme si ce n’était pas ça l’important. On retrouve le « Salut, ça va ? » habituel que chacun se demande sans vraiment attendre de réponse. La pause sonne, elle mange sa pomme d’une manière mécanique. Puis elle reprend le travail et part. Elle tombe et s’étale à plat ventre sur la seconde scène.
Le réveil sonne. Elle se lève et arrache la tenue bleue pour avoir la rose, tailleur identique. Elle monte sur la scène du haut et marche, elle risque de trébucher à chaque pas. Mais reste droite. Elle est à nouveau dans son bureau, elle parle de temps en temps; « Salut, ça va? »; puis elle reprend sa pomme et la mange toujours de la même manière. La pause parait plus courte cette fois ci et le travail qui s’en suit paraît lui, plus long. Tout comme l’est notre réalité. Les habitudes sont les mêmes, les temps de pause, de répit sont de plus en plus courts. Nous ne pensons plus à nous, nous nous enfermons dans un quotidien que l’on pense vrai.
Elle tombe à nouveau et du rose, nous passons au orange. La journée est la même, elle parle simplement plus vite et travaille plus que ce qu’elle se repose. Elle n’a même plus le temps de manger la pomme.
Elle tombe.
Finalement, elle quitte son tailleur pour une robe de soirée. Elle remonte et danse. Elle est en boîte de nuit. Elle tombe une nouvelle fois et lorsqu’elle se réveille, elle allume la télévision. Nous retrouvons les informations, nouvelles tristes, meurtres, enlèvements ou suicides également. Ce que nous entendons nous aussi, dès que nous allumons la radio le matin jusqu’aux informations que nous regardons le soir.
Elle rit. Comme si elle se jouait de toutes ces informations néfastes pour elle.
Ce quotidien d’enfermement elle le vit depuis toujours, ces mauvaises nouvelles ne sont plus rien pour elle. Elle se goinfre de pop-corn et rit encore.
Un murmure se fait entendre, « Je m’agite ». Nous retrouvons le texte que nous avions étudié avec elle, elle s’agite et le clame haut et fort.
Elle parle, enfin. Elle parle vraiment et dit des choses claires, elle s’agite, elle ne veut plus vivre, elle veut se voir mourir.
Enfermée habituellement dans une situation qu’elle connaît par coeur, elle veut se sortir de ça et ne plus répéter continuellement les mêmes choses.
Elle se débat. Elle veut sortir de ce monde qui l’étouffe.
Et nous arrivons à ce qu’elle retire sa robe de paillettes pour n’avoir qu’un ensemble couleur chair. Elle est elle même. Elle se sent elle même. Elle cherche à se débarrasser de ce qui a pu être étouffant autrefois, elle vit. Cette fois, elle cherche à vivre.
Se reconnecter sur soi-même. Elle se débat. Contre cette bulle.
Nous y retrouvons l’exercice que nous avions réalisé avec elle. Et petit à petit on comprend, elle se débarrasse de cette bulle. Enfin.

Ce spectacle a mis en évidence cet enfermement que nous côtoyons tous les jours dès le collège ou le lycée. Cette situation que beaucoup d’adultes vivent aujourd’hui au travail, avec ces sourires forcés, ces faux semblants, ces questions qui ne demandent pas réellement de réponse. Nous retraçons ici, ce combat que peut mener une personne pour se sortir d’un travail où nous en venons à nous oublier nous même et à n’être que dans le paraître pour enfin en arriver à vivre pour soi et être heureux.
Une bulle… Celle dans laquelle nous nous enfermons tous. Celle contre qui il faut se battre pour pouvoir être mieux.

Et celui d’Héloïse Borioli, élève elle aussi de première !


Avant d’assister à la pièce d’Alexia, nous avions participé aux répétitions et aux réflexions et problèmes que la comédienne rencontrait. Je me rendais donc au spectacle avec une longueur d’avance. L’effet de surprise serait donc moindre, je le savais mais cette idée me plaisait. J’allais pouvoir observer tous les détails de tout ce que j’avais déjà vu, constater une éventuelle évolution. De plus, je connaissais grossièrement la trame de l’histoire. En effet, je savais qu’Alexia allait incarner le rôle d’une femme enfermée dans le quotidien du travail, menant une vie rythmée par une routine presque impossible à rompre. Au début, il allait y avoir un procédé de répétition mis en place. Voilà ce qu’il s’est exactement déroulé sous mes yeux : le personnage d’Alexia dont on ne connait pas le nom -appelons-le la femme- marche sur place, face à nous pour se rendre à son travail. La femme entre dans l’entreprise « Bonjour, ça va ? … Ça va, merci. ». Elle s’assied à son bureau, rit à une boutade, on imagine. Elle tape ensuite une multitude de mots sur son clavier d’ordinateur, qui semblent être les mêmes. Une sonnerie retentit, c’est l’heure d’aller manger. Elle se lève et croque une pomme. La même sonnerie se fait entendre, il faut à nouveau aller écrire des mots. Il est vite temps de partir, « Au revoir, à demain ! » La femme s’en va et marche à nouveau face à nous. Elle rentre chez elle. Elle est alors sur une sorte d’estrade en bois (peinte en noir pour ne pas voir les traces faites par les chaussures sous les projecteurs) et elle tombe sur le sol pour littéralement s’aplatir sur le ventre. Le réveil sonne déjà, il faut se réveiller vite et repartir. C’est ce que fait la femme. Elle déchire son joli tailleur bleu, laissant place à un ensemble tout à fait similaire, mais de couleur orange. Et là, tout recommence. La journée d’aujourd’hui n’est qu’un copié / collé de celle d’hier… à une différence : la femme semble avoir plus de mal à marcher. La journée du lendemain sera construite sur le même procédé. Ces répétitions pourraient peut-être sembler longues mais comme je sais où elles vont mener et comme je regarde chaque détails, comme je fais mon possible pour que rien ne m’échappe, je ne m’ennuie absolument pas. Soudain, le rythme semble changer. Non, en fait, le rythme change. Sous son tailleur maintenant rose, ce n’est pas un tailleur rouge ou vert ou gris qui se cache, mais une robe noire courte cousue de sequins. La femme va s’amuser, et sortir danser. Elle commence alors quelques mouvements timides puis commence à se dévergonder un peu. Ça montre crescendo. L’esprit de la jeune femme a de moins en moins d’emprise sur son corps. L’alcool fait effet. Elle devient provocante et subit par la suite un rapport sexuel. Elle rentre chez elle. On la voit se goinfrer de pop-corn et rire au éclat devant les informations télévisées. Une ambiance de mal-être se créait, en tout cas pour moi. Tous ces bruits mélangés m’angoissent. On comprend déjà derrière ce rire le mal-être de la jeune femme. Mal être qui est vite confirmé : le corps de la femme se crispe. Cette dernière ne sait plus que faire de son corps, ses membres qui semblent douloureux et encombrants. C’est à ce moment qu’on l’entend parler « je ne veux plus de moi ». Ces paroles cassent un rythme installé par une bande son extrêmement présente depuis le début, rythmant tous les mouvements du personnage. Je sors donc immédiatement de la petite bulle qui avait été installée et je suis un peu déçue par les paroles de la comédienne. La pièce n’a plus la même emprise sur moi, et je n’ai plus le regard fixé sur le corps de la femme. Toujours est-il que l’histoire continue. La femme ne veut plus de ce qu’elle est devenue malgré elle. Elle déchire sa peau, ôte ses vêtements qu’elle ne supporte plus. Tout le spectacle raconte la libération de cette femme qui ne s’aime plus, ne se sent pas à sa place dans cette société, le monde que lui a imposé un patron, un travail. Alexia a voulu dénoncer la difficulté de l’enfermement qu’on nous impose ainsi que le fait de vouloir en sortir. Je pense qu’Alexia et son équipe ont voulu créer une œuvre sensible, touchante, personnelle et très profonde. Une fois que la femme a déchiré sa peau, comme une mue -faite de collants- elle porte une tenue très légère, connotant la peau humaine sans pour autant montrer la nudité complète, seulement l’évoquer. Pour finir, une multitude de bulles dansent dans l’air, naissant du plafond… Un monde difficile qui se substitue à un peu de poésie …

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